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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj sur l’urbanisme et la tour triangle

Intervention en séance du Conseil de Paris des 17, 18 et 19 novembre 2014

Madame la Maire,
Mes cher-eres collègues,

Une ville est sans cesse à réinventer, le Paris du 21 ème siècle que nous avons en partie la charge de construire pour les futures générations se doit de respecter les engagements que nous avons pris et qui vont pour certains plus loin, que ceux que nous avons tenus dans les dernières mandatures.
Une ville ouverte, une ville où la mixité n’est plus zonée et séparée entre un Ouest opulent et un Est en difficulté chronique, une ville où toute la population doit pouvoir vivre et s’épanouir, une ville pour les familles, les célibataires, les anciens et les enfants. Mais aussi les femmes dont un récent colloque organisé par notre collègue Hélène Bidard a montré combien l’espace public avait été conçu au masculin et qu’il nous faut être attentif à modifier cette approche genrée.

Une ville où l’on puisse travailler et pas seulement dans le commerce et les services mais où l’activité de production, propre bien entendu, puisse exister. Une ville où l’on respire, où les espaces verts, le logement et l’activité se conjuguent, repoussant définitivement le zonage qui a tant marqué l’évolution urbaine de ces dernières années et qui est couteux tant en déplacement qu’en fatigue des salariés.

Bref, Paris n’est pas à vendre, c’est une ville où il fait bon vivre et pas une ville musée, sclérosée pour les riches et pour les touristes.
C’est en ce sens, que nous avons soutenu le projet de réforme du PLU. Nous avons encouragé la politique volontariste en matière de logement. Nous allons soutenir l’ensemble des projets de ZAC qui sont présentés tout en ayant les mêmes exigences. Nous sommes particulièrement attachés, comme je le disais à l’instant, à l’équilibre entre le logement, les équipements publics de proximité, les espaces de respiration mais aussi une activité économique diversifiée.

Mes collègues interviendront sur quasiment chacun de ces sujets, donc je n’en dirais pas plus. Nous serons très attentifs sur les projets urbains que nous souhaiterions voir intégrer dans la deuxième vague du renouvellement urbain. Ces projets touchent des quartiers en difficulté sur lesquels les investissements de la ville doivent être de qualité et surtout être emprunts de la volonté de recoudre le territoire de la banlieue avec la ville de Paris, comme n’ont eu de cesse de le porter dans la précédente mandature. L’arrivée prochaine de la Métropole rend cette politique encore plus essentielle.
Nous l’avons dit, nous ne nous opposerons pas à la construction de la tour triangle. Nous sommes constants dans ce positionnement comme d’autres le sont, je pense à nos collègues verts.
Nous pensons que cette construction est une bonne nouvelle en ce qui concerne l’emploi. Le secteur du BTP est sinistré du fait des politiques d’austérité menées par les gouvernements successifs. Nous insistons pour qu’un travail soit mené avec les entreprises sur des clauses sociales exigeantes, pour que ce chantier puisse s’ouvrir à des jeunes de notre ville et de la métropole. Tout comme nous serons vigilants quant à la sous-traitance et au recours aux travailleurs détachés.

Nous devons tous avoir conscience que de nombreuses entreprises vont vouloir profiter de la création de cet immeuble pour déplacer leurs bureaux ou sièges sociaux, cette opération va de fait libérer dans Paris un grand nombre de mètres carrés de bureaux dont nous exigeons la transformation en logements et en particuliers en logements sociaux. C’est le sens du vœu que nous déposons pour accélérer cette mutation. Nous avons demandé qu’une veille soit assurée par l’APUR à cet effet.
Nous ne pouvions concevoir qu’un tel projet emblématique pour la ville de Paris ne soit pas seulement un lieu de travail ou d’achalandage, mais aussi un lieu utilisé par les parisiennes et les parisiens pour de nouveaux services publics.

Suite au vœu adopté en 2011 à notre initiative, nous avons aujourd’hui la garantie qu’il aurait un équipement dédié à la petite enfance, un centre de santé en secteur 1 et enfin 500 mètres carrés supplémentaires pourraient héberger une structure à caractère culturel ou social.
Sur l’esthétique et la localisation il y a et il y aura toujours débat, mais comme le disait Le Corbusier lorsqu’on lui posait la question au sujet de l’intervention des habitants sur son projet de quartier neuf à Pessac : « C’est toujours la vie qui a raison, l’architecte qui a tort. » Faisons confiance aux parisiennes et aux parisiens pour qu’ils adoptent ce nouvel objet architectura et que finalement ils en soient fiers.

Ce projet n’est qu’une des pièces du puzzle urbanistique qui nous est proposé.
Nous verrons bien tout au long de cette mandature de nouveaux équipements publics, de nouveaux logements, de nouveaux hôtels industriels, de nouveaux équipements sportifs et culturels qui dans quelques années entreront dans le panthéon architectural parisien.
Pour ce faire comme vous le détaillez dans votre communication Madame la Maire, nous avons besoin de tous les talents et de toutes les énergies. Celles des « professionnels de la profession » que sont les architectes et les urbanistes, les services compétents de la ville, mais surtout des habitantes et des habitants de notre ville. Ils et elles doivent être associés à chaque étape de la mise en œuvre de ces nouveaux projets.

C’est un des attendus de la démarche de démocratie participative car comme le disait une vieille publicité de la SNCF : « le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous. »
D’ailleurs, nous devons en profiter pour réinvestir la notion de progrès car elle reste attachée au code génétique de la gauche. Nous avons toujours la conviction que l’activité humaine doit se fixer pour objectif d’améliorer la vie de tous, et que les générations les plus jeunes doivent bénéficier d’une existence meilleure que celle de leurs parents. Nous ne cédons pas à l’injonction de celles et ceux pour lesquels le terme même de progrès est quasiment devenu tabou. Il est surtout salutaire de réinvestir le concept de progrès à l’aune de la finalité la plus essentielle : celle de l’humain et de ces conditions d’existences incluant les écosystèmes et leur durabilité. Posées ainsi la question du progrès renvoie à une autre, celle de la maitrise sociale et des formes de démocratie. Il est bien clair que la conception actuelle de la croissance, soumise à la dictature de la rentabilité financière « court-termiste » a des résultats catastrophiques. Mais, considérer que ce modèle de développement est le seul possible et que c’est l’idée même de croissance qu’il faut combattre conduirait l’humanité dans une spirale régressive qu’il faut absolument éviter. La question clé qui nous est posée est à l’inverse. Il s’agit de construire la ville à travers des modes de développement alternatifs fondés sur l’articulation entre la réponse aux besoins humains, le respect des écosystèmes, la coopération et un essor de la démocratie dans ses différentes dimensions. Dans une telle dynamique, les technologies maîtrisées socialement apportent des réponses efficaces aux grands défis de ce siècle.
Une ville qui agit pour le progrès humain est au coeur de la fabrication de l’humanité par l’acquisition de nouvelles aptitudes corporelles et culturelles, intellectuelles et psychiques, et s’ouvre sur des nouveaux possibles de développement humain.
Cela requiert une organisation de la ville qui doit se traduire par l’affirmation d’un haut niveau de droits sociaux et humains, par des rapports sociaux solidaires fondés sur la coopération qui visent à mutualiser et à partager les ressources et les richesses.
Partout les exigences démentielles du profit capitaliste s’opposent aux aspirations du plus grand nombre, en matière d’habitat notamment. Et c’est pourquoi notre combat pour l’habitat social est l’une composante majeure de notre action pour la libération humaine.  
Il est vrai que depuis toujours, changer le visage de Paris, est vécu par certains comme un sacrilège. Paris n’a cessé de se construire sur elle-même, et chaque signal architectural a été à Paris un objet de polémique.

Comme le dit le philosophe Pascal Acot, de tous temps, « l’architecture fut l’activité par laquelle les hommes ont construit les cadres matériels de leur hominisation ». Au travers de sa profession, l’architecte doit donc se réapproprier cette idée et accompagner de son mieux ce processus, avec pour objectif principal l’amélioration des conditions de vie des hommes et leur émancipation. Pour ce faire, l’architecte ne peut se contenter de son seul statut. Il doit accepter le travail collectif et se remettre à rêver avec et pour les citoyens pour changer la vie, la société, la ville.
Mais chacun doit aussi rester à sa place. On a l’habitude de dire que dans chaque français sommeille un sélectionneur de l’équipe de France, il en est de même lorsque l’on touche à l’urbanisme ou à l’architecture dans notre ville. Chaque parisien, chaque français est architecte et urbaniste. Si je le mets au positif cela marque l’attachement des parisiens et des français voire des étrangers à notre ville. Mais ceci ne doit pas mener à l’immobilisme.

Et comme le disait Oscar Niemeyer : « la ville de Brasilia peut vous inspirer des réactions diverses : beau, laid, bon, mauvais…mais elle ne peut vous laisser indifférent. L’architecture, pour moi, c’est cela. »
Nous devons donc conjuguer inventivité et amélioration de la vie des parisiennes et des parisiens. Ils et elles attendent que la transformation de notre ville permettre de ré-inventer une qualité de la vie au quotidien, plaçant l’humain au centre de toutes les préoccupations. C’est par exemple par l’amélioration et la création de places publiques où l’on peut s’asseoir et converser paisiblement, par la multiplication des zones piétonnières, le développement des commerces de proximité, la limitation des nuisances, du bruit et de la pollution, le développement de la solidarité intergénérationnelle ou encore la préservation de la culture parisienne et des quartiers. Des évolutions concrètes qui agissent contre toutes formes de pressions de la ville sur les habitants.
Une ville devient Cité si elle répond aux aspirations du peuple : égalité des habitants entre eux, dignité de leur habitat, accès au travail pour tous et possible participation de chacun aux affaires politiques et culturelles de la Cité.

La Cité n’est pas définissable par des caractéristiques fixées une fois pour toutes. Elle est en fait tributaire de l’histoire fluctuante des rapports sociaux qui organisent l’existence de ses habitants.
Notre politique a deux jambes, celle qui invente pour se projeter dans l’avenir mais aussi celle qui pense immédiatement à qui va profiter cette invention, ce progrès. La ville est le lieu d’un avenir collectif, à l’opposé de la ville aliénante ou répressive, nous construisons une ville solidaire, révolutionnaire et émancipatrice.

Publié le

17 novembre 2014

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