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Ville intelligente : de gauche évidemment

Pour nous, la ville intelligente : c’est d’abord l’humain.
Elle doit se décliner à trois niveaux : l’innovation, le numérique et l’écologie. Une« ville intelligente » est une ville qui réduit les inégalités, qui est au service d’un vrai projet de gauche.

Retrouvez l’intervention de Jean Noel Aqua

Madame la maire,

La communication qui nous est présentée est plus qu’ambitieuse. Au service de quoi mettons-nous l’intelligence de notre ville ? Comment promouvoir un développement humain durable ? Quelle visée donnons-nous à la révolution informationnelle et technologique ? Celle-ci a bouleversé le partage de l’information , et par ricochet nos sociétés. Elle permet de répondre à plusieurs défis mais en pose aussi de nouveaux.

Comme l’a rappelé Nicolas Bonnet , nous partageons beaucoup des objectifs du plan Paris intelligent. Mais des défis majeurs en sont absents. Nous ne pouvons ignorer l’accroissement des inégalités qu’a encore récemment dénoncé l’OCDE. Ce sont bien sûr les inégalités de richesses qui puisent leurs racines dans la rareté de l’emploi , qui va être accentuée par le numérique. Mais c’est aussi l’inégalité face aux savoirs qui est autant cause que conséquence des inégalités de richesses.

La plan de la Ville met les mutations actuelles en perspective avec l’innovation, la co-décision démocratique et l’environnement. C’est nécessaire. Mais garder l’humain dans notre visée devrait être incontournable. Nous devons le décliner à trois niveaux : l’innovation, le numérique et l’écologie.

L’innovation d’abord. Nous rappelons régulièrement que le soutien public à l’innovation vient palier l’insuffisance de recherche des grands groupes. Par exemple , Sanofi a supprimé plus de 2000 emplois de recherche , notamment sur l’audition , mais passe un partenariat avec la fondation Voir et Entendre pour entretenir une recherche subventionnée sur même sujet. Si nous ne sommes pas opposés à un soutien à l’innovation , celui-ci doit être conditionné à la création d’emplois stables. C’est l’objet de notre voeu et nous saluons le premier pas dans cette direction de Jean-Louis Missika.

Par ailleurs , comme le savent bien des chercheurs , les connaissances ne progressent que grâce à leur partage et à la coopération. Il est ainsi important de soutenir les entreprises se développant sur le partage des connaissances permis par l’open-source , par exemple dans le secteur des imprimantes 3D. En questionnant la propriété intellectuelle , l’open source est porteur de progrès , tout comme le partage des pouvoirs au sein des SCOP. D’où notre voeu en leur faveur.

Deuxième point , le numérique. La Ville utilise ses potentiels pour améliorer les services publics , comme les annonces en ligne de logements sociaux. Saluons ce type d’innovations. Par ailleurs , de nouvelles pistes sont envisagées , comme le Wifi gratuit étendu , qui participe à définir l’information comme bien commun. Le numérique peut aussi aider au dialogue entre les citoyens et notre collectivité , en facilitant les initiatives citoyennes et la co-décision , comme avec les budgets participatifs.

Mais le numérique présente aussi des risques. Big brother pourrait se cacher derrière le big data. Soyons très au clair sur le type de données susceptibles d’être collectées et diffusées , et sur les risques éventuels d’une utilisation hors contrôle de ces données. C’est à la collectivité d’en fixer les règles et de ne pas simplement se donner l’objectif d’aider à la diffusion sans entrave du big data. Nous pourrions engager une réflexion sur ce thème afin d’aboutir à définir une charte éthique de l’open-data.

Enfin , et c’est mon troisième point , en matière d’environnement , il est impératif que les défis humains soient couplés aux défis écologiques. Permettre à tous de bénéficier d’un environnement de qualité est un enjeu de classe. Les pollutions atmosphériques et sonores , l’éloignement de la verdure ... touchent en premier les plus pauvres. L’écologie doit aussi être sociale. Ainsi , dans la lutte contre la pollution , il serait impensable que les restrictions de circulation handicapent les citoyens les plus modestes. Par ailleurs , alors que la gratuité des transports en commun est appliquée lors des pics de pollution , comment comprendre qu’on augmente les abonnements navigo des retraités les plus modestes le reste de l’année. Ne devrions-nous pas à l’inverse inciter à plus de gratuité ?

La question des services publics est aussi un bon exemple du couplage socialécologie. On me dit que la déréglementation et la concurrence sont des opportunités pour l’écologie. Alors même que le dérèglement climatique se déroule sur des temps longs , ne nous leurrons pas sur le capitalisme vert , son court-termisme et son injustice sociale. A l’inverse , les services publics permettent à la fois une gestion de long terme compatible avec les questions écologiques , et l’égalité d’accès de tous aux biens essentiels. Nous y reviendrons sur l’électricité. Sur le défi de la pollution carbone , il nous semble décisif de développer le service public du fret ferroviaire. Alors même que la SNCF ne s’y engage pas, quelle action avons-nous pour l’y inciter ?

Pour conclure , je rappellerai que l’intelligence , qui est la capacité à comprendre , ne donne pas en soi des valeurs. La question qui se pose au politique est , au service de quoi mettons-nous l’intelligence. Pour nous , l’humain doit rester au coeur de notre visée.

Publié le

30 mai 2015

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