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Intervention de Ian Brossat sur la lutte contre la pollution à Paris

Monsieur le Maire, chers collègues,

Dans une ville comme Paris, les pollutions sont d’origines et d’importances diverses. Aussi nombreuses que la ville est dense, et d’autant plus redoutables qu’elles semblent pour une part inévitables. A une autre époque, sans automobile, Louis-Sébastien Mercier consacrait déjà l’un des chapitres de son Tableau de Paris à la question de « l’air vicié » de la capitale. En cause : des « particules impures », qui corrompent et qui « tuent ». En cause : les « rues trop étroites », l’anarchie des égouts et des cimetières parisiens. Le futur député de la Seine et Oise à la Convention est fataliste, cependant. Avec une telle concentration démographique, tant de métiers et tant d’activités, l’air ne saurait être pur dans une ville « gigantesque » comme Paris.

231 ans après la parution de ce Tableau de Paris, nous n’avons plus tout à fait la même idée de la pollution. Le dix-neuvième siècle, Haussmann et un nouvel urbanisme sont venus répondre à certains errements sanitaires. Progressivement, les industries les plus polluantes ont quitté Paris. La voiture et toutes les pollutions liées aux déplacements, qu’il s’agisse de celle de l’atmosphère ou du bruit, sont aujourd’hui au cœur de nos débats. La ville durable est une ambition raisonnable pour Paris, qui s’est substituée au fantasme religieux de purger la cité de toutes ses « pestilences ». Cependant Mercier remet le peuple au premier plan de cette histoire parisienne. Car le peuple est la première victime de l’essor de la ville. La première victime de la pollution à Paris, déjà en 1781.

C’est avec ce constat à l’esprit que le Groupe communiste et élus du Parti de Gauche veut intervenir et enrichir cette communication et ces délibérations relatives à la lutte contre la pollution à Paris. Nous en partageons l’énergie, l’esprit et la détermination, ainsi que la très grande majorité des objectifs. Il nous importe d’insister cependant sur un certain nombre de points et de rappeler ici un certain nombre de nos convictions.
Tout d’abord : la réduction de toutes les pollutions est une priorité pour le Groupe communiste et élus du parti de gauche. Nous pensons cependant que le développement durable ne peut être pensé autrement qu’écologique et social.

Depuis 2001, les élus communistes ont toujours soutenu la réduction de la place de la voiture à Paris. Nous avons soutenu une politique qui incite à des modes de déplacement plus doux et plus respectueux de l’environnement. En 10 ans, ce sont 25 % des déplacements intra-muros qui ne sont font plus en voiture – et c’est une excellente nouvelle qui participe à l’amélioration de la qualité de l’air. Depuis plusieurs jours, cependant un malentendu prospère dans la presse, comme dans la population parisienne et métropolitaine d’ailleurs, s’agissant de cette politique justement. Il concerne la piste que vous avez évoquée, d’interdire la circulation des plus vieux véhicules à l’horizon 2014.

Des véhicules de plus de dix-sept ans pour les voitures particulières, de plus de dix-huit pour les utilitaires, de plus de dix ans les deux roues motorisées, sont des véhicules plus polluants que ceux que l’on construit aujourd’hui. Ces vieux véhicules ne représentent cependant que 3% du parc parisien, et surtout, ils appartiennent en grande majorité à des personnes aux revenus modestes. Le malentendu est celui-là : ces personnes ne possèdent pas de vieilles voitures ou de vieux utilitaires par goût, ils ne conduisent pas de vieux scooters par snobisme. En fait, la plupart ne peut pas faire autrement, et je comprends leurs réactions inquiètes à l’annonce de ce projet. Ce dernier paraît d’autant plus injuste que les grosses cylindrées et des 4x4, par exemple, ne sont pas visés par des dispositions comparables. Pourtant ces automobiles-là rejettent bien plus de substances polluantes dans l’atmosphère que la plupart de ces vieux véhicules. Et leurs propriétaires sont très généralement bien plus fortunés, ils peuvent régulièrement changer de modèle, onze d’entre eux sont d’ailleurs parmi les quinze les plus populaires en France, l’année dernière.

Pour notre groupe communiste, ce malentendu doit être dissipé. Les Parisiens les plus précaires, les plus fragiles, les petits retraités, les étudiants sont souvent propriétaires de vieilles voitures ou de petits scooters achetés d’occasion. Ils ne polluent ni par vice, ni par conviction. Ils polluent parce qu’ils n’ont pas les moyens de se déplacer autrement, parce qu’ils habitent à l’écart, parce que les transports en communs sont saturés. Un accompagnement social est indispensable pour ces personnes, afin qu’elles ne voient pas rogné leur droit à la mobilité. Afin qu’elles ne soient pas confinées chez elles, ou que leur temps de transport quotidien ne soit pas multiplié par deux ou trois. Notre conviction, c’est que la mobilité n’est pas un luxe. Notre conviction, c’est qu’il faut garantir ce droit en même temps qu’il faut renoncer aux véhicules les plus polluants. C’est pour cette raison que nous proposons deux vœux : l’un qui demande justement d’aider les propriétaires de vieux véhicules à en acheter de plus récents et de plus propres ; et un autre qui demande d’imaginer des mesures préventives et coercitives visant les 4x4, crossovers et SUV. Ce dernier vœu, parce qu’il ne faut pas laisser croire qu’il suffit d’en avoir les moyens pour polluer tranquille.
Car notre ambition, surtout, s’il en a une qui l’emporte sur toutes les autres, concerne le développement des transports collectifs propres.

Il ne suffit pas de réduire la place de la voiture dans Paris, ni de faire la guerre aux véhicules les plus polluants. Il faut permettre des déplacements plus propres, au cœur de la ville comme de la métropole. Nous ne devons pas rendre pas l’agglomération plus difficile aux Franciliens, nous devons la rendre plus propre. Et plus douce pour tous. Quel que soit l’âge, la situation géographique et professionnelle, les revenus ou le handicap. Nous l’avons affirmé plusieurs fois au cours de cette mandature : le droit à la mobilité n’est pas négociable. Lutter contre la pollution n’est en rien contradictoire, en revanche, vous comprendrez que la question des transports collectifs nous importe tout particulièrement. Pour trois raisons : parce que certains Franciliens habitent encore trop loin de leur lieu de travail, parce que nous ne pouvons pas tous utiliser une voiture électrique ou un vélo, et surtout parce qu’ils représentent le meilleur levier pour réduire le nombre des déplacements automobiles. Nous le savons, plus que des aménagements de voiries ou les contraintes de circulation, c’est l’amélioration de l’offre de transports publics qui donne les meilleurs résultats en la matière. S’il est plus rapide et moins cher de prendre le bus ou le métro, voire un vélib’, beaucoup d’automobilistes laisseront évidemment leur véhicule au garage. A Paris et en Île de France, nous rencontrons deux difficultés : la saturation du réseau, d’une part, et la question des tarifs, d’autre part.

La région et le STIF travaillent à l’amélioration de l’offre, c’est indéniable, et nous le verrons à l’occasion de notre débat sur le PDUIF. Cependant, un acteur fondamental des transports collectifs franciliens ne joue pas le jeu : je veux parler de la RATP. Je suis particulièrement consterné de voir que l’établissement public continue à supprimer des postes chaque année alors que chiffre d’affaire et le résultat net sont en constante progression. Elle cherche par tous les moyens à « améliorer la productivité » de ses salariés, alors qu’à l’évidence, les Parisiens préféreraient qu’elle améliore son offre. Je pense au renouvellement de ses véhicules, puisque l’on parle du caractère polluant de ceux qui circulent à Paris. Je pense aussi au personnel qui manque qu’il s’agisse des bus ou des stations de métros. Notre groupe présentera d’ailleurs des vœux en ce sens à l’occasion du PDUIF.

S’agissant des tarifs, et il s’agit d’évoquer aussi bien les transports collectifs que vélib’, la ville doit se donner l’ambition de la gratuité. Plus d’une dizaine de villes en France, aujourd’hui l’ont choisi – et cela marche. A Aubagne, par exemple, cela a permis de fluidifier la circulation, de réduire la pollution atmosphérique et le bruit, mais aussi de réduire les temps de transports des usagers. Sans parler de leur pouvoir d’achat, bien sûr. Des municipalités de gauche comme de droite ont fait ce choix. Et en janvier 2013, Tallinn sera la première capitale européenne à l’embrasser. Nous voudrions que la ville y réfléchisse, commande une étude d’impact, considère cette éventualité sérieusement, c’est le sens de l’un de nos vœux. Et en attendant, nous pourrions d’ors et déjà étendre les tarifs sociaux de vélib’, comme nous vous l’avions déjà proposé. Ainsi qu’imaginer un dispositif qui permette à ceux qui n’ont pas les moyens des 150 euros de sa caution, ou qui n’ont pas de compte en banque, de se déplacer en vélo dans Paris, de manière à la fois écologique et solidaire.

Vous l’aurez compris, nous partageons d’autant plus les buts développés dans cette communication que nous souhaitons aller plus loin.

La pollution, comme le nuage de Tchernobyl, se moque des frontières. Elle se moque des limites de nos communes ou de nos départements. Evidemment, et la communication le souligne, l’enjeu d’aujourd’hui se situe à un niveau métropolitain. Un grand nombre de Franciliens traversent encore quotidiennement Paris, la métropole est l’échelle de enjeux de transports collectifs. Il faut donner des moyens métropolitains à notre action. C’est pour cette raison que depuis le début de mon intervention, je m’efforce de défendre autant les intérêts des Parisiens que ceux des Franciliens. Car s’agissant de la pollution, ces intérêts sont les mêmes. Une concertation doit être engagée entre la Paris et les collectivités voisines, dans la continuité de ce qui a été réussi avec Paris Métropole et Plaine Commune lors de la candidature à l’appel à projets « Zones d’actions prioritaires pour l’air » (ZAPA), et il serait bon que le dialogue se poursuive ensuite dans le cadre de notre assemblée : c’est le sens du vœu que nous présentons.

Aller plus loin, pour nous, c’est aussi insister sur d’autres pollutions que celles engendrées par les déplacements urbains. Je voudrais évoquer ici deux pollutions qui font l’objet de mon groupe : la pollution sonore et la pollution intérieure.

En effet, la communication évoque le boulevard périphérique, et la possibilité d’agir sur les limitations de vitesse pour réduire notamment la pollution atmosphérique. Il est cependant également urgent d’agir sur le bruit. Parce que plus de 100 000 riverains sont concernés par les nuisances sonores du périphérique. Parce qu’en plusieurs endroits, l’observatoire du bruit en Île de France a noté des niveaux sonores qui excèdent largement les niveaux réglementaires. Entre la porte de Vincennes et le pont de Lagny, un nouvel enrobé antibruit est testé depuis le 29 juin, susceptible de réduire le bruit du roulement des véhicules. Nous voudrions que les résultats de cette expérimentation soient communiqués au plus vite au Conseil de Paris. Si ces résultats sont probants, c’est une option intéressante pour tous les habitants qui vivent à proximité du périphérique – en plus de dispositifs plus classiques qu’il conviendrait de revoir et de renouveler par ailleurs.

Pour conclure, je voudrais aller plus loin et rentrer chez les Parisiens, avec vous. En effet, nous savons depuis plus de dix ans, grâce notamment aux différentes études réalisées par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur, que l’air est de 5 à 10 fois plus pollué à l’intérieur qu’à l’extérieur. Louis-Sébastien Mercier l’avait d’ailleurs compris, lui qui disait déjà : « chacun a dans sa maison des magasins de corruption ». Les produits de nettoyage et d’entretien, les appareils électroniques, les médicaments et les produits de beautés : autant de substances au moins aussi dangereuses, en l’occurrence, pour la santé que la pollution atmosphérique. Nous avons déposé un vœu en ce sens, par lequel je veux finir ici, pour demander qu’une large campagne de sensibilisation soit lancée par la ville. Car c’est probablement le combat le plus difficile, parce que c’est celui qui engage tous les Parisiens avec nous. Nous avons besoin de leur aide pour mieux les protéger et les accompagner.

Je vous remercie.

Publié le

12 novembre 2012

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