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Intervention de Ian Brossat sur l’aménagement des berges de la Seine

Monsieur le Maire, chers collègues,

On a beaucoup entendu les responsables de l’UMP, les membres du gouvernement, toute la droite, répéter depuis plusieurs semaines, plusieurs mois, que Nicolas Sarkozy et François Fillon ne sont pas en campagne. Ils gouvernent, nous assure-t-on. On le sait, rien n’est plus hypocrite. Le Président fait campagne pour sa réélection, à coups de déplacements médiatisés et de figurants. Le Premier Ministre a fait ses adieux à la Sarthe et se prépare à la bataille des législatives à Paris : son attitude rigide et capricieuse, concernant le réaménagement des voies sur berges, le prouve. Il s’agit de la stricte vérité d’une fin de non-recevoir particulièrement abrupte, et il est bon que les Parisiens le sachent. Ce faisant, on lui reconnaîtra de ne pas cacher ses convictions s’agissant de Paris : entre déni de la démocratie locale et célébration de l’automobile sur les bords de Seine, pour François Fillon, la ville de demain a des airs de ville d’avant-hier. A rebours de tout ce que nous avons entrepris depuis 2001 et de tout ce que les Parisiens souhaitent dans leur grande majorité. Au moins, les choses sont claires.

Car je veux rappeler ici les quatre votes au Conseil de Paris, les vœux et les délibérations, qui ont construit la légitimité du réaménagement des berges de Seine. Les 65 % de Parisiens interrogés très favorables à ce projet. Les 2284 contributions, les ateliers thématiques, y compris auprès des enfants, ou encore les 22000 visites sur les forums dédiés. Rendre la Seine aux Parisiens n’est pas une lubie de la majorité municipale mais une ambition portée par les habitants de la Ville. Le rapport de la commission d’enquête est favorable, toutes les garanties sont apportées, il ne reste qu’à donner le signal des premiers travaux – et que se passe-t-il ? François Fillon vole au secours de la droite parisienne qui n’a pas réussi à trouver d’arguments valables à opposer à ce projet, il appose son veto. Fait du Prince, arbitraire incompréhensible, gouvernance d’Ancien Régime : qu’importe. Malgré une concertation étendue et une légitimité démocratique indiscutable, le Premier Ministre ne veut pas que l’on réaménage les berges de Seine. Le Premier Ministre tient à son autoroute urbaine. Le Premier Ministre ? Plutôt le candidat aux législatives, et peut-être le candidat à la Mairie de Paris, qui a le mérite de prévenir les habitants : il se moque bien de la volonté populaire. Ce qui compte, c’est le combat le plus ringard de la droite municipale pour que rien ne change. Je suis certain que les Parisiens ne sont pas déçus de cette entrée en matière.

La campagne a donc bel et bien commencée. Et ce qui se joue ici, c’est une histoire d’autorité et de cour d’école. Au projet de la municipalité et des Parisiens, François Fillon oppose l’Etat et le gouvernement – rien que cela. Il trahit une conception de la démocratie terriblement déséquilibrée et centralisatrice, et témoigne du durcissement continu des relations entre l’Etat et les Collectivités Locales depuis cinq ans. Et nous ne pouvons pas ne pas réagir. Car François Fillon ne se rend pas compte que Paris a changé et que ce ne sont plus les années 60 ou 70. Il ne se rend pas compte que les autoroutes urbaines, la pollution, et l’Etat qui décide de tout en dépit de tous, c’est fini. La voie Georges Pompidou l’émeut, mais pas les Parisiens, ni cette majorité municipale. C’est l’un des inconvénients du parachutage : on ne sait pas toujours très bien où l’on atterrit. Et pour François Fillon, c’est une erreur d’un bon siècle : il est du précédent.

François Fillon aime l’automobile, ce n’est un secret pour personne. Il aime ses courses, il aime les vingt-quatre heures du Mans – et il aime son industrie. Nous savons maintenant que la musique la plus douce à ses oreilles, c’est la rumeur d’une voie rapide au bord de l’eau. La poésie ne se discute pas, me direz-vous. Et je gage que François Fillon ne reniera pas sa satisfaction d’avoir été fait homme de l’année 2009 par le journal de l’automobile – il disait notamment, lors de ses remerciements, que « l’automobile est bien souvent la solution ». Merci, pas à Paris, pas sur les berges de Seine : les Parisiens savent de quoi il s’agit. Ils savent la tranchée noire et bruyante qu’est devenu le fleuve autour duquel la ville s’est organisée et construite. François Fillon ne marche pas sur l’eau, il roule – et à grande vitesse. Mais Paris n’est pas Monaco, il n’y aura pas de grand prix dans nos rues. Paris n’est pas Le Mans, il n’y aura pas de courses d’endurance le long de la Seine. Les Parisiens savent désormais le fond de la pensée de la droite Parisienne – auquel le Premier Ministre prête aujourd’hui main forte : François Fillon, Jean-François Lamour, Philippe Goujon, c’est l’Automobile Club de Paris en mouvement.

Vous l’aurez compris, le groupe communiste et élus du parti de gauche partage votre amertume, Monsieur le Maire, et la consternation des Parisiens. Heureusement, il ne reste que peu de temps à Monsieur Fillon pour abuser de sa position de Premier Ministre et exprimer si frontalement sa passion automobile. Le temps joue pour nous, pour les Parisiens et pour les berges de Seine.

Je vous remercie.

Publié le

6 février 2012

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