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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj pour l’arrêt du partenariat entre la ville de Paris et les agences de notation

Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj pour l’arrêt du partenariat entre la ville de Paris et les agences de notation

Madame La Maire, mes chers collègues,

« Je vais vous dire qui est mon adversaire….mon véritable adversaire…Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu et pourtant il gouverne, cet adversaire….c’est le monde de la finance » vous l’aurez reconnu, ce propos ce n’est pas moi qui l’ai tenu, mais le candidat Hollande.

Oui, mes chers collègues notre adversaire, c’est toujours le monde de la finance. Et plus précisément aujourd’hui, à Paris, quand la ville s’apprête à renouveler le marché contracté avec des agences de notation afin d’évaluer sa dette et de lui donner une note sur la qualité de son crédit. Ces prestations coûteront à la ville de Paris 200 400 euros par an pour deux lots, soit 400 800 euros chaque année pour ce marché reconductible sur une période de 3 ans.

Alors que la baisse des dotations de l’État pour l’année 2015 est annoncée et qu’à l’heure actuelle nous cherchons des recettes supplémentaires pour boucler le budget 2015. Est-ce bien raisonnable ?

Notre groupe s’est toujours exprimé contre l’action de ces agences de notations privées.

Alexandre Delaigue, professeur d’économie à Saint-Cyr, explique que « les agences de notation ont un crédit très faible quand il s’agit de noter les États. Leur travail a du sens quand elles notent des entreprises, dont les données sont cachées, mais beaucoup moins quand elles analysent des données publiques sur les États qui sont connues de tous. Par ailleurs, la solvabilité d’un État dépend in fine de décisions politiques. Or les agences de notation n’ont aucun élément pour en juger. (...) ».

Par ailleurs, rappelez-vous la réaction de Michel Sapin, à ce sujet « qu’en dépit d’un abaissement de la perspective de la note de la France par l’agence de notation Standard & Poor’s, la dette du pays restait "l’une des plus sûres au monde". »
Qui doit-on croire ?

En matière de notation des États, de notation souveraine ces agences ne font plus d’analyse financière mais font de la politique. Elles ont très largement participé à activer la crise de l’Euro en 2011 et 2012 et ont un rôle plus que douteux, aggravant dans un certain nombre d’événements et de crises internationales comme celles des subprimes aux États-Unis, ou sur la dette grecque et tunisienne notamment.

La pression accrue de ces notes sur les politiques mises en place par les États et également par les collectivités territoriales, l’implication des agences financières dans les processus de décision, se font au mépris de la volonté populaire et de la démocratie. Pour convaincre, les agences de notation ont d’ailleurs exercé une forme de chantage faisant savoir aux "récalcitrants" qu’elles iraient de l’avant quelle que soit leur décision et qu’il était de l’intérêt de ceux-ci de « coopérer » plutôt que de se voir imposer une notation.

Ces agences qui agissent sur les politiques publiques sont un des bras armés du néolibéralisme. Elles poussent à l’austérité forcée, et accentuent l’étranglement financier des puissances publiques par le jeu des notes.

Se faire noter….un vocabulaire scolaire qui doit d’ailleurs disparaitre … c’est l’infantilisation du mode de gestion de l’action publique… Ces agences de notation sont-elles des maîtresses et nous des élèves ? Prêt à appliquer leur « mode » de gestion au mépris de la politique sur laquelle nous avons été élus. Elles influent sur les politiques des États et des Collectivités car elles souhaitent impacter fortement les marges de manœuvres financières.

Elles sont présentées comme des outils mais en réalité vide encore plus la démocratie. Des choix politiques et idéologiques sont présentés comme des obligations techniques et inéluctables. En réalité, ces agences de notation ne sont pas le thermomètre des dettes publiques mais en sont l’un des virus, elles ne mesurent pas une maladie préexistante mais contribuent à répandre la contagion.
Madame La Maire, mes chers collègues,

Un « Paris qui ose », c’est un Paris qui s’affranchit de ce procédé non obligatoire (d’un point de vue législatif) et ouvre la voie de l’émancipation.
Un « Paris qui ose », c’est un Paris qui interpelle les agences de notation devant l’opinion publique.
Un « Paris qui ose », c’est un Paris se mobilise pour de nouveaux crédits bancaires à coût réduit.
Un« Paris qui ose », c’est un Paris qui n’oublie pas que c’est à nos concitoyens qui nous élus, que nous devons rendre des comptes et non aux financiers.

Notre seule boussole, c’est le peuple, c’est sa voix, c’est la liberté que les parisiens ont toujours réaffirmée à chaque grande épreuve de notre histoire.

Nous sommes garant de tout cela, alors, libérons nous une bonne fois pour toute de la dictature du monde de la finance.

Publié le

20 octobre 2014

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