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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj sur le Budget 2015 de la ville de Paris

Intervention en séance du conseil de Paris des 15, 16, 17 et 18 décembre 2014

Madame la Maire, Mes cher-es collègues,

L’équation à laquelle nous avons dû répondre pour préparer ce budget n’était pas simple et pourtant nous aboutissons à un budget en augmentation.
Nous tenons nos engagements de campagne alors qu’un mois à peine après les élections le gouvernement a changé les règles du jeu.

Pour Paris ce sont 213 millions d’euros cette année qui manquent à notre budget qui s’ajoutent à l’augmentation de 70 millions d’euros de participation de notre capitale aux différents fonds de péréquation. Ces sommes venant s’ajouter à la non compensation des transferts de dépenses sociales aux départements depuis 2004 et qui frise désormais les deux milliards d’euros, soit une année de salaire de tous les employés de la ville de Paris, à titre de comparaison.
Nous portons un vœu pour réaffirmer notre exigence que l’Etat ne soit pas solde de tout compte et qu’il compense ces dépenses que les collectivités n’ont pas à financer.

On aurait pu croire avec l’élection de François Hollande que l’on renonce à cette injustice, il n’en a rien été. La petite fenêtre ouverte par le Premier Ministre récemment sur la « renationalisation » du RSA doit se concrétiser. En cela nous ne disons pas autre chose que Claudie Lebreton Président de l’Association des Départements de France. Le RSA, l’APA, la PCH sont des allocations nationales ce n’est pas aux parisiennes et aux parisiens de payer sur leurs impôts locaux des mesures de solidarité nationale.

Mais le pire du pire est que les économies faites sur les collectivités sont censées compenser les allègements fiscaux et de cotisations sociales accordés aux entreprises. Cette politique de cadeaux devait leur permettre d’investir et à terme de créer de l’emploi. Sauf qu’aucune contrepartie n’a été exigée de leur part et ils se sont empressés de l’utiliser pour servir les actionnaires. Cela ne les a même pas empêché de licencier du personnel. Pour une fois Emmanuel Macron a eu une lueur de lucidité en disant que le CICE était en échec !

Ce système montre son inefficacité. Chute de l’emploi, aspiration des salaires vers le bas, augmentation de la précarité, explosion des Contrats à Durée Déterminée... voilà le résultat depuis 20 ans de ces politiques de niches fiscales, d’exonération de cotisation, de suppression de la taxe professionnelle.

Le patronat n’est pas encore satisfait, il lui en faut plus toujours plus. Et pourtant, il continue de délocaliser, il ne dit rien sur l’optimisation fiscale, sur le recours à des placements douteux dans des paradis fiscaux, y compris au sein de l’Union Européenne, comme le révèle l’affaire luxembourgeoise…

Alors oui nous attendions autre chose d’un gouvernement élu par des électrices et des électeurs de gauche, qu’il s’attaque « au mur de l’argent » comme on disait avant. Une caste accumule les capitaux et appauvrit le pays. En cette année 2014, le nombre de milliardaires en France est passé en un an de 55 à 67, selon la revue Challenges. Le montant total des 500 premiers patrimoines professionnels français aurait augmenté de 15 % en un an, pour atteindre 390 milliards d’euros.

Tout montre que l’on peut trouver d’importantes marges de manœuvre en annulant une bonne partie des baisses d’impôts octroyées aux grandes entreprises et aux citoyens les plus riches. Le rapport du député UMP Gilles Carrez publié le 5 juillet 2010 montre que si on annulait l’ensemble des baisses d’impôts votées depuis 2000, l’Etat aurait chaque année 100 milliards de plus dans ses caisses. Si nous revenions simplement à la fiscalité qui existait en 2000, que nul ne jugeait confiscatoire ou révolutionnaire, notre déficit se transformerait en excédent !

Voilà le contexte. Le renoncement devant le patronat.

Des dizaines de millier de villes en France vont être contraint de renoncer à construire des écoles ou des centres de santé, des équipements sportifs et culturels, à réduire l’amplitude horaire de certains services, voire en supprimer.

Alors oui, nous sommes fiers que Paris ne renonce pas et résiste à cette vague de régression qui touche bon nombre de collectivités et qui a fait que plusieurs dizaines de milliers de Maires, comme la nôtre, ont signé une motion adressée au Premier Ministre, lui demandant si ce n’est de supprimer, au moins d’atténuer les coupes sur les dotations.

Si nous avons résisté à Paris c’est surtout parce que nous avons travaillé pour dégager de nouvelles recettes en mettant à contribution les plus riches dans nos tarifications et en créant de nouvelles taxes.

Madame La Président du groupe UMP, votre contre budget, c’est le summum de l’égoïsme. Vous protestez contre les rares mesures de justice que ce gouvernement a acceptées, comme la création d’une taxe sur les résidences secondaires ou la taxe de séjour.

Mais qui défendez-vous ? Les touristes des hôtels de plus de trois étoiles et les « malheureux » qui vont devoir s’acquitter de quelques piécettes de plus pour une chambre à plusieurs milliers d’euros la nuit dans les palaces parisiens ? Vous osez défendre des gens qui n’occupent leur pied-à -terre à Paris que quelques jours ou quelques semaines par an alors que des milliers de parisiennes et de parisiens attendent un logement !

Vous êtes parisienne dans cet hémicycle mais vous êtes Versaillaise de cœur. Vous voulez réserver notre ville à quelques dizaines de milliers de privilégiés et en exclure la population qui la fait vivre. Oui madame avec votre contre budget c’est l’immobilisme et la conservation.

Voyez nos critiques au budget de la ville ne sont pas du tout les vôtres. Nous aurions préféré que la taxe de séjour et celles sur les résidences secondaires rapportent encore plus. Nous aurions voulu que la taxe sur les logements et les bureaux vacants soit instaurée dès cette année. Nous aurions souhaité appliquer le taux maximum aux DMTO. Et plutôt que d’aider les pôles de compétitivité et les agences de notation, nous aurions privilégié l’éducation de nos enfants.

Quand à vos propositions d’économie, sincèrement, admettez que vous plaidez pour moins de personnel, moins de services, moins d’investissement, donc pour moins d’égalité et moins de solidarité. Les parisiennes et les parisiens ont choisi. Et ce budget correspond aux engagements que nous avons pris devant elles et eux il y a neuf mois.

Je vous remercie.

Publié le

20 décembre 2014

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