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Intervention de Jean Noël Aqua sur l’organisation financière Paris EUROPLACE

Madame la maire, chers collègues,

« Aider la place financière de Paris à développer une approche responsable de la finance. » Tel est le but de la délibération concernant le soutien à Paris Europlace.

« Aider » à coup d’argent public, le secteur financier à être responsable… ? Mais nous vivons dans quel monde pour croire que c’est à coup de subventions publiques, sans condition, que nous ferons changer la finance ? Un secteur financier particulièrement connu pour ses pratiques délictueuses voire criminelles incessantes ?

C’est en pratiquant le charme que nous espérons faire évoluer le secteur financier vers plus de responsabilité ? C’est en caressant un loup qu’on espère lui apprendre à ne plus croquer les poules ?

Excusez-moi, mais cela paraît une chimère qui serait bien touchante si elle n’impliquait pas de l’argent public. Le secteur financier a-t-il besoin d’un soutien public ? Non. En France, la finance prise au sens strict de l’activité des bourses, des marchés obligataires et des banques, représente quatre fois le produit intérieur brut (PIB), en valeur absolue. Et elle prélève une part sans cesse croissante de la richesse produite, 300 milliards de charges financières chaque année en France, dividendes, intérêts et services tout compris. Une somme colossale qui nous fait légitimement penser que ce n’est pas un secteur en difficulté qui aurait besoin d’un soutien public.

D’autant que les finances publiques sont asséchées par l’austérité, conséquence de la crise financière. Mais le secteur financier est-il étranger aux difficultés financières du pays et de nos collectivités territoriales ? Non. Et à double titre.

Premier titre, c’est le secteur financier qui, au vu de ses grossières erreurs et défaillances, a été à l’origine de la crise des subprimes. J’imagine que les représentants de JP Morgan ou celui de BNP Paribas à Europlace doivent être prolixes en la matière, eux qui ont massivement été coupables de cette crise. Nous le savons, cette crise a impacté l’économie réelle, la vie de tout un chacun, mais aussi nos finances publiques. Pour les Etats et les collectivités territoriales, à la diminution des rentrées fiscales se sont ajoutées les injections massives d’argent public qui ont lourdement endetté les états auprès … de ce même secteur financier. Un tour de passe-passe magistral où à la fin, ce sont toujours les mêmes qui gagnent, les banques, et les contribuables qui paient...

Voulons-nous donc aujourd’hui ajouter une somme, même dérisoire, d’argent public au secteur financier ? Les communistes y sont opposés. D’autant que le secteur financier est aussi responsable de nos difficultés financières via son organisation de l’évasion fiscale. En France, ce sont près de 80 milliards qui échappent ainsi chaque année à l’imposition. 80 milliards qui changeraient beaucoup de choses à la politique d’austérité, et de diminution des dotations aux collectivités. Pensons à ces 400 millions de dotation qui vous nous manquer pour le prochain budget.

Cette délinquance financière est d’autant plus insupportable que les pratiques toujours plus innovantes de la finance permettent de facto aux voyous en col blanc et aux réseaux mafieux (drogues, armes, trafic d’êtres humains et trafics en tout genre) d’échapper tant à la justice qu’à l’imposition. Là aussi, Europlace doit avoir une bonne connaissance de ce dossier. J’imagine là que les représentants à Europlace de la Société Générale (M. Oudéa, l’homme du Sénat, un partenaire public de la Ville via Europlace) ou celui du Crédit Agricole, tout deux largement cités dans le scandale des Panama Papers, devraient pouvoir nous éclairer en la matière. Sur un sujet connexe, la présence au conseil d’administration d’Europlace des représentants de L’Oréal (appartenant à la famille Bettencourt) ou de la famille Wendel, doivent aussi être des gages d’expertise en délinquance fiscale.

Voulons-nous vraiment ajouter une subvention publique à une association réunissant ces différents acteurs ? avec le vague but de les inciter à des pratiques responsables ? Alors j’imagine que certains pourraient me répondre, si j’avais enfin une réponse à mes interrogations répétées, que certains projets pourraient servir des buts louables. C’est en partie vraie. En partie. Mais, les acteurs financiers ont-ils besoin de nous pour le faire ?

Je n’appuierai pas sur l’argument voyant dans ce genre d’opérations « responsables » du secteur financier, une charité bien ordonnée, visant à faire oublier ses pratiques délictueuses.

Mais nous le savons. Les grandes entreprises de la finance veillent aujourd’hui autant à leur communication externe qu’interne. Faire croire au grand public et au politique, que le secteur financier participe et développe des projets responsables est certainement important. Faire croire aux salariés de ce secteur que leur entreprise, leur « communauté », participe à des projets ayant du sens, est non moins décisif dans la construction des collectifs de travail. Non le savons, ne soyons pas naïf. Alors, laissons le secteur financier faire sa communication et n’ajoutons pas un euro d’argent public dans cette entreprise.

Quand nous voyons que la première et seconde fortune de France, Bernard Arnault himself et le représentant de L’Oréal, de la famille Bettencourt, sont membres du CA de l’association Europlace, nous pouvons penser que les 15.000€ d’aide publique à Europlace pourraient facilement être compensés par la grande générosité que nous pouvons leur connaître, confère le documentaire Merci Patron pour les esprits chagrins qui pourraient en douter.

Pour toutes ces raisons nous voterons contre cette délibération.

Publié le

15 juin 2016

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