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Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj sur le conseil des générations futures

Conseil de Paris
30 juin 2015

Nous faisons toutes et tous le constat que notre démocratie est malade, en témoigne la survivance d’un article comme le 49-3 dans notre constitution et son usage...
Le système représentatif en particulier est bien mal en point, avec un mode électoral qui ampute le parlement d’une représentation juste des différents courants politiques que seul le système proportionnel peut garantir.

Les électeurs boudent de plus en plus les scrutins. Les annonces politiques via les médias donnent l’impression que tout est décidé dans un ailleurs difficilement repérable et la seule idée qui reste est que les citoyens sont dessaisis de leur possibilité d’investir, d’infléchir et d’intervenir en amont des décisions prises.

La temporalité médiatique tue la temporalité politique qui doit être celle du débat, de la délibération collective puis du choix.

Un débat éludé, confisqué par des experts qui influent sur les décisions par leur omni présence médiatique.

Voilà l’état des lieux.

Même si nul ne met en cause le fait qu’il faille des responsables, il nous faut repenser ce moment politique important qui est l’amont de la décision.
La ville de Paris, et singulièrement cette nouvelle mandature, a pris à bras le corps la participation des citoyennes et des citoyens à la décision, au choix et à l’élaboration de projets d’intérêt général.

On n’en est pas encore au budget participatif de Porto Alegre, mais avec les 5% de l’investissement de notre collectivité soumis au choix et aux initiatives citoyennes on est sur le bon chemin, même s’il reste perfectible.

Mais il est aussi clair, et c’est là tout le sens de cette délibération, que nous devons réfléchir à comment faire pour que le citoyen ne soit pas le seul interlocuteur des pouvoirs publics mais bien d’aider à la revalorisation de la place et du rôle des corps intermédiaires.

Nous ne pouvons imaginer qu’un citoyen soit compétent en tout. Il a besoin comme vous et moi d’entendre les différents points de vue et ce d’où qu’ils viennent.
Le conseil des générations futures, qui sera la dénomination de notre Conseil Economique, Social et Environnemental Parisien, n’a pas vocation à se substituer aux différents organismes que la ville a créés pour élargir le champ de ce qui est discutable et discuté.

Il a simplement une vocation plus large. Il s’appuie sur les organisations que les citoyens se sont données eux mêmes associations, organisations syndicales de salariés et celles du monde de l’économie.

Il est un subtil dosage entre ces structures représentatives et les citoyens impliqués dans les conseils de quartier et les conseils citoyens, mais aussi de personnalités qualifiées qui souhaitent mettre leur compétence au service de l’intérêt général et de l’attractivité de notre ville.

Le conseil des générations futures n’est pas le lieu qui va remplacer notre assemblée, comme j’ai pu l’entendre ça ou là, mais bien un lieu ou en amont des décisions un éclairage pluri disciplinaire et disons-le où peuvent s’exprimer des intérêts de classe divergeant, propose et suggère aux élu-es des pistes, des propositions sur l’avenir de notre ville tant dans le champ économique, social, environnemental et sociétal.
Le conseil économique et social et environnemental national, même si son nom et sa composition a changé, est depuis les prémices des années 20, confirmé par la 4 ème et la 5 ème République, cette troisième assemblée de notre République. Il a su conjuguer les talents et les opinions afin que le gouvernement puisse s’appuyer sur un avis circonstancié de la société civile sur ces projets mais aussi sur des questions bien plus vastes.
Les résultats sont positifs, même s’ils restent trop méconnus du grand public. Le choix de permettre aux régions de créer des CESE a aussi été une bonne chose et pour les mêmes raisons.

De nombreuses collectivités se sont dotées de ces instruments, comme en témoigne les nombreux CODEV et ce fut le cas des défunts « pays » portés par la loi Voynet ou les agglomérations, voire les villes importantes et bien entendu notre future Métropole réfléchit dans le même sens.

Il est important que Paris se dote de ce nouvel instrument qui n’est pas un machin ou un énième organe de consultation dont les avis caleraient, dans le futur, les armoires de nos adjoints mais bien un lieu de débat, de préconisations et de propositions.

Notre assemblée sera souveraine pour suivre, reprendre, amender ou rejeter telle ou telle des propositions du conseil des générations futures, en considérant tout de même que la crédibilité de ce conseil dépendra du sort qui sera réservé et tout ou partie à ses avis et préconisations.

Il nous paraît essentiel que les groupes politiques de notre Conseil de Paris puissent le saisir sur telle ou telle question importante pour l’avenir de notre ville, mais il est aussi important que ce conseil puisse aussi s’autosaisir sur les questions qui intéressent les parisiennes et les parisiens.

C’est avec enthousiasme que nous voterons cette délibération et permettez-moi ici, de rendre un hommage appuyé à mon camarade Didier le Reste, qui avec la pugnacité qu’on lui connaît a, avec Pauline Veron l’adjointe en charge de la démocratie participative, su traduire cet engagement, que nous avions porté pendant la campagne des municipales, en acte.

Il n’est pas étonnant que ce soit dans la tête d’un syndicaliste Léon Jouhaux, qu’était née l’idée d’un conseil économique et social entre les deux guerres et que ce soit un syndicaliste qui le porte dans et pour notre collectivité aujourd’hui. Au-delà de la différence des hommes et de leur position il est de la noblesse de l’engagement syndical que d’être toujours au service du collectif.

Je vous remercie.

Publié le

2 juillet 2015

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