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Intervention de Jean Noël Aqua sur le réseau d’éducation prioritaire à Paris

Madame la Maire,

La dernière carte de l’éducation prioritaire annoncée par le gouvernement pose encore problème.

Certes, cette dernière carte est plus juste que la carte de novembre. Grace à l’action conjuguée de la mairie, des élus et maires d’arrondissements, des syndicats et parents d’élèves, les aberrations initiales ont pu être gommées. Mais le résultat n’est toujours pas satisfaisant car de nombreux collèges et écoles, qui ont besoin des moyens de l’éducation prioritaire, ne sont toujours pas reconnus comme prioritaires.

Pour ceux qui en douteraient, je signale tout d’abord que la toute dernière carte a fait l’unanimité contre elle de la part des syndicats et je ne prendrai qu’un seul exemple : le groupe scolaire Bercy (12è) où le rectorat constate 25% de catégories sociales défavorisées, 30% de parents sans diplômes et 14 000€ de revenu médian. Sur le 13ème, c’est le collège Elsa Triolet, les écoles Jenner, 173 Châteaux des rentiers, Perret, ont besoin de l’éducation prioritaire. Sur Paris, il reste une quinzaine d’établissements qui devraient être prioritaires.

Nous pensons donc essentiel l’élargissement du périmètre de l’éducation prioritaire et non, le remplacement de telle école par telle autre, comme a pu le faire le rectorat jusqu’ici. Vu l’importance des enjeux de l’éducation, il s’agit de mettre les moyens en face des besoins et non l’inverse. Le gouvernement cherche à appliquer sa politique d’austérité sans répondre aux besoins de la population, sauf peut-être à ceux du Medef.

Alors, certains diront que plusieurs millions supplémentaires ont été mis sur la table. C’est visiblement insuffisant pour répondre aux besoins. C’est visiblement insuffisant au vu de la crise qui sévit depuis la dernière définition du réseau prioritaire, crise qui a multiplié les difficultés socio-économiques de la population, et que nul ici ne peut oublier.

Le rectorat pense pourvoir compenser le manque de moyens de l’éducation prioritaire par des mesures académiques. Il est difficile de parler de l’arlésienne, puisque je le rectorat s’est bien gardé de préciser les mesures académiques en question. Mais ces mesures ne pourront jamais compenser ni être équivalentes à l’éducation prioritaire ne serait-ce que parce que les primes aux enseignants ne pourront être versées. Quand on est de gauche, et je n’imagine pas que, on a une certaine idée de la valeur du travail. Il est inacceptable de vouloir ainsi économiser sur les salaires. Mais au-delà des salaires, ces primes contribuent à la stabilité des personnels et à la pérennité des équipes pédagogiques. Cette pérennité est précisément un facteur important de la réussite du dispositif et donc de la réussite des enfants. La copie du rectorat est donc à revoir.

Je finirai sur l’articulation entre besoins et moyens. Pour la droite, il est habituel de partir des moyens existants, une fois les puissances économiques rémunérées, et de définir en fonction les besoins que l’on peut satisfaire. La gauche procède en sens inverse. Elle part des besoins des populations et cherche à trouver les moyens pour les satisfaire. Nous avons ici un tel exemple : soit nous partons d’un périmètre défini par avance et essayons de définir en fonction les écoles prioritaires. Soit nous partons de la réalité des écoles et collèges, et définissons le financement adéquat.

Les moyens donnés à l’école publique sont les moyens donnés à tous ceux qui n’ont pas de capital pour pouvoir s’épanouir, s’émanciper, se construire en toute liberté. C’est aussi la mixité de notre société qui s’y construit. C’est d’un projet progressiste de société qu’il est question ici. Il mérite les moyens d’exister.

Publié le

19 décembre 2014

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