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Pas d’avancées écologiques sans contenu social

Intervention de Jean Noël Aqua

L’enjeu social reste dans l’angle mort de la communication présentée. Il devra être mieux pris en compte pour que nous puissions à l’avenir approuver certains projets comme l’interdiction de certains véhicules. Les catégories populaires font déjà les frais de la pollution, car ils habitent souvent à proximité des zones les plus polluées, comme le périphérique. Il faut prévoir des mesures pour les parisiens qui ont besoin de leur voiture mais qui ne pourront pas en changer et à nouveau réfléchir aux tarifs du stationnement résident avec cet objectif de qualité de l’air.

Madame la maire,

Vous le savez, les communistes sont engagés pour un environnement de qualité pour tous. Donner à tous un environnement sain est une mesure de justice sociale et de santé publique. Nous soutenons donc l’action de la Ville en ce domaine. Les mesures présentées vont dans l’ensemble dans la bonne direction. La réduction des vitesses autorisées, l’amélioration du parc automobile de la ville et de la RATP, le développement des transports en commun et celui du vélo, la promotion de la voiture électrique, les mesures d’urgence dont la gratuité des transports...

Mais, l’enjeu social reste dans l’angle mort de la communication présentée. Il devra être mieux pris en compte pour que nous puissions à l’avenir approuver certains projets comme l’interdiction de certains véhicules. Cette interdiction va dans le bon sens, mais nécessite un accompagnement pour l’ensemble des parisiens et pas seulement pour les professionnels.

Les pauvres font déjà les frais de la pollution, ils ne doivent pas en payer le prix. Ils en font les frais car ils habitent souvent à proximité des zones les plus polluées, comme à proximité du périphérique. Ils risquent d’en payer le prix si nous ne les aidons pas, car ils sont souvent captifs de leur ancien véhicule. Plusieurs mesures incitatives sont prévues en direction des professionnels (subventions, crédit...). Pour ceux dont le véhicule est un outil de travail, c’est indispensable. Mais, la voiture est aussi une condition de travail pour de nombreux salariés : que l’on pense à un ouvrier commençant à l’aube en lointaine banlieue, un salarié de Rungis ou des aéroports de Paris etc. Elle peut aussi être indispensable pour les moins mobiles, des personnes âgées ou des familles. Il faut prévoir des mesures pour les parisiens qui ont besoin de leur voiture mais qui ne pourront pas en changer. Le coût d’un véhicule hybride, électrique et même d’un nouveau véhicule de catégorie 5* n’est pas à la portée de tous. Les plus modestes risquent de faire les frais des interdictions. Nous devons les aider dans notre démarche. Cela pourrait passer par une aide financière pour les particuliers ou des dérogations en fonction de l’usage du véhicule.

Nous veillerons ainsi au calendrier des mesures d’interdiction. Il nous semble opportun de procéder par expérimentation, évaluation et réaction. Nous devrons analyser les résultats de l’interdiction des catégories 1* avant de passer à l’interdiction des catégories 2* et ainsi de suite. Il serait précipité de prévoir un calendrier contraignant. L’objectif est le bon, mais le tempo sera décisif pour concilier transition énergétique et justice sociale, notamment pour l’ensemble des franciliens.

Alors, j’entends Mme Kosciusko-Morizet faire la leçon sur la lutte contre le diesel. C’est-à-dire pour défaire ce qu’elle, avec d’autres, a fait. Il s’agirait encore de responsabiliser les responsables. Nous n’oublions pas que Mme Kosciusko-Morizet a été la ministre du diesel et que le Grenelle de l’environnement s’est conclu de son temps par une incitation nouvelle au diesel. 20 ans après que l’OMS avait déjà alerté sur les effets cancérogènes du diesel sur le poumon. Mme Koscuskio-Morizet, vous avez poussé au diesel. Seuls les plus naïfs croiront en votre fibre verte qui pousse en fonction des circonstances. Etre jusqu’au boutiste sur les interdictions, c’est bien. Aider les parisiens à les respecter, c’est mieux. Cela s’appelle de la justice sociale.

En matière sociale, nous nous interrogeons à nouveau sur les tarifs de stationnement. Nous approuvons la gratuité du stationnement résidentiel en cas de pic de pollution. Mais si cette mesure est efficace en cas de pic, pourquoi ne le serait-elle pas en temps normal ? Nous devrons à nouveau réfléchir aux tarifs du stationnement résident avec cette objectif de qualité de l’air. A l’inverse, nous pourrions économiser sur les mesures envisagées pour les véhicules hybrides rechargeables (gratuité de stationnement, de recharge…). Ces véhicules sont des véhicules de luxe : leur entrée de gamme est à 38 000€ ! Seuls les très riches pourront se les offrir. L’incitation financière est inutile.

Si nous partageons l’objectif de l’éradication du diesel, nous sommes inquiets que le cadre législatif ne le permettra pas. Nous visons à interdire les véhicules de catégorie Euro 4. Mais il y a déjà des diesels Euro 5 et bientôt 6. En lieu et place de l’éradication du diesel, nous risquons de faire la promotion du diesel dit propre. Mais le diesel propre, c’est comme l’amiante propre : ça n’existe pas. L’OMS est très claire : il faut supprimer le diesel. Les constructeurs vantent leurs filtres à particules. En plus d’être insuffisants, ils sont inadaptés à la conduite en ville. De nombreux automobilistes les enlèvent donc et la loi sur la transition énergétique n’y changera rien. Nous devrons utiliser d’autres moyens contre le diesel, comme la modulation des tarifs de stationnement ou la non-délivrance d’une carte résident pour les nouveaux diesel.

Nous serons aussi sensibles à la prise en compte de l’ensemble des origines de la pollution aux particules fines et aux gaz toxiques. Les mesures du SIRTA ont montré que le pic de pollution de mars 2014 était dû à 51% à l’activité agricole, à 15% à la biomasse (bois et brûlage de végétaux) et seulement 11% aux véhicules. Agir sur l’ensemble des leviers est incontournable pour avoir une action publique juste et efficace. Une politique qui cible l’ensemble des causes et traite l’ensemble des problèmes : les particules fines émises lors du freinage des métros et qui se concentrent dans les couloirs peu ventilés du métro mériterait notre attention ; l’inhomogénéité de la pollution en fonction de la proximité du périphérique ou de la géométrie de certaines rues mériterait une cartographie plus directe.

Enfin, en cette année de Cop21, il est aussi important de parler de la pollution au CO2 qui impacte le climat. Certes, grâce à notre système de production d’électricité, la France produit peu de gaz à effet de serre par rapport à des pays comme l’Allemagne. Mais nous devons encore diminuer nos émissions de CO2. Les transports en constituent la principale source et la promotion de la voiture électrique permet de répondre à cet enjeu. Mais pour rouler à l’électrique, encore faut-il produire assez d’électricité. Nous devrons estimer la consommation d’énergie supplémentaire nécessaire sur Paris, et valoriser les modes de production d’énergie capable d’y répondre. Nous pourrions aussi promouvoir l’usage de bus électriques par la RATP.

Nous voterons donc aujourd’hui la délibération DVD106 pour les mesures incitatives qu’elle comporte. Mais ce vote positif n’est pas un chèque en blanc. Nous attendons la prise en compte des enjeux sociaux avant d’approuver les interdictions progressives qui sont nécessaires. Différents chemins mènent à différentes transitions énergétiques. L’enfer de la pollution est pavé de bonnes intentions. Sachons concilier qualité de l’environnement et justice sociale.

Publié le

9 février 2015

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