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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj sur le soutien de la Ville de Paris à l’accueil des Gays Games « Paris 2018, tous égaux »

Intervention en séance du conseil de Paris des 17, 18 et 19 novembre 2014

Permettez-moi d’abord de saluer toutes celles et ceux qui ont rendu possible l’accueil de cette grande fête de l’égalité à Paris. Je pense aux bénévoles qui ont porté la candidature de Paris à Cleveland l’an dernier, avec les deux co-présidents Chris Fanuel et Michel Geffroy. Je pense à celles et ceux qui dès le début ont apporté leur soutien public. La victoire a été possible grâce au rassemblement de la ville de Paris, de la Région Ile-de-France, du gouvernement, des associations LGBT, du mouvement sportif et de nombreuses personnalités. Je pense notamment à celles et ceux qui étaient présents à Cleveland l’année dernière pour défendre la candidature, Valérie Fourneyron, Ministre des sports, Laura Flessel, championne olympique, Francis Parny, vice-président de la Région Ile-de- France et notre collègue Philippe Ducloux qui représentait le Maire de Paris.

Maintenant la réussite de ce beau projet est entre les mains d’une nouvelle équipe avec à sa tête Manuel Picaud, Président du comité d’organisation, et un comité directeur dont font partie trois membres de notre exécutif. Vous pouvez compter sur notre soutien et notre vigilance pour que Paris soit à la hauteur du rendez-vous.
Je voudrais insister sur le sens de « Paris 2018, tous égaux » afin de ne pas tomber dans deux écueils.

Le premier écueil est celui qui consiste à envisager cet évènement comme une compétition sportive pour des homosexuels, le considérant comme une dérive communautaire sur la base de l’orientation sexuelle. Le deuxième écueil vise à opposer cet évènement aux Jeux Olympiques, ou à en faire des Jeux Olympiques de substitution faute de candidature parisienne.

Nous avons une responsabilité politique importante dans la réponse à cette question, pourquoi les Gays Games ? Que sera Paris 2018, tous égaux ? Dans son livre blanc rédigé en 1982, l’athlète olympique américain, Tom Wadell, fondateur des Gays Games, répondait en partie à cette question :

« En regardant de près notre communauté faites de femmes et d’hommes qui vivent leur homosexualité de manière ouverte, nous constatons actuellement une période de mutation rapide. Nous sommes en train de passer d’une communauté unidimensionnelle luttant contre la discrimination à une communauté complexe à facette multiple, capable de proposer une multitude d’horizons nouveaux pour nous-mêmes et pour autrui ».

Ceux sont donc des jeux ouverts à toutes et tous, quelques soient les orientations sexuelles, qui ont pour objectifs d’être un formidable vecteur d’éducation et de changement pour faire évoluer les mentalités et la société.

La réussite de « Paris 2018, tous égaux » comme un évènement populaire reposera sur sa capacité à accueillir toutes les diversités sur le même pied d’égalité, dans un esprit de respect, de partage et de solidarité. Des jeux qui accueillent aussi des personnes défavorisées, personnes âgées ou en situation de handicap.

Des jeux qui ne s’opposent en rien aux Jeux Olympiques. Bien au contraire, si nous inversons la réflexion, l’accueil des gays games fait progresser les valeurs de l’olympisme et la manière dont nous devons construire notre candidature pour tout type d’évènement international.

Ces jeux ouvrent une nouvelle dimension pour le sport car aucun standard de performance et de sélection n’est exigé pour participer, beaucoup d’épreuves sont mixtes et l’esprit d’amitié l’emporte sur la volonté de gagner à tous prix. Cela dit, la notion d’excellence et de compétition est bien présente mais redéfinie par rapport aux capacités de chacune et chacun. Le Président du CNOSF et plus d’une vingtaine de fédérations sportives apportent leur soutien. D’ailleurs certaines compétitions pourront être incluses dans le calendrier des compétitions nationales des fédérations sportives comme le triathlon ou le marathon. Un partenariat est en cours avec la fédération handisport et certains clubs parisiens.

Il nous reste trois ans pour accompagner cette grande fête jusqu’au mois d’aout 2018. Nous devons d’abord garantir le soutien financier de toutes les parties. C’est l’objet de cette délibération. Mais nous sommes très inquiets de la participation de l’Etat via le CNDS. Il serait inimaginable que l’Etat ne subventionne pas Paris 2018 au même titre que les autres grands évènements sportifs internationaux et leur demande de se rabattre sur la part régionale du CNDS. Ce serait une provocation à laquelle nous devrions répondre.

Nous devons aussi nous assurer du respect du cahier des charges concernant les équipements sportifs nécessaires à l’accueil des milliers pratiquants, je pense notamment au volley qui devrait se dérouler sur un même lieu. Je pense également à la rénovation de certains sites, comme dans le bois de Vincennes. Nous devons être attentifs au besoin d’accompagnement et de formation des bénévoles qui sont le pilier essentiel à la réussite de l’évènement.

Paris se doit de présenter un programme culturel ambitieux, au-delà des prérequis, avec des concerts, chorales, expositions, films, sans oublier un cycle de conférence pour donner un contenu éducatif.

Les cérémonies d’ouverture et de clôture revêtiront une dimension exceptionnelle pour assurer une visibilité internationale maximum des gays games, de Paris et de la France. Il en est de même de la marche traditionnelle qu’est « l’international rainbow mémorial run », un moment important à la mémoire des personnes atteintes du VIH.

L’esprit de ces jeux est un souffle vital pour changer la société, c’est une nouvelle étape importante permettant d’impulser de nouvelles sensibilisations à la lutte contre l’homophobie dans le sport. Ce serait l’occasion de mettre en œuvre toutes les préconisations faite à ce sujet. Je pense notamment aux préconisations faites suite au rapport sur l’Etat des lieux de l’homophobie dans le sport réalisé par le Préfet d’Aquitaine ou encore celui réalisé par Michel Teychenné remis au Ministre de l’éducation national en 2013.

C’est l’occasion de construire un appel historique à Paris, contre l’homophobie dans le sport, reprenant les termes de celui cosigné par la FSGL, le SNEP FSU, SOS homophobie, la FSGT, Femix’sport et l’ANESTAPS.

« Paris 2018, tous égaux » sera ce nouveau souffle dans le sport qui comme le disait Tom Wadell : « améliore notre condition, mais aussi la société prise dans son ensemble. N’oublions jamais que nous faisons partie d’une collectivité qui dépasse notre communauté, et que nous devons lui apporter quelque chose de positif ».

Publié le

21 novembre 2014

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