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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj sur le Plan d’Investissement de Mandature pour Paris

Intervention en séance du conseil de Paris des 15, 16, 17 et 18 décembre 2014

Madame la Maire, mes cher-es collègues,

Un spécialiste éclairé de la vie politique parisienne commentait récemment la préparation du budget de notre ville en disant : « Et si Anne Hidalgo donnait des leçons d’économie au gouvernement ? ». Il insistait particulièrement sur l’ampleur du programme d’investissement de la mandature. Il continuait en déclarant que nous avons a fait le choix d’un choc positif par l’investissement public pour relancer la croissance et l’emploi.

Ce journaliste a raison. Contrairement à ce que dit l’opposition c’est l’investissement d’aujourd’hui qui fait les recettes de demain, mais j’y reviendrai.

Ce choc par l’investissement prend le contre-pied du choc de compétitivité, je dirais même le contre-pied de l’anémie dans laquelle le gouvernement installe notre pays. Nous souffrons des décisions qui freinent la consommation des ménages, et l’investissement public reste un puissant moteur de relance qui a déjà fait ses preuves face à la grande crise de 1929.

Alors oui, nous soutenons cette politique d’investissement ambitieuse qui d’une part répond aux exigences des parisiens, respecte nos engagements de campagne et va même au-delà avec 10 milliards d’euros.

Lorsque nous avons signé notre contrat de mandature nous avions fixés à 8,5 milliards d’euros l’investissement pour les 6 ans à venir, même si les communistes avaient jugé nécessaire d’aller jusqu’à 10 milliards. Mais ça c’était avant, surtout avant que le "gouvernement Valls", courageusement, annonce un plan drastique de coupes dans les aides aux collectivités locales. 11 milliards sur 3 ans prenant prétexte de manière fallacieuse que les collectivités dépensent trop et peut être même mal.
Malheureusement, comme les gouvernements précédents, il entérinait l’idée que la dépense publique est mauvaise et que les collectivités devaient réduire leur train de vie. Cette défiance à l’égard des élus locaux jette le discrédit sur eux et masque l’apport essentiel des collectivités à l’économie nationale.

73% de l’investissement public est porté par les collectivités, si celles-ci réduisent la voilure, les conséquences en cascade se feront sentir très rapidement. Moins de chantiers, c’est moins de travail, c’est moins d’emploi, c’est moins de recettes et moins de recettes pour notre collectivité c’est moins de dépenses et donc moins de services pour la population. Mais c’est aussi plus de chômage et de précarité et donc plus de dépenses sociales pour l’État et les départements.

Selon le rapport annuel de l’INSEE, aujourd’hui dans notre agglomération, près de 29 000 personnes vivent à la rue, dont un nombre d’enfants et de travailleurs précaires qui ne cesse d’augmenter. A l’approche des 70 ans du secours populaire, Julien Laupretre, nous parle "d’un raz de marée de la misère" avec plus de 2,5 millions de personnes accueillies par an par le secours populaire. Rappelons que plus de 2 millions de repas sont servis à Paris par les restos du coeur, et qu’un gosse sur trois ne part pas en vacances. Nous avons le devoir de recréer "des jours heureux" pour une génération entière qui est actuellement dans la survie.

C’est donc bien exactement l’inverse des politiques d’austérité qu’il faut mener pour retrouver un cercle vertueux qui par la commande publique crée de l’emploi et donc de la recette.

Ce cercle vertueux n’est en rien une démonstration bolchevique mais celle d’économistes sérieux qui disent qu’ils sont aujourd’hui « atterrés » par les choix économiques menés sous la droite et qui malheureusement restent dans le logiciel du gouvernement actuel et plombent notre économie.

La semaine dernière, l’OCDE confirme dans un rapport, que l’aggravation des inégalités de revenus et l’amplification de la pauvreté fait chuter la croissance économique.

Que peuvent faire les pouvoirs publics ? L’OCDE répond : investir dans le long terme dans l’accès aux services publics, entre autres, d’éducation, de formation et de soins de qualité pour davantage d’égalité.

Alors oui, la décision de porter à 10 milliards d’euros l’investissement de la ville est une bonne politique, surtout que nous pouvons continuer de le faire car nous sommes la ville la moins endettée de France.

Alors oui, nous avons recours à l’emprunt pour préparer l’avenir et réparer ce que la droite n’a pas fait pendant les 24 ans de son règne à Paris. Depuis 2001 nous avons investi pour corriger votre laisser faire, parce que nous, contrairement à vous, nous croyons encore à l’action publique et nous savons que sans celle-ci les classes populaires et les classes moyennes seraient chassées de la ville, vous n’auriez pas construit un seul logement social ou vous les auriez réservé à celles et ceux qui en auraient le moins besoin comme nous l’avons encore appris cette semaine.
J’ai écouté mes collègues venus de toute la France au congrès des Maires, tous font le même constat : la baisse des dotations les obligent non seulement à faire des coupes dans leur budget de fonctionnement mais aussi dans l’investissement. Alors, ce choc de l’investissement, nous devons le provoquer justement parce que Paris est un moteur économique pour l’ensemble de son agglomération.

Mon ami Azzedine Taibi, Maire de Stains, une des communes les plus pauvres de la banlieue parisienne, a alerté le gouvernement. Pour sa ville de plus de 30 000 habitants, l’application du plan Valls ce sont 3 millions de dotations en moins, cela représente le coût de fonctionnement de son centre de santé mais aussi la mise en chantier d’une école primaire qui lui fait défaut. Il a symboliquement fait grève une journée pour alerter les pouvoirs publics. Voilà à quoi en sont réduits les élus pour se faire entendre.

Ne croyez-vous pas qu’à Stains comme à Paris on ait besoin d’investissement public ?

Nous avions fait du logement la pierre angulaire de notre engagement avant, pendant et après la campagne électorale. Dans notre plan pluriannuel d’investissement, c’est près de 3 milliards pour le logement. C’est un effort inédit dans son ampleur. Il tient compte de la tension permanente que nous avons pour l’accès au logement pour toutes et tous à Paris.

N’oublions jamais que nous avons près de 140 000 demandeurs de logement dans notre ville et que 70% de la population parisienne est éligible au logement social. Ce seront 10 000 logements par ans qui pourront être livrés chaque année. Mais ce sont aussi des rénovations qui permettront à terme de réduire la consommation énergétique de 25%. S’ajouteront à cet effort le milliard d’euro porté par les bailleurs publics. La fracture sociale et énergétique dans notre ville est visible et au-delà de l’accès au logement en lui-même nous devons tout faire pour que les charges induites comme l’eau, l’électricité baissent afin que la part des dépenses liées au logement ne grève pas plus le budget des familles parisiennes.

Et puisque votre groupe, Madame la Vice-Présidente de l’UMP, dépose un voeu pour accélérer la transformation de bureaux en logement, et que vous avez-vous-même évoqué la vente de votre siège, prétextant les mauvais souvenirs qui lui sont attachés, nous proposons de le transformer en logements sociaux.

Nous voyons bien, la vieille haine de classe qui guide la droite quand elle s’oppose à l’acquisition dans le diffus. La volonté de rester entre soi, de réserver à l’est parisien des logements sociaux et de ne les accepter qu’au compte-goutte dans l’ouest parisien. À chaque fois qu’un membre de votre groupe intervient sur les opérations de logement, je pense à la phrase des Pinçon Charlot dans leur livre « les ghettos des riches » : « ce ne sont pas les pauvres qui décident de vivre entre eux, c’est le choix des riches de vivre entre soi qui pousse les pauvres vers la périphérie ».

Oui nous sommes heureux de ces annonces et si certains ont des doutes sur les réalisations, qu’ils lisent et relisent le nombre de délibérations qui concernent le logement et ils verront bien que nous faisons ce que nous disons et nous disons ce que nous faisons.

Il en est de même pour les transports à Paris, avec une augmentation de 20% de l’investissement pour lutter contre la pollution, c’est une bonne nouvelle pour les parisiennes et les parisiens mais aussi pour celles et ceux qui viennent pour travailler dans notre ville. De plus le recours accru aux transports publics sera incité par la décision courageuse d’aller vers un tarif unique pour le "Pass navigo". Dans le même temps nous nous félicitons de l’augmentation de 33% des crédits dédiés à la logistique urbaine, avec la création de pôles multimodaux pour améliorer la livraison des marchandises par le fleuve et le rail dans la capitale. Nous devons avoir le souci de créer de l’emploi liés à ces pôles. Paris ne peut ni ne doit être une ville uniquement de bureaux et de commerces mais aussi retrouver de l’emploi industriel. La zone d’aménagement de Bercy-Charenton doit être pilote dans ce domaine.
Mais notre satisfaction dans ce PIM est surtout de voir l’accent porté sur l’investissement dans les quartiers populaires de notre ville. Plus exposés que d’autres à la pollution ce sont aussi les parisiennes et les parisiens qui ont le moins accès aux services publics. Ils cumulent. Les choix de soutenir les grands projets de rénovation urbaine aux portes de Paris doivent apporter des améliorations notables en matière de cadre de vie.

Ainsi, nous engageons l’acte 2 de la reconquête par le service public en renforçant le maillage d’équipements publics de proximité en matière d’éducation, de culture, de sport, de santé et de la petite enfance.

Ce sont dans ces quartiers que la population subit le plus le chômage et l’isolement. C’est là que se concentrent les 14% de parisiennes et de parisiens qui vivent sous le seuil de pauvreté. C’est là que notre politique municipale doit le plus se voir. C’est là que le bouclier social et l’accès aux services publics doivent être renforcés.

Nous sommes très sensibles au fait que 6 millions d’euros soient consacrés au secteur de la santé, même si nous aurions préféré que cette somme soit plus importante. La création de centres de santé en secteur 1 reste pour nous la priorité. Face aux volonté de restructuration de l’APHP, nous resterons ferme sur l’urgence de lancer les assisses de la santé en début d’année 2015.

Oui 5000 nouvelles places en crèche c’est très bien mais vous savez aussi, Madame la Maire, que nous serons pour les crèches, comme pour tous les équipements publics attentifs au mode de gestion qui sera choisi pour les faire fonctionner. Derrière l’investissement, il y aura à terme du fonctionnement. Sachons prévoir car nous ne voudrions pas être mis devant le fait accompli d’une gestion confiée au privé alors que nous avons aussi besoin d’emplois publics qualifié.

Notre plan d’investissement pour la mandature est la traduction concrète et fidèle de nos engagements de campagne. Mais vous le savez, la confiance n’évite pas le contrôle et d’ici au mois de février nous serons porteurs de propositions pour que sa concrétisation tant dans la nature des investissements que dans leur localisation soient en totale cohérence avec ce que nous portons.

Je vous remercie

Publié le

20 décembre 2014

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