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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj sur l’occupation d’une parcelle du bois de Vincennes par l’association de l’abeille parisienne

Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, chère Pénélope, ce n’est pas une surprise pour vous que j’intervienne sur cette délibération, ni pour la maire du 12e arrondissement, car elles savent qu’à chaque fois qu’on accueille de nouveaux habitants dans le bois de Vincennes, je me permets de les saluer.

Le respect et la favorisation du développement de la biodiversité, comme la reconquête de l’environnement dans le paysage urbain est un enjeu majeur de nos villes. C’est ce qu’essaie de faire "L’Abeille parisienne" en installant des ruches dans le bois de Vincennes pour sensibiliser sur la protection d’une espèce de plus en plus menacée.

Une approbation de cette délibération, tout de même teintée d’inquiétude lorsqu’on connaît les conséquences des pesticides.

Depuis 2007, le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles est jugé catastrophique par les spécialistes, et la population globale des abeilles est en très forte diminution dans le monde. En France, 30 % des colonies d’abeilles disparaissent chaque année.

La saison 2014 confirme le désastre annoncé. De manière globale, nous sommes à une moyenne de 30 % de perte de production et de 50 à 80 % dans de nombreuses régions. En avril 2014, l’Union nationale de l’apiculture, le Syndicat national d’apiculture, la F.N.O.S.A.D. et la Confédération paysanne ont organisé une manifestation unitaire, à l’occasion de la réunion du Comité stratégique de l’apiculture, pour réaffirmer qu’il n’y a pas de développement durable de l’apiculture, sans le retrait des insecticides néonicotinoïde.

Ils demandent au Gouvernement une modification en profondeur des procédures d’homologation et dénoncent la responsabilité du ministère de l’Agriculture et de son administration, en essayant de dissimuler les problèmes sanitaires.

Et rien ne bouge ! il n’y a que l’industrie agrochimique et ses lobbyistes qui se font entendre . Delphine Batho avait déclaré le 23 mars 2013 sur France 2 que la commission européenne devrait poursuivre son projet de suspension des néoncotinoïdes.

Des mesures ponctuelles d’interdiction ont déjà été prises, comme l’interdiction du GAUCHO et de CRUISER, mais c’est comme la lutte contre le dopage, à chaque fois qu’un produit est interdit , il sort par la grande porte et un nouveau entre par la fenêtre.

La France, premier producteur agricole européen doit être exemplaire et Paris pourrait être le porte voix en demandant l’interdiction totale de néoncotinoïdes.
Il existe, chez nous, le principe de précaution, et nous n’avons pas à attendre des décennies de méfaits pour interdire l’utilisation de produits néfastes pour la santé et l’environnement.

Je me permets de faire le lien avec un débat que nous avons eu sur le Traité transatlantique. Les restrictions préventives de produits dangereux, dont l’effet néfaste n’est pas encore totalement prouvé, tomberaient. Les risques de voir les populations d’abeilles chuter drastiquement sont de plus en plus proches. Ce traité rendrait caduques les initiatives politiques les plus sincères en faveur de la biodiversité, comme celles que nous favorisons aujourd’hui.

Qui ferait face à ces lobbies qui gangrènent la vie publique ? Des associations, comme "L’Abeille parisienne", entameraient-elles des procès pour prouver les méfaits de ces pesticides ? Quel poids auraient-elles, même rassemblées avec des dizaines d’associations, face à des armées d’avocats payés grassement par les revenus de ces produits polluants ? Seront-elles aidées par des États ou des collectivités qui peinent déjà à répondre à leurs prérogatives, faute de moyens ?

Ce que met en exergue ce Grand marché transatlantique, c’est la sanctuarisation de fait de ce qui rapporte de la valeur lucrative directe. C’est placer les grands groupes industriels à un endroit où personne ne pourrait les atteindre et construire une puissance publique complètement nue, incapable de défendre notre environnement, notre santé et notre alimentation.

C’est, pour citer Michel CLOUSCARD : "Construire une société où tout est permis mais rien n’est possible". Une société où l’on peut mener en théorie tous les combats que nous voulons, exprimer toutes les idées que nous souhaitons, mais dont l’espoir de voir leur application concrète serait inexistant, faute de moyens financiers et institutionnels.

Par le biais d’un sujet qui vous paraît anodin, nous renouvelons notre souhait que la population, les Parisiennes et les Parisiens soient informés des conséquences de ce Traité sur tous les sujets qui appellent à un changement radical de société et qui méritent au moins un minimum de concertation.

Je vous remercie.

Publié le

23 octobre 2014

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