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Intervention de Ian Brossat sur la politique métropolitaine de Paris

Monsieur le Maire, chers collègues,

Depuis dix ans, notre Ville s’est fixé l’objectif d’une véritable ambition métropolitaine. Cette ambition est grande, c’est celle de dépasser les frontières artificielles entre les villes et les départements, c’est aussi celle de vaincre des clivages géographiques, sociaux et parfois politiques pour mettre les collectivités au service des citoyens, pour servir au mieux l’intérêt général. La tâche n’est ni simple, ni consensuelle, elle est d’une ampleur dont nous commençons à peine à mesurer la taille, et je dois remercier vivement mon ami Pierre Mansat pour tout le travail qu’il a accompli et qu’il continue de fournir dans ce grand projet.

La tâche, disais-je, n’est pas simple. Il s’agit de changer d’échelle, et donc de voir les choses en grand. Cela implique de mesurer avec précision la complexité des problèmes que les habitants de la métropole ont à rencontrer. Or, précisément, selon que l’on habite à Neuilly-sur-Seine ou à Clichy-sous-Bois, à Saint-Cloud où à la Goutte d’or, on ne vit pas exactement de la même façon, on ne rencontre pas tout à fait les mêmes obstacles, et on n’aborde pas la métropole du même angle.
Mais avec le Groupe Communiste et élus du Parti de gauche, nous avons la conviction que cet état de fait n’est pas une fatalité. Mieux, nous sommes convaincus que l’échelle métropolitaine est une arme pour combattre les inégalités territoriales.

Certaines zones de la métropole sont particulièrement précarisées, le chômage y atteint des proportions scandaleusement hautes, la misère s’y développe en portant son lot de désespérance. L’ONU-Habitat pointe même la réapparition de bidonvilles en Île-de-France depuis les années 1990. Dans le même temps, quelques villes et quelques quartiers de notre agglomération prospèrent dans une richesse qui frise l’indécence. L’opulence s’y déploie au point d’enfermer ses habitants dans des ghettos de riches où l’entrée est réservée aux invités, triés sur le volet par une caste choyée par le gouvernement.

Comment justifier que le revenu moyen par foyer, dans le 7ème arrondissement s’établisse à plus de 80 000€ annuels, quand il est de moins de 12 000€ à Grigny ? Si nous pouvons constater, au sein de la métropole, un écart de 1 à 7 entre deux villes, c’est très clairement qu’un effort important est à accomplir pour la mixité sociale. Cet effort est primordial, il l’est même d’autant plus que sous les effets d’une politique gouvernementale injuste, les inégalités se développent. Quand les revenus progressent de 2,6% dans les communes les plus pauvres, ils augmentent de 25%, dix fois plus, dans les communes les plus aisées. Notre combat, le combat de Paris et de la métropole entière est de faire tomber ce mur d’argent qui divise la population par une ségrégation que l’on peut qualifier de racisme social.

Et dans le cadre de ce combat, il n’est pas de plus grand adversaire que la spécialisation des territoires. Ainsi, Paris serait une vitrine, une sorte de musée à ciel ouvert, quand des départements moins favorisés seraient des réserves de foncier bon marché. Nous refusons cette vision de la métropole. Chaque ville, chaque quartier peut et doit devenir un véritable acteur, mieux, un moteur de la construction métropolitaine. Mais pour cela, il faut miser sur une métropole mixte et solidaire. C’est de loin le premier enjeu d’une ambition métropolitaine à la hauteur des besoins.

Une métropole solidaire dans la bataille pour l’emploi, solidaire dans la construction de logements, solidaire dans les liaisons, les communications et les transports. Cette solidarité sera le seul moyen efficace pour développer en bonne intelligence les zones qui en ont le plus besoin.

Car il ne faut pas se leurrer, l’arrivée subventionnée d’entreprises dans les territoires n’a pas endigué la paupérisation ni le chômage. Les entreprises semblent y vivre en vase clos, déconnectées du territoire dans lequel elles sont implantées. C’est la preuve qu’un projet économique, aussi ambitieux soit-il, ne vaut pas grand-chose s’il n’est pas accompagné de clauses sociales, telles que l’embauche de demandeurs d’emploi riverains ou l’aménagement des alentours des entreprises pour les intégrer aux quartiers. Le réseau Grand-Paris Express ne saurait donc pas servir son objectif s’il ne s’articulait pas avec le développement urbain des territoires.

Paris et sa métropole prennent en compte ce phénomène. Le réseau de métro s’agrandit avec la ligne 14 vers Saint-Ouen, la ligne 12 jusqu’à Aubervilliers et la ligne 4 jusqu’à Bagneux. Raison de plus pour clarifier l’intérêt du Grand Paris Express pour les populations des zones qu’il traverse. Il serait incompréhensible, par exemple, d’améliorer la desserte de l’Aéroport de Roissy au détriment des habitants de Seine-Saint-Denis qui subissent au quotidien la vétusté et l’engorgement du RER B.

C’est cette exigence d’une politique progressiste, humaine et ambitieuse que porte Pierre Mansat depuis qu’il est en charge de Paris Métropole. Ainsi, nous avons fait le pari de construire des points de vue partagés entre élus de la métropole, notamment sur les questions de mobilité et déplacements à l’échelle de l’ensemble du territoire métropolitain et sur des problématiques très diverses.

Car sans attendre la réalisation à long terme de grands projets d’infrastructure, il est urgent de répondre aux limites actuelles des transports en Ile-de-France en combinant dès à présent un accroissement significatif de l’offre de transports et le renouvellement massif des équipements. Le financement des transports, tant en investissement qu’en fonctionnement, doit s’attacher aux chantiers de grande ampleur, mais il doit aussi tenir compte de projets moins lourds, comme les réseaux et les dessertes de proximité, notamment en matière de bus et de tramways.

Quel beau projet métropolitain que l’ouverture des lignes de tramway qui sortent, peu à peu, de l’enclavement des villes pourtant proches de Paris. Nous voulons mettre à profit tout ce qui est à notre portée pour que chacune et chacun, tous les habitants de la métropole aient leur place partout. Vous mesurez donc, Monsieur le Maire, la différence avec la vision cloisonnée que porte le gouvernement. Nous sommes loin des clusters spécialisés dans telle et telle zone qui oublient au passage la population.

La métropole est aussi une échelle pertinente pour s’attaquer à la crise du logement qui gangrène de façon dramatique notre région. Cet enjeu est prioritaire, il doit faire l’objet d’actions ambitieuses, quitte à franchir maintenant de nouvelles étapes.

Paris Métropole s’est engagé, toujours sous l’impulsion de Pierre Mansat, dans la mise en œuvre de l’objectif de production de 60 000 logements par an prévu par le SDRIF et porté à 70 000 logements par an dans la loi relative au Grand Paris. Cet objectif est ambitieux et je m’en félicite. Depuis des années, la construction peinait à atteindre le niveau très insuffisant de 40 000 logements par an. L’engagement de Paris Métropole est donc essentiel. La recherche de l’intensification urbaine, condition de la maîtrise de l’étalement urbain, et donc de la prise en compte des enjeux sociaux et écologiques, la mise en place des Contrats de Développement Territorial : tout cela prouve, s’il le faut, que l’enjeu de cette relance durable de la construction se situe principalement à l’échelle de la métropole.

Si nous ne voulons pas le Grand Paris de Nicolas Sarkozy, le Paris des grands et le mépris des petits, nous devons, en tant qu’élus Parisiens, prendre ce problème à bras le corps sans attendre, et le faire en parfaite cohérence au sein de Paris Métropole.

Alors que le marché immobilier n’a jamais été aussi tendu, la Ville de Paris s’attache à poursuivre sa politique de construction de logement social. Cet effort doit être maintenu, voire amplifié, dans tous les arrondissements, dans toute l’agglomération. Face à la spéculation immobilière qui fait rage, et qui tue chaque année des hommes et des femmes qu’elle jette à la rue, il n’y a pas mille façons de lutter contre la loi du marché. Nous devons développer le logement social, qui joue le double rôle de rempart et de refuge. Rempart contre les attaques spéculatives, refuge pour des milliers de familles en difficulté. Nous devons le développer partout équitablement si nous voulons combattre le processus de ségrégation sociale et spatiale. L’enjeu est de taille, les moyens doivent l’être également.

Partout où la loi SRU n’est pas respectée, nous devons être là, et puisque c’est ce qui est préconisé, soyons là avec une nouvelle autorité métropolitaine du logement, pour forcer la main à ces maires délinquants. C’est un enjeu de mixité sociale, certes, mais c’est aussi un enjeu écologique. Il faut rapprocher au mieux les lieux de vie, de travail, et de loisir, limiter l’étalement urbain et donc le temps de transport. Permettre, en somme, à chacun de vivre mieux, c’est le sens même de l’action politique.

Il faut donc du logement social. Il en faut même beaucoup. Il faut veiller à offrir des habitats de qualité. Il faut sortir de la détresse celles et ceux qui vivent dans des logements privés détériorés, insalubres, où impropres à l’occupation. Nous devons donc faire du logement social nombreux, bien réparti, et de qualité. Combien d’enfants devront être touchés par le saturnisme ? Combien de parents devront préférer dormir dans leur voiture pour que nous traitions ensemble, l’urgence de cette problématique ? C’est une simple question de dignité, et je suis convaincu que nous nous accorderons sur ce point.

Comme je viens de l’illustrer avec la problématique prioritaire du logement, j’ai la conviction que c’est par des projets concrets, utiles et efficaces, que Paris Métropole pourra devenir l’outil citoyen que les Franciliens attendent. Nous devons donc franchir une étape, et j’ai bien compris, Monsieur le Maire, que c’était l’objet de votre communication. Il est temps de passer à l’acte par l’invention d’une voie crédible, dont les fruits seront appréciables par toutes et tous : élus, collectivités et citoyens attachés à leur territoire.

Avant de conclure, permettez-moi, Monsieur le Maire, d’adresser un remerciement sincère, au nom de mon groupe, à toutes celles et tous ceux qui, dans de nombreuses communes, font de Paris Métropole le succès qu’il est depuis dix ans. Si l’ambition est immense de construire une métropole unie, mixte, diverse et solidaire, c’est que ses habitants et ses travailleurs y méritent la plus grande des dignités et le plus beau des respects.

Je vous remercie.

Publié le

6 février 2012

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