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Intervention de Nicolas Bonnet-Oulaldj sur le logement

Intervention en séance du Conseil de Paris du 19 mai 2014

Madame la Maire, Monsieur l’adjoint au Maire mon cher Ian, mes chers collègues,
Il y a traditionnellement une frustration chez les élus, ils ne voient que rarement la réalisation des grands projets qu’ils ont porté.

Ce ne sera pas le cas avec la question du logement. Grace à l’action de la municipalité et l’opiniâtreté de l’adjoint au logement je suis sûr et certain que nous atteindrons les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés aujourd’hui.

Monsieur Dubus, la priorité de la Ville de Paris pour le logement n’est ni une prière, ni une dictée, c’est un engagement politique fort et sérieux. Nos rapports ne sont pas les relations de maitre à élève, ni de confesseur à pénitent. Il y a une vraie convergence de pensée de toute la majorité municipale et c’est d’ailleurs l’un des piliers fondateurs de notre accord.

Historiquement c’est bien de ce côté de l’hémicycle que la question du logement social, du logement intermédiaire, de la mixité sociale, du prix des loyers et de la question des ventes à la découpe ont été portées. À l’époque où nous étions bien moins nombreux, ici même, Henri malberg tançait Jacques Chirac sur sa calamiteuse politique en matière de logement.

Paris se vidait d’une partie de sa population qui ne pouvait plus se loger du fait du prix des loyers. Des cités entières étaient construites en banlieue pour accueillir les parisiens mal logés. Paris allait doucement vers une gentrification et vers un zonage social qui malheureusement perdure encore. À l’est les plus modestes, à l’ouest les plus nantis. Cette situation n’était pas pour déplaire aux élus de droite qui croyaient ainsi avoir définitivement fait « mains basses sur la ville ».

L’inénarrable couple de sociologues Pinçon Charlot a réussi enfin à casser un mythe. « Non ce ne sont pas les pauvres qui rêvent de vivre entre eux, ce sont les riches. Et s’il y a des ghettos de pauvres c’est qu’il y a des ghettos de riches ».
N’ont-ils pas profondément raison ?

Où est la majorité des 40 000 appartements vides ? À l’ouest. Où sont principalement les 90 000 résidences secondaires ? À l’ouest et dans le centre. Cette situation est intolérable dans une ville qui manque cruellement de logements. Il nous faut agir pour décourager ceux qui font leur miel de cette pénurie organisée. Il ne faut pas hésiter à créer ou à augmenter les taxes existantes afin de décourager ce comportement inspiré par la seule volonté spéculative.

Qui a pendant des années pratiqué une politique de laisser faire et de laisser aller, réduisant les interventions publiques en matière de logement à leur strict minimum ? La droite.

Il y a bien sur ce sujet comme sur tant d’autres une lecture de classe à avoir de la politique du logement. Si l’on veut plus et mieux répondre aux demandes des parisiens en matière de logement il faut suivre la feuille de route que vient de nous présenter Ian Brossat. Elle continue et amplifie la politique menée depuis 2001 qui a remis cette question au cœur des politiques communales.

Ne pas agir serait criminel. Car le prix du loyer est insupportable et acheter dans Paris est quasiment impossible pour les familles moyennes, je ne parle pas des familles modestes. La ville peut et doit inverser la tendance et actionner toutes les manettes qui sont à sa disposition pour desserrer l’étau de la pression du prix du logement sur les budgets des parisiens.

Oui, il faut construire du logement et tout type de logements partout et pas seulement là où le foncier est encore abordable. L’État et les grandes entreprises publiques doivent faire l’effort de recenser et de proposer à la ville des terrains ou des immeubles à des coûts non prohibitifs. De plus ceci ne doit pas se faire sur des terrains qui peuvent encore avoir vocation à activité industrielle et ou commerciale. Paris n’a pas vocation à reproduire ad vitam aeternam cette division entre quartiers à forte proportion de logements sociaux et d’autres qui en sont quasi totalement dépourvu. C’est dans les engagements de la Municipalité.

Oui il faut transformer des dizaines de milliers de mètres carrés de bureaux en logements. La municipalité s’y engage. Oui il faut lutter contre la hausse des loyers en s’appuyant sur la loi du 24 mars 2014 en mettant en place le dispositif d’encadrement des loyers. C’est un des engagements de la Municipalité. Oui il faut exiger de l’état qu’il maintienne voire qu’il augmente l’aide à la pierre car sinon c’est l’emprunt qui augmente et donc les loyers et les charges des locataires. Nous devons tous agir dans ce sens auprès du gouvernement. Oui il faut que l’augmentation de l’apl suive la hausse du coût de la vie car sinon nous allons accélérer le décrochage de certaines familles qui se privent déjà pour se loger. C’est une exigence que nous devons tous avoir.

Oui il faut continuer la résorption de l’habitat indigne qui perdure dans notre ville. Il n’est plus admissible eu 21 ème siècle que l’on loue encore des appartements avec les toilettes sur le palier. Oui il faut dans le parc des Sem et des offices de la ville une nette amélioration de la gestion locative et que les locataires soient à nouveau fiers de leur logement et de leur environnement. C’est un engagement fort de la municipalité que nous soutenons. Oui nous devons continuer à préempter les immeubles menacés de vente à la découpe. C’est dans le vœu de Ian Brossat.
Oui nous devons rester d’une extrême vigilance dans l’application de la loi Dalo qui n’a fait finalement que créer un nouveau sas d’attente pour la partie de la population qui vit dans des logements surpeuplés ou dégradés et qui espère un logement souvent depuis longtemps. Oui il faut que la réforme sur les critères et l’anonymisation des candidatures soit généralisée. Les parisiennes et les parisiens doivent comprendre la logique du système et cesser de croire que l’on n’obtient un logement social à Paris que par connaissance… C’est faux, bien entendu, mais seuls les critères transparents et connus permettront de tordre définitivement le cou à ces rumeurs de favoritisme et à l’inverse rendre lisibles et compréhensibles les décisions d’attribution.

Et non il n’est plus acceptable que le 115 ne puisse répondre à toutes les demandes d’hébergement d’urgence et laisse ainsi à la rue des familles entières et parfois même des mineurs. Je sais que sur ce sujet aussi Ian Brossat portera des propositions importantes. Tout comme il reste cette plaie cette honte de l’expulsion locative qui par sa brutalité aggrave la situation de familles souvent précarisées. Des solutions sont à chercher dans la prévention mais aussi dans la possibilité d’échanges et de propositions de logements moins chers. C’est aussi dans la feuille de route de notre majorité.

Paris ne réglera pas seule la question du manque de logements dans l’ensemble de l’île de France. Il convient après le vote de la loi Duflot que les objectifs de 30% soient tenus et pas seulement par la capitale. Si Paris y arrive que l’on ne nous dise pas que c’est impossible à Neuilly ou à Rueil Malmaison ?

Mais pour que réussisse ce programme, votre programme, notre programme, car comme l’on dit dans certaines provinces nous communistes y avons contribué pour « un bon peu », il ne faut pas que nous soyons étranglé par la réduction des dotations et les politiques austéritaires menées par le gouvernement. Dans ce domaine comme dans tant d’autres, je suis au regret de dire que le gouvernement n’est pas forcément un allié. Bien sûr comme je l’indiquais au début de mon propos je ne suis pas contre que l’on ait recours à des ressources nouvelles et je vous ai donné quelques pistes sur les logements ou les bureaux vacants ou même les résidences secondaires, mais le contexte budgétaire national ne nous aide pas. Voire il nous dessert. Alors je veux croire qu’une nouvelle fois ce soit de Paris que puissent repartir des idées révolutionnaires comme celles que nous préconisons pour le logement.
Cette question, pour paraphraser le général de gaulle est trop importante pour la laisser aux seuls promoteurs. La question du logement est une question démocratique et populaire elle doit être l’affaire de toutes et tous. Cette première réponse est un premier pas, mais quel pas, pour que recule la spéculation dans notre ville et que la première préoccupation des parisiennes et des parisiens deviennent aussi un sujet de satisfaction. Je souhaite, une fois votés, que nos engagements soient portés à la connaissance des parisiennes et des parisiens par tous les moyens de communication.

Nous étions attendus sur le sujet. Nous y voilà. Notre groupe accompagnera toute avancée dans le domaine. « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous. » Sachons nous en souvenir.

Je vous remercie.

Publié le

7 juillet 2014

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