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Intervention de Ian Brossat sur la réforme des rythmes scolaires

Intervention en séance du Conseil de Paris du 25 mars 2013

Monsieur le Maire, chers collègues,

Au mois de décembre dernier, nous vous avions fait part de notre préoccupation s’agissant de cette réforme à venir des rythmes scolaires. Nous avions alors présenté un vœu qui se voulait l’écho des inquiétudes et de l’émotion de la communauté éducative. Nous avions tout particulièrement insisté pour que cette réforme fasse l’objet d’un débat au sein du Conseil de Paris, et nous sommes satisfaits de pouvoir nous exprimer aujourd’hui. Il s’agit cependant de notre seul sujet de satisfaction. En effet, la large concertation que nous souhaitions aussi n’a pour le moins pas été à la hauteur de nos attentes, de celles des enseignants, des parents et des personnels de la Ville. Et la décision d’appliquer dès 2013 la réforme des rythmes scolaires, objet du vœu présenté par l’exécutif ce matin, est au moins hâtive, sinon contradictoire et périlleuse. Pour le Groupe communiste et élus du parti de gauche, elle est une triple erreur, une triple faute : une faute pour l’école, une faute démocratique et une faute politique.

1 – A force de s’entêter, la Ville de Paris s’enferre et s’isole.
Cette décision d’appliquer demain la réforme des rythmes scolaires est tout d’abord une faute pour l’école. D’une part parce que le jeu n’en vaut pas la chandelle, et que personne ne peut raisonnablement penser répondre ainsi à la principale préoccupation des Parisiens s’agissant de l’école : l’échec scolaire. Autant il nous semble clair que les rythmes scolaires doivent faire l’objet d’une réflexion, autant il est pour le moins nébuleux de penser qu’on s’attaque ainsi à l’essentiel. Ce n’est rien de moins qu’un écran de fumée quand on s’engage à la va-vite, je dirais même à la hussarde. Je le dis avec d’autant plus de gravité que cette marche forcée que veut nous imposer l’exécutif a profondément divisé et déchiré les écoles parisiennes et la communauté éducative. Les petits Parisiens ont d’abord besoin que les adultes fassent front et que parents, enseignants, personnels et responsables politiques tirent tous dans le même sens.

Or, le seul vrai résultat de la soi-disant concertation à laquelle nous avons eu droit, c’est que les écoles parisiennes en ressortent affaiblies. C’est là le sens aussi de ce que nous considérons comme une deuxième faute, une faute démocratique. En lieu et place d’un échange et d’une concertation ouverte à toutes les discussions et toutes les solutions, nous n’avons eu qu’une suite de plaidoyers pro domo, des réunions publiques fiévreuses quand on savait où elles avaient lieu, et un groupe de travail qui n’a pas eu la liberté de choisir les personnalités à auditionner et n’a donc pas pu évaluer correctement quoi que ce soit. Nous avons eu le sentiment d’être placé devant le fait accompli. Nous avons eu le sentiment que tout était déjà joué et que cette concertation n’était que de pure forme. Nous avons la certitude aujourd’hui que ce n’est pas la transparence démocratique et le débat contradictoire que méritaient les Parisiens alors que cette réforme peut changer le quotidien d’un grand nombre de familles.

Cet échec est pour le Groupe communiste et élus du parti de gauche d’autant plus incompréhensible et décevant que le texte que nous présentez aujourd’hui ne peut que diviser la majorité municipale, diviser la gauche sur un sujet qu’elle s’accordait pourtant à considérer dans toutes ses composantes comme particulièrement important. Nous sortons du quinquennat de Nicolas Sarkozy qui avait fait de l’éducation national un bouc émissaire, une variable d’ajustement et une quantité négligeable, ce n’est pas agir à notre tour au mépris des réalités. La faute est d’autant plus grossière qu’elle meurtrit et qu’elle désunit des Parisiennes et des Parisiens qui nous ont, eux, toujours soutenus dans nos combats depuis 2001.

2 – L’école est un sujet trop important pour risquer l’impréparation et la hâte.
J’entends les objections contenues dans ce texte, ou plutôt devrais-je dire ses bonnes intentions. Il y a quelques avancées, c’est vrai, mais qui sont toutes dues aux combats que mène la communauté éducative depuis des années. Le Groupe communiste et élus du parti de gauche s’est lui-même engagé avec force depuis longtemps pour la création de postes d’ASEM ou le relèvement des crédits des classes de découvertes au moins à leur niveau de 2011. Et pour le reste, si la Ville affirme bien des souhaits que nous partageons, concernant la rémunération des enseignants, le rétablissement des RASED ou la pérennisation par l’Etat des fonds qu’il alloue aux collectivités pour cette réforme, ce ne sont que des souhaits. Des vœux dont rien ne dit qu’ils ne seront pas pieux, puisqu’en l’état actuel des choses, le Ministre de l’Education Nationale ne s’est engagé sur rien.

Autrement dit, en votant ce vœu, nous sautons sans filet. Sans garantie. Alors qu’en attendant, en reportant d’un an l’application de la réforme, nous aurions su plus clairement dans quelles conditions l’organiser au profit des petits Parisiens. Nous aurions le temps de nous battre encore et de mieux nous préparer, quoi qu’il en soit. Aujourd’hui, nous savons ni combien d’enfants seront concernés par les nouveaux temps périscolaires, ni combien de personnels devront être mobilisés – l’audition des services de la Ville l’a démontré jusqu’à l’absurde. Nous ne savons pas non plus combien cette réforme coûtera : nous avons entendu trente, quarante, cinquante millions d’euros… Une certaine somme, comme aurait dit un humoriste. Et je comprends l’attitude de la plupart, sinon de la quasi-totalité des autres collectivités – qui dans un même mouvement ont toutes annoncées le report de l’application de la réforme. Et d’autant plus, à gauche : les mairies socialistes de Lyon, Strasbourg, Lille. Les mairies écologistes de Montreuil ou de Bègles. Cet entêtement de dernier Mohican mérite-t-il d’entraîner avec lui les parents, les enfants, les personnels et les enseignants de Paris ?

Pour toutes ces raisons, vous l’aurez compris, le Groupe communiste et élus du parti de gauche ne signera pas de chèque en blanc au Ministre de l’Education Nationale. Il ne votera pas ce vœu.

Je vous remercie.

Publié le

25 mars 2013

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