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Création d’une brigade de lutte contre les incivilités

La création d’une direction de la lutte contre les incivilités est une bonne chose. Elle regrouperait dans un même service les agents qui effectuaient déjà ces missions dans différentes directions. En revanche, nous nous opposerons fermement à la création d’une police municipale, que la droite veut imposer. Il nous faut, c’est un service qui règle dans la médiation les conflits dans l’espace public, et pas la surenchère de la matraque.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Madame la Maire,

Contrairement à ce qui est dit dans votre communication, ce n’est pas la sécurité qui est une condition de la liberté. C’est le respect de celle des autres et du cadre qui permet d’en jouir pleinement. Parce que le service public est le patrimoine de toutes et de tous, notamment de ceux qui n’en ont pas, et il est de son devoir de veiller également à sa préservation et à son respect.

L’espace public est un des éléments les plus concrets de ce bien commun. C’est un des principaux vecteurs de rencontre et de lien social. Il est d’ailleurs, à ce titre, fortement sous-estimé. Comme tous les lieux qui les lieux qui favorisent les interactions, il a aussi son lot minoritaire de conflits, voire de violences.

Notre ville, dans cette société qui devient de plus en plus violente, n’est pas exempte des incivilités sur son territoire. Bien que marginales, elles y sont bien présentes et visibles.

C’est pour préserver et développer cet espace de lien social que notre ville mène une politique de lutte contre les incivilités. Paris se développe, devient de plus en plus vivante et active. Elle met à la disposition de toutes et de tous des nouveaux espaces publics, et démultiplie ainsi les lieux de vie, de rencontre et de vivre ensemble.

Pour permettre à toutes et tous de profiter de cet espace public et d’y développer des initiatives, il est indispensable de créer un cadre commun pour son utilisation, respecté par toutes et tous. C’est pourquoi nous avions souligné précédemment qu’un nouveau contrat social devait être créé et mis en avant. Un cadre commun, engageant les usagers de ces espaces, la collectivité, les agents et les riverains.

La valorisation de ces règles communes passe en tout premier lieu par une ambitieuse campagne d’éducation, de prévention et de sensibilisation constante. Et notre collectivité doit avoir recours, en dernier lieu, à un volet répressif pour veiller à leur application et à leur respect.

C’est pourquoi nous ne sommes pas opposés au principe général de rassembler, au sein d’une même direction, les personnes chargées de faire respecter ces règles. Elle concerne l’ensemble des agents qui effectuent déjà, au quotidien, dans des directions différentes, la gestion des conflits entre les usagers et le service public.

Ce qui était auparavant intégré à la gestion de la voirie, des espaces verts et autres espaces publics, serait dorénavant regroupé dans un seul corps administratif.

Ce regroupement peut être bénéfique. Il peut contribuer à une meilleure coordination de ces agents et harmoniser leurs conditions de travail, que cela soit en termes de statut, de formation, de missions et de locaux.

Mais il faut poser clairement, d’entrée de jeu, ce que cette direction ne sera pas. Elle ne sera pas une police municipale. Nous le disons le plus clairement possible, nous sommes au maximum du volet répression.

La ville de Paris ne se substituera pas à la Police Nationale. Le tour de passe-passe de Sarkozy, qui a réussi à faire de la sécurité une des thématiques phares de son action politique tout en pillant les budgets alloués à la police nationale, impacte encore durement les parisiennes et les parisiens.

Le chantre de la répression, qui a réduit drastiquement les effectifs de la Police, a essayé longtemps de masquer son bilan catastrophique en matière de sécurité. Il a usé et abusé de coups de communications grossiers, frôlant quelquefois l’appel à la haine, pour faire croire qu’il menait une politique volontariste en la matière.

Il a fait une promotion massive de la vidéosurveillance pour remplacer les agents de terrain, qui coûte cher à la collectivité et dont l’efficacité est de plus en plus contestée. Il a mis en place une politique absurde du chiffre, nuisible pour les agents comme pour les citoyennes et les citoyens.

Et, en dernière instance, il a tenté de faire porter le poids de la sécurité de proximité aux Mairies, en poussant à la création de polices municipales, pour lequel l’Etat ne reverse pas un centime. C’est ce que les élus de la droite parisienne, en disciples aveugles, tentent de nous vendre aujourd’hui.

Après la casse du service public de la sécurité imposée par la décennie de droite au pouvoir, Paris a dû, et nous le déplorons amèrement, pallier à ce manque d’implication des gouvernements successifs. Nous veillions plus que nous le devrions au respect des règles de vie commune sur notre territoire, c’est un fait.

En ce qui concerne les pouvoirs de police au sein de notre territoire, l’urgence du recrutement massif d’agents pour une police nationale de proximité est toujours criante. Il est temps que l’état desserre cet étau financier qui accroit les inégalités dans tous les domaines, et nuit quotidiennement à la vie des parisiennes et des parisiens.
Mais nous nous conformerons aux choix des parisiennes et des parisiens, qui n’ont pas donné de majorité au programme qui intégrait la création de cette police.

Je l’avais d’ailleurs dit à Madame Kosciusko - Morizet lorsque le groupe des républicains avait remis cette question sur le tapis. Que les chantres de l’austérité et de la réduction des personnels nous proposent de créer, en lieu et place de l’Etat, un service qui nécessitera le recrutement massif de nouveaux agents sans aucune compensation, est le comble de l’incohérence.

Cette direction, donc, a atteint le maximum de ses compétences en matière de répression. L’extension des pouvoirs de la Maire, prévus dans le projet de modification du statut de Paris, ne sera pas synonyme d’avancée sur cette voie. Toute inflexion à ce principe suscitera dans nos rangs une opposition ferme, dans les attributions juridiques comme dans les équipements et armements des agents.

Comment concilier le travail des agents de la ville avec la volonté des usagers et des riverains, pour conclure un nouveau pacte pour l’utilisation de l’espace public ? La question est cruciale, car elle a trait à beaucoup de sujets que nous portons. Elle est une des clés du vivre ensemble à Paris, thématique chère à notre municipalité.
Nous pensons que cette direction peut faire bien davantage en matière de sensibilisation et de médiation. Le contact du service public doit être permanent, dans l’écoute et dans le dialogue.

Cela nécessite des interlocuteurs identifiés par tous, à même de concilier les volontés de chacun. Des agents de terrain, qui règlent, dans le dialogue, une grande majorité des conflits qui peuvent survenir sur les espaces de notre ville.

Des agents en dialogue permanent avec l’ensemble des autres directions de la ville. Regrouper l’ensemble de la protection et de la lutte contre les incivilités porte le risque de créer une logique propre à la direction, décalée des réalités et des spécificités de chaque équipement public. Or, on n’intervient pas de la même façon pour lutter contre les incivilités dans un gymnase ou dans un marché couvert.

Nous ne sommes pas candides, nous savons le fait que le respect des règles passe également par un volet répressif. Mais la surenchère sécuritaire locale, que la droite nous vend comme une panacée, malgré leur échec cuisant en la matière, doit être le modèle que nous devons fuir coûte que coûte. Le retour d’expérience des autres collectivités montre qu’elle est absurde, et qu’elle ne mène à rien, sauf à creuser un gouffre dans les caisses de la commune.

Le nouveau contrat social que nous proposons implique la promotion d’une nouvelle culture du commun et des espaces publics. Une voie de la sensibilisation au commun, qui s’accompagne d’un rejet catégorique de toute appropriation privée de l’espace public, qu’elle soit d’ailleurs initiée par des particuliers comme par des entreprises.

Nous devons abandonner ce schéma de la police municipale, qui acte le recul de l’état en matière de sécurité locale et entraîne les collectivités dans la spirale de la tension. Nous devons fuir le populisme de la surenchère locale de la matraque.

C’est à partir de l’échec de cette que nous devons dessiner une autre voie. Nous pensons qu’il y a à gauche une manière de traiter la lutte contre les incivilités, et que Paris a les moyens de le démontrer. Cela implique d’abord d’être clairs, dès le départ, sur pourquoi et comment nous luttons contre les incivilités.

C’est pourquoi nous redoublerons de vigilance sur cette politique engagée par la ville, et que nous acceptons la création de cette direction pour lutter contre les incivilités.

Publié le

15 juin 2016

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