Rechercher sur le site

Intervention de Jean Noël Aqua contre le travail du dimanche

Intervention en séance du Conseil de Paris du 20 mai 2014

Le débat sur le travail du dimanche revient donc à nouveau sur le devant de la scène. A l’initiative d’une partie de la droite et du MEDEF tout d’abord. Il s’agit pour eux de masquer l’échec patent des politiques libérales par une fuite en avant vers toujours moins de droits. Il revient aussi à l’initiative de la partie la plus libérale de la gauche, elle aussi en manque d’alternative face à ses échecs. Certains ici voudraient donc promouvoir le travail du dimanche, notamment via l’extension des zones touristiques.

Nous le réaffirmons, l’interdiction du travail du dimanche a été, et reste, une conquête sociale majeure.

Par un tour de passe-passe digne des meilleurs communicants et d’une certaine répétition médiatique, on voudrait remplacer « le droit d’obtenir un emploi », le droit au travail inscrit dans le préambule de notre constitution, par le droit de travailler selon ses désirs. La liberté des uns viendrait s’opposer aux droits sociaux pour tous.

Mais cette pseudo-liberté n’en est pas une car nous le savons bien, quand il y a un fort et un faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère.

Cette pseudo-liberté n’en est pas une car le volontariat est souvent imposé aux salariés par le chantage à l’emploi. Où est le libre-choix ? Alors que les salaires sont notoirement insuffisants, certains salariés sont contraints de travailler le dimanche pour gagner quelques euros de plus, quitte à sacrifier leur vie de famille, leur repos et santé et, (oh transgression !), leurs loisirs. Vous le savez, c’est pour ces raisons que les salariés du commerce sont massivement contre l’extension du travail du dimanche. Mais plus largement, cette pseudo-liberté joue contre l’intérêt de la population dans son ensemble que nous sommes censés promouvoir dans cette assemblée.

Elle joue contre les familles et le tissu social, car seuls des moments en commun permettent de créer du commun. Elle joue contre les jeunes livrés à eux-mêmes lorsque leurs parents, acculés à travailler, n’ont pas les moyens d’être assistés dans leur mission éducative. Elle joue contre les individus qui voient leur vie rythmée uniquement par le travail et la consommation impulsive. Elle joue contre la vie associative, culturelle et politique qui ont besoin de temps libre pour tous. (Pour l’anecdote, moi qui suis un élu par ailleurs salarié, c’est précisément parce que je n’étais pas acculé à travailler hier dimanche que j’ai pu continuer de travailler à la préparation de ce conseil).

Derrière toutes les justifications fallacieuses, l’extension du travail du dimanche apparaît pour ce qu’elle est : une arme dans la compétition économique pour gagner de nouvelles parts de marché, bien souvent au détriment du petit commerce. Les lobbys patronaux ont sorti l’artillerie lourde pour étendre le travail du dimanche. Face à ces attaques de grandes envergures, la gauche ne doit ne pas se laisser impressionner. Elle doit agir et mener la politique qui est attendue par ceux qui l’ont portée au pouvoir.

Ce n’est pas en revenant sur cette avancée sociale, que l’on répondra à la crise économique qui découle de d’austérité et de la baisse des salaires. Ce n’est pas par la dérégulation et le laisser-faire que l’on pourra promouvoir le développement humain durable, l’accès de tous à la culture et le progrès social.

Certains voudraient généraliser le travail du dimanche pour mieux répondre aux besoins des touristes. Mais nous avons le devoir de construire un Paris pour les parisiens, et pas uniquement un Paris pour les touristes. La richesse de Paris est dans ses quartiers. La richesse de Paris est dans son tissu social, culturel et dans ses petits commerces. Il est de notre responsabilité de ne pas brader les conditions de vie en commun au profit de quelques-uns.

C’est dans cet état d’esprit que nous nous opposons aux volontés d’extension du travail du dimanche. Nous resterons par ailleurs vigilants : l’évaluation des zones touristiques sur Paris ne devra pas servir de prétexte à une remise en cause du droit au repos dominical.

Publié le

20 mai 2014

Auteur-e-s