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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj " nous devons fabriquer à Paris"

Le Groupe Communiste Front de Gauche est à l’initiative d’une mission d’information sur " fabriquer à Paris" Paris ne doit pas devenir une Ville musée dans laquelle seuls quelques privilèges auraient le droit de vivre et travailler. Il s’agira donc, au travers de cette MIE, d’évaluer les dispositifs actuels, d’établir un état des lieux précis de la situation industrielle parisienne et des politiques publiques qui accompagnent son développement. Il s’agira également d’identifier les filières industrielles d’avenir et leur possibilité d’implantation à Paris au regard des engagements de la ville dans le cadre du Plan Climat Énergie.

Madame la Maire, mes chers collègues,

Tout d’abord, le constat, je souhaite rappeler que Paris a longtemps été un pôle industriel puissant, d’ailleurs notre Ville en porte toujours la mémoire. Je pense notamment aux usines Citroën de Javel, dans le 15e arrondissement, à la manufacture des Gobelins ou aux Grands Moulins, autres lieux phares du 13e arrondissement. Cette tradition résonne encore à l’écoute des noms de certains lieux : « le Café de l’Industrie », « le Mecano Bar », « l’Usine de Charonne »… Le tissu économique parisien a bien évolué depuis cette époque et bien des bouleversements ont changé le visage de notre ville.

Il y a 10 ans, le Conseil Économique et Social de la région Ile de France, dans un rapport consacré à l’industrie, nous alertait sur la perte de vitesse de l’activité industrielle en région Île de France.

Selon ce même rapport, entre 1994 et 2004, Paris a connu l’un des plus forts reculs industriels d’Ile de France : une perte de 45800 emplois industriels soit -34% en dix ans.
Dans l’ouvrage « Sociologie de Paris » les Pinçon Charlot notent clairement le recul des ouvriers et employés habitant à Paris. Entre 1954 et 2010 : ils sont passés de 65,5% à 28,6% de la population totale. Alors que, dans le même temps, les chefs d’entreprises et professions intermédiaires augmentent de 34,5% à 71,4%.

Sur cette période-là, le secteur industriel à Paris s’est « tassé » au profit du secteur tertiaire : les usines ont fui la ville depuis longtemps et la part de l’industrie dans l’économie parisienne est désormais de 3,2%, soit 63.764 emplois, les ouvriers ne représentant plus que 5% de la population. La désindruialisation est très marquée, le monde ouvrier est donc moins présent car les emplois sont rares et les logements inaccessibles.

Autre constat, Paris enregistre un taux de 8% de chômage au troisième trimestre 2014 ». C’est certes moins que la moyenne nationale, mais en y regardant de plus près, on constate que les emplois les moins qualifiés, comme les ouvriers ou les employés de PME-PMI, sont les plus touchés et notamment les jeunes dans les quartiers populaires.

La majorité de cette assemblée partage très sûrement mon avis : Paris ne doit pas devenir une Ville musée dans laquelle seuls quelques privilèges auraient le droit de vivre et travailler.

Il s’agira donc, au travers de cette MIE, dont nous rendrons les conclusions en août 2015, d’évaluer les dispositifs actuels, d’établir un état des lieux précis de la situation industrielle parisienne et des politiques publiques qui accompagnent son développement. Il s’agira également d’identifier les filières industrielles d’avenir et leur possibilité d’implantation à Paris au regard des engagements de la ville dans le cadre du Plan Climat Énergie.

Je rassure, les quelques personnes qui s’inquiéteraient de voir le retour d’usines à cheminée ou de chaînes de montage des années 1950 : non. Il s’agira d’identifier et d’implanter de petites industries dans la capitale, autour des filières industrielles d’avenir qui s’inscrivent notamment dans le cadre du plan climat énergie. Le développement des énergies renouvelables et le stockage d’énergie, la sortie du diesel, le transport ferré, fluvial ou par véhicule dé-carboné, la logistique urbaine ou le recyclage des déchets sont autant d’enjeux environnementaux auxquels nous voulons répondre. Ce sont autant de possibilités de relance de la fabrication à Paris. Les États généraux de l’économie circulaire prendront une place particulière dans notre réflexion.

Nous tiendrons compte de l’état des PME et de l’artisanat à Paris, du foncier disponible, de l’aménagement du territoire notamment l’arc de l’innovation, cité dans la lettre de mission à Jean Louis Missika.

Il s’agira d’articuler rechercher, innovation, aménagement du territoire et financement.
Nous étudierons aussi de près les aides financières et leurs conditionnalités aux incubateurs, Start Up, pôles de compétitivités. Vous savez que notre groupe intervient régulièrement sur le sujet.

Sans investissement dans la recherche, il ne peut y avoir d’industrie performante, mais sans industrie la base industrielle nécessaire à la recherche scientifique n’existe pas.

La séparation entre service innovant d’un côté et industrie de l’autre n’a aucun sens.
L’industrie de notre temps a besoin de services publics forts. C’est autour de pôles de services publics forts que nous pouvons engager la reconnaissance industrielle, je pense aux transports publics la logistique, l’énergie, la santé.

Nous faisons le choix de l’industrie contre celui de la finance. Un nouveau développement industriel est indispensable pour la transformation écologique de notre société. Industrie et écologie sont solidaires, l’un ne progressera pas sans l’autre.

Publié le

11 février 2015

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