Rechercher sur le site

Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj sur la rentrée scolaire

Intervention en séance du Conseil de Paris des 29, 30 septembre et 1er octobre 2014

Madame la Maire,

Nous saluons une rentrée apaisée, des efforts constants pour que les écoles soient bien entretenues et rénovées, des personnels renforcés et formés et des ajustements dans l’organisation du périscolaire.

Permettez-moi cependant de vous rappeler que notre groupe s’est opposé depuis le début à cette réforme des rythmes scolaires. Même bien appliquée, elle ne s’attaque pas aux causes de l’échec scolaire et accroît les inégalités territoriales. Elle coûte cher à la collectivité au moment même où l’État se désengage.

La lutte contre l’échec scolaire ne peut se limiter à faire "autrement à l’école", elle ne peut se réduire à l’aménagement des rythmes de l’enfant et encore moins par le prisme des activités périscolaires.

Si nous voulons réduire les inégalités, lutter contre l’échec scolaire et la déscolarisation, c’est bien par l’école et exclusivement par l’école que nous y arriverons.

Redisons le clairement cette réforme n’a pas porté un projet éducatif à la hauteur de la situation. L’enjeu fondamental reste toujours la finalité de l’école et le contenu des enseignements.

En 1945, Paul Langevin et Henri Wallon traçaient la voie dans leur plan, en écrivant qu’il faut « donner la possibilité effective à tous les enfants de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents ».

Soixante ans après, il est indéniable que, si l’accès aux connaissances et aux savoirs s’est élargi, les inégalités persistent, voire s’aggravent, sous l’effet des politiques mises en œuvre à l’échelle nationale. Ne fermons pas les yeux, c’est bien l’origine sociale des enfants qui fait la différence et ce sont toujours les jeunes issus des milieux populaires qui sont les premières victimes de l’échec scolaire.

Nous le voyons bien, le danger est qu’à terme l’État n’assure plus qu’un service public d’éducation minimal et que le reste soit livré au marché.

Ce qui renforcerait encore plus les inégalités autour d’un modèle scolaire directement inspiré de l’idéologie libérale, dans une conception réductrice de l’individu docile, au service de l’économie de marché. Dans ce scénario, l’objectif de l’école serait de satisfaire au moindre coût les exigences d’« employabilité » et de flexibilité des entreprises prôné par le MEDEF.

Si nous voulons combattre cette logique délétère, en finir avec l’école de la sélection, de la loi du plus fort et du plus riche, alors oui, il faut résolument construire l’école de l’égalité !

Tous les enfants sont capables d’apprendre et la voie de l’égalité se construira avec plus d’école et mieux d’école. Lorsque nous disons plus d’école, nous disons plus de temps devant un enseignant. La droite a supprimé une demi-journée de classe hebdomadaire, elle a fait dramatiquement baisser la scolarisation des enfants de deux ans et elle a ainsi volé l’équivalent de 2 ans d’école à toute une génération.

Malheureusement aujourd’hui plutôt que de rendre ces heures à l’école, le gouvernement a imposé aux communes de les prendre en charge. Lorsque nous disons plus d’école, nous revendiquons le droit à la scolarité dès 2 ans pour toutes les familles qui le souhaitent. Je vous rappelle qu’à ce jour seulement 11% des moins de 3 ans sont scolarisés en France contre 25% en 2005.

À Paris, la situation est pire encore : dans les zones d’éducation prioritaire de notre académie, moins de 3% des enfants de moins 2 ans sont scolarisés ! Nous sommes très loin de l’objectif de 30% affiché par la loi de refondation de l’école.

Lorsque nous disons plus d’école, nous demandons que suffisamment de postes d’enseignants soient créés pour faire face à l’augmentation des effectifs. Sur les 60 000 postes annoncés par le candidat Hollande seulement 22 000 postes ont été effectivement créés.

Et encore, nombre d’entre eux n’ont pas été pourvus faute de candidats !
Cela ne permet pas de faire face à la vague démographique et les effectifs continuent à augmenter dans les classes, en particulier à Paris.

Par ailleurs, la crise du recrutement s’aggrave. Normal, avec 1300€ en début de carrière, les enseignants du primaire sont parmi les moins bien payés d’Europe. La revalorisation du salaire des enseignants et la reconnaissance sociale de leur mission doit être une priorité. Un métier qui nécessite une formation initiale et continue de qualité, qui peine toujours à se relancer avec des ESPè qui manque de moyens.

Plus d’école c’est enfin l’ouverture nécessaire des postes de réseaux d’aides spécialisés pour les élèves en difficulté ainsi que d’assistants de vie scolaires pour accompagner les élèves en situation de handicap.

Lorsque nous disons mieux d’école : nous disons, l’ouverture de plus de classes pour des effectifs moins élevés, notamment dès la maternelle où une moyenne de 28 élèves par classe n’est pas acceptable.

Lorsque nous disons mieux d’école, nous demandons la révision des programmes en prenant pour modèle l’enfant qui n’a que l’école pour apprendre.

Lorsque nous disons mieux d’école, nous affirmons qu’il s’agit de former des citoyens autonomes, émancipés, en capacité de comprendre et d’analyser le monde dans lequel ils vivent pour pouvoir le faire évoluer, des citoyens qui participent à la vie de la cité, qui décident de leur avenir.

La révolution technologique et informationnelle, la complexification des enjeux de société, internationaux, environnementaux, le rapport à la science induisent une complexification des savoirs dont nous avons besoin dans la vie quotidienne.

L’élévation du niveau de connaissance général dans tous les domaines est donc un enjeu de civilisation et de démocratie. Cela ne peut pas être repoussé après l’école, dans la sphère associative ou municipale, c’est à l’école de donner les clés pour comprendre le monde de demain, pour relever les grands défis qui attendent les futures générations.

Lorsque nous disons mieux d’école, nous voulons une école qui fasse reculer les inégalités entre les sexes, les stéréotypes de genre et toutes les formes de discriminations. Or, sous la pression des réactionnaires de tous poils, le gouvernement a renoncé à l’ABCD de l’égalité, un plan de réduction des inégalités femme - homme par l’éducation dès le plus jeune âge. Vous l’avez compris Madame la Maire, la philosophie que nous défendons, ce n’est pas de faire à coté ce qui doit être enseigné à l’école, mais bien au contraire c’est plus d’école et mieux d’école pour l’égalité.

Je termine sur quelques mots d’un grand professeur de sciences de l’éducation, un Parisien décédé le mardi 27 sept 2011, Georges Snyders affirmait : " l’école ne parvient à la légitimité que si le jeune la ressent comme un espace-temps de joie présente et non indéfiniment retardé, encore moins comme un monde d’ennui, étranger à ses préoccupations actuelles. Le domaine de l’école c’est avant tout la culture, et la joie que la culture peut apporter. Le summum de la joie culturelle est atteint dans ce que je ne crains pas d’appeler la joie des chefs - d’œuvre. »

"L’école est là, disait-il, pour proclamer que Beethoven n’appartient pas aux classes dominantes".

Publié le

5 octobre 2014

Auteur-e-s