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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj sur l’extension des créneaux horaires pour les équipements sportifs municipaux

Intervention en séance du Conseil de Paris des 20, 21 et 22 octobre 2014

Madame la Maire, mes chers collègues,

Cette délibération, que l’on pourrait croire anodine, ouvre un débat de société. Car je ne peux croire qu’elle ne soit motivée que par des raisons d’économies ?
Je le dis à notre collègue Jean-François Martins en toute fraternité, j’attendais autre chose de vous que cette première délibération. Et je souhaite que dans les prochains mois vous nous présentiez une communication qui donne vos orientations de la mandature.

Nous avons besoin de nous interroger sur la politique sportive de notre ville, qui agit à la fois sur la question du sport pour tous et toutes, du sport scolaire, du sport de haut niveau et professionnel, des pratiques libres et autonomes ou encore du sport à l’entreprise.

Ce qui nous est proposé dans cette délibération, existe déjà pour d’autres équipements et dans d’autres communes. Or toutes les expériences de ce type, mon cher Jean François, tentées en banlieue se sont terminées par un échec.
Je regrette que vous, qui avez pendant la campagne électorale si bien porté nos propositions en matière de démocratie participative, vous nous présentiez aujourd’hui une délibération avec si peu de concertation. Ni le comité départemental olympique et sportif, ni les offices des sports, ni la totalité des associations n’ont été consultées. Elles me l’ont confirmé.

Je ne reviendrais pas sur l’absence de dialogue avec les agents de la ville, en plein conflit social, mais tout de même, avant de lancer une telle expérimentation, il eut été nécessaire de mener à bien une consultation préalable.

Une intuition ? Voilà à partir de quoi cette délibération a été écrite. L’intuition peut être bonne mais en politique, comme en science, elle exige toujours d’être vérifiée.

Vous hésitez entre deux possibilités et vous aménagez à la marge ce qui devrait être un vrai choix. Ou nous avançons vers la gestion des équipements par les usagers, et vous devez clairement l’assumer, ou nous considérons qu’il y a encore une place pour un service public local du sport avec des agents compétents et valorisés.

Mais le principal problème, ne se réglera pas dans la gestion, car c’est le manque cruel d’équipements qui vous oblige à la gymnastique de l’adaptation. Il est à espérer que le plan d’investissement de mandature et que les grands projets d’urbanisme corrigent ces manques dans les 6 prochaines années. Cela aurait du être la priorité du débat d’aujourd’hui, mais vous inversé le calendrier.

Vous le savez, le sport comme la culture est un élément essentiel de la formation de l’être humain. Il est structurant du vivre ensemble. Il est de ce fait éminemment culturel.

Aborder la question des pratiques sportives, ne peut pas se faire sans aborder l’organisation de la vie quotidienne, le temps consacré au loisir et à la famille par rapport au temps de travail. C’est s’interroger sur la nécessaire réduction du temps de travail, sur la conquête du temps libre et son utilisation dans notre société́. C’est questionner les changements de mode de vie et les nouvelles aspirations. Nous ne pouvons pas séparer l’analyse de la réalité́ du phénomène sportif des évolutions qui traversent les autres champs de la société́.

Chers camarades, historiquement à gauche nous avons toujours eu une réflexion sur le travail et le temps contraint. Depuis Léo Lagrange jusqu’à André Henry, vous avez eu, nous avons toujours eu une réflexion sur le temps libéré.
Il est temps, dans une société où la réponse à la demande immédiate, à la pression de l’opinion publique est devenue la règle, philosophie dont s’inspire cette délibération, que l’on se pose la question de l’intervention publique sur le temps libéré.

Ma réflexion a été très bien évoquée par Pierre Mauroy en 1981, je le cite : « La progressive entrée en vigueur des mesures réduisant le temps du travail, rend plus que jamais nécessaire une réflexion sur ce nouveau temps libéré afin qu’il permette d’améliorer la qualité de la vie et qu’il ne soit pas exploité par les forces du profit… »

Bien entendu je n’ignore pas de la modification des rythmes de la vie, du temps de travail, comme du temps des loisirs. Mais aujourd’hui l’offensive libérale sur le code du travail, la pression exercée pour l’allongement du temps de travail journalier, pour l’extension du travail dominical ou encore le recul du départ en retraite, tends à réduire inexorablement le temps libéré qu’il reste. Pour certains le temps libéré commence après 22h ...

Faut-il s’adapter à cette offensive libérale et étendre les horaires des services publics pour les usagers qui la subissent de plein fouet, ou faut-il la combattre ?
Une éminente universitaire, Marion Fontaine, a publié un opuscule à la fondation Jean Jaurès, n’a-t-elle pas écrit que depuis l’expérience malheureuse du Ministère du Temps Libre, il manque une réflexion à gauche sur ce sujet ? Je la cite page 98 dans le dernier chapitre "du temps libre aux sports, l’abandon ?" :
« Les ressources idéologiques du passé, proche ou lointain, deviennent inopérantes et la gestion du présent se fait sans boussole, au risque de confondre l’adaptation nécessaire à ce présent et à l’amnésie présentiste au risque (…) que se dissolve la frontière entre le compromis avec le réel et l’oubli des principes structurants de l’identité et de la morale de gauche. »
C’est exactement avec la formation du gouvernement de Laurent Fabius, en 1984, que le terme "Temps Libre" est abandonné et disparait des délégations ministérielles.

Je n’en dirai pas plus à ce point de la discussion, seulement méfions-nous toujours de la dictature de l’instant.

Publié le

20 octobre 2014

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