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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj "il faut investir dans les centres de santé et remettre à plat les restructurations au sien de l’AP-HP"

Intervention en séance du Conseil de Paris des 20, 21 et 22 octobre 2014

Madame la Maire, mes chers collègues,

Nous sommes ravis de pouvoir tenir aujourd’hui ce débat sur la santé. La santé publique et l’offre de soins accessible à toutes et tous à Paris est une priorité pour nous dans ce mandat. C’est d’ailleurs autour d’engagements forts en matière de santé publique que s’est forgé notre accord de 1er tour lors des élections municipales.
Vous comprendrez donc que nous avons été très attentifs au contenu de cette communication, à commencer par les orientations sur l’offre de soins en secteur 1. L’intervention de la Ville en la matière est urgente ! La situation sanitaire des quartiers les plus peuplés et les plus populaires de Paris devient de plus en plus préoccupante. Ces difficultés sont particulièrement vivaces dans les arrondissements du Nord Est de Paris. Ces arrondissements se caractérisent par une faible densité du nombre de médecins, généralistes et spécialisés, par rapport à l’ensemble du territoire parisien.
Pour prendre la pleine mesure de cette profonde injustice, il nous suffit de croiser ces données avec quelques indicateurs sociaux : ce sont également ces arrondissements qui accueillent le plus grand nombre de familles vivant sous le seuil de pauvreté, de personnes âgées aux faibles pensions ou de bénéficiaires de la CMU.

Selon l’ordre des médecins, ces arrondissements populaires ont perdu 20% de généralistes entre 2007 et 2013. Les mécanismes de marché ont donc contribué à creuser des inégalités sociales et économiques particulièrement vivaces et persistantes entre l’Est et l’Ouest de Paris.

Il est donc clair que la Ville doit intervenir prioritairement dans ces quartiers en réalisant des centres de santé. Les 3 millions d’euros inscrits dans cette communication sont insuffisants. Il faudrait le double et garantir la création de nouveaux centres de santé à Paris. J’ai récemment appris les difficultés du centre de santé Anselme Payen dans le 15e arrondissement, voilà un exemple de centre sur lequel nous devons porter une grande attention.

L’approche pluridisciplinaire initiée dans les centres de santé a prouvé son efficacité et sa pertinence sur le plan médical. Mais leurs apports vont au-delà : le recrutement des médecins sous statut salarié permet de sortir l’offre de soin des logiques de rendement lié à la tarification à l’acte.

De plus, ce statut salarié attire les jeunes médecins. Le syndicat des médecins généralistes nous informe à ce titre que parmi les nouveaux inscrits à l’ordre des médecins au 1er janvier 2014, 63,4 % ont fait le choix d’exercer leur activité en tant que médecin salarié pour seulement 10,7 % qui ont privilégié la médecine libérale.
Nous nous réjouissons que la Ville s’engage dans l’organisation d’assises de la santé. Ce point nous tient également à cœur. Nous avons porté cette proposition ensemble durant la campagne des municipales et il est temps maintenant de lancer cette vaste concertation. Nous le voyons partout en France, Paris ne fait malheureusement pas exception, la situation de l’hôpital public s’aggrave. Les personnels n’arrivent plus à faire face au flux des demandes, ils croulent sous la charge de travail et enchainent les heures supplémentaires. A ce contexte déjà difficile, vont venir s’ajouter d’ici quelques mois les répercussions des restrictions budgétaires dictées par le gouvernement et qui s’annoncent dramatiques.

Il nous faut être clair sur ce sujet : les tensions et les conflits existent dans le secteur de la santé et risquent de s’aggraver. Il est de notre devoir de faire en sorte que ce débat ne reste pas cantonné dans un huis clos opposant gestionnaire et personnel médical. Les principaux intéressés, ceux sont les parisiennes et les parisiens. Ils doivent pouvoir être entendu pour défendre leur point de vue et l’intérêt du plus grand nombre.

Pour cette raison, nous serons exigeants sur la forme que prendra la participation citoyenne dans les arrondissements. La communication propose un cadre au travers de la création ou du renforcement de conseils locaux de santé. Nous pensons qu’il est indispensable que l’impulsion vienne de la Maire de Paris avec le lancement officiel de ce processus dès 2015 afin d’assurer la pleine implication de l’ensemble des arrondissements.

Enfin, je terminerai en insistant sur la priorité du moment qui doit être l’arrêt des restructurations de grande ampleur qui sont actuellement en cours au sein de l’AP-HP. Cette proposition fait l’objet d’un vœu qui sera proposé au vote à la suite de ce débat. Il n’est pas envisageable qu’un établissement public, quel qu’il soit, prenne seul des décisions d’une si grande importance pour l’avenir de notre ville. Tout projet doit nécessairement se discuter. Nous ne comprendrions donc pas que l’AP-HP poursuive ses restructurations sans attendre la tenue de ces assises de la santé que nous appelons de nos vœux. C’est pour cette raison que nous demandons un moratoire.

Publié le

20 octobre 2014

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