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" Candidature de Paris aux JO 2024 : d’abord l’humain "

L’orientation que prend cette candidature tient compte de nos exigences : une conception nouvelle de ce que doivent être les JO au 21e siècle : répondre aux besoins des populations.
Nous proposons que les parisiens portent leurs exigences tout au long du processus avec la création « des comités populaires ».
Nous avons également proposé un programme pluriannuel national, soutenu par un budget sport à hauteur de 1% du budget de l’État.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet-Oulaldj

Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes cher-es collègues,

En me demandant "pourquoi organiser les Jeux Olympiques et Paralympiques ?", je me suis posé une question : quels seraient les mots que j’aurai envie de dire aux parisiens, au monde entier et au Comité International Olympique, pour motiver la candidature de Paris ?

D’abord l’humain. Puis le partage, la solidarité, la joie de vivre librement et de s’émanciper à travers une culture universelle du progrès qu’est le sport.
Nous voulons que la candidature de Paris soit un souffle nouveau pour le sport en répondant aux besoins des populations. Paris, peut être le lieu de la résurgence d’un idéal collectif, universel, soucieux de laisser un héritage pour le monde entier.
En me demandant "pourquoi ?", j’ai relu ces mots de Nelson Paillou, ancien président du CNOSF, qui a accueilli à Paris le congrès du centenaire du CIO en 1994. Après un siècle d’olympisme, il nous disait :

"Si l’on veut que le sport ait un avenir, il faut qu’il soit humain. S’il échappe à l’homme, il disparaitra, comme il a déjà disparu par le passé. Mais il peut disparaitre par la perfidie, l’arrivisme des hommes ou la rentabilité abusive des pratiques sportives".

J’irai plus loin que lui. Si nous voulons des Jeux durables qui mettent le sport au service de l’être humain et de son émancipation, il faut s’attacher à libérer le sport de sa marchandisation et reconquérir l’idéal humaniste.

Sur les contradictions qui traversent l’olympisme, Nelson Paillou nous disait que "l’essentiel est d’en parler, sans doute, mais ce n’est pas suffisant. Il faut convaincre, triompher pour qu’au troisième millénaire ce ne soit pas les jeux du cirque qui s’imposent mais le sport humaniste qui triomphe".

En définitif, l’avenir des Jeux dépend de la manière dont les forces du progrès dans le monde seront capables de les inscrire plus étroitement dans la logique de la déclaration universelle des droits de l’Homme, vers plus de démocratie, de paix et de justice sociale.

Si nous voulons une candidature qui rassemble largement, qui soit utile aux populations et aboutisse, il faut parler franc et être lucide. Nous entendons des critiques justes sur les dernières éditions, elles seront un atout si nous en faisons des exigences populaires et les conditions de la réussite des Jeux du 21e siècle.

Pour cela, nous proposons de créer « des comités populaires pour la réussite des Jeux Olympiques et Paralympiques ». Leur rôle sera de porter les exigences et les recommandations des citoyens. Je pense d’abord à ces militants qui font vivre le sport. Écoutons leurs demandes, notamment en termes d’accès au sport pour tous, de développement de l’EPS à l’école, d’équipements et de financement du sport. Mon collègue Sergio Tinti reviendra sur ces aspects.

Nous devons anticiper ce que sera le monde en 2024. Alors que la situation internationale est marquée par l’accroissement des inégalités et de nombreuses guerres, la solidarité entre les peuples est de première importance. Nous devons construire une voie solide, universelle, pour un monde de partage et de progrès dans lequel le sport joue un rôle essentiel de formation des citoyens du monde.

Notre candidature peut s’incarner à travers des symboles forts. Parlons de partage en mettant fin à la frontière du périphérique par l’écriture d’un trait d’union entre Paris et sa banlieue. Ou encore, garantir l’égalité entre les femmes et les hommes et la mixité des compétitions sportives en s’appuyant sur le combat initié à Paris dès 1921 par Alice Milliat. Nous devons vaincre le racisme et l’antisémitisme et nous inspirer de celles et ceux qui se sont mobilisés en 1936 contre la récupération des Jeux par les nazis. Nous pouvons incarner des jeux écologiques avec, par exemple, la reconquête de la Seine et de la petite ceinture ferroviaire pour des déplacements non polluant. Et plutôt que la pollution mercantile de l’espace public par les sponsors, menons un travail de mémoire, en suivant l’exemple du voeu que nous avons adopté pour nommer Bercy Arena Alain Mimoum.

Cette candidature doit être le symbole de la relance économique : un accélérateur pour l’emploi et l’aménagement des territoires déshérités. Les investissements publics doivent répondre aux besoins des populations plutôt qu’aux intérêts privés.

L’idée d’une candidature « low-cost », défendue par ceux qui ne veulent pas mettre un centime, ne serait rien d’autre que la poursuite des politiques d’austérité.
Pour nous, la question est tout autre, le plus important c’est l’héritage laissé aux populations en accord avec nos engagements. La construction du village olympique sera un plus pour le logement social et étudiant, le développement des transports en commun est un atout pour lutter contre la pollution ainsi que pour l’accessibilité des personnes à mobilité réduite.

Mais nous devons agir fermement pour que l’État s’engage sur un budget ambitieux.
Travaillons, dès maintenant sur un plan de financement pour les 9 ans à venir. Aujourd’hui le budget national consacré au sport est ridicule : 0,14% ! C’est l’occasion de relancer la mobilisation sur le financement du sport à hauteur de 1%.
Une loi olympique pourrait parfaire la description de notre mobilisation sur la place du sport en France et les conditions de son financement.

Madame la Maire, mes cher-es collègues, si nous avons une carte à jouer, c’est celle d’une candidature différente ancrée dans des valeurs humanistes avec une ambition nouvelle pour le sport.

Publié le

15 avril 2015

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