Rechercher sur le site

Intervention de Raphaëlle Primet sur la dénomination "Elsa Triolet" de l’allée du jardin Nelson Mandela

Intervention en séance du Conseil de Paris du 20 mai 2014

« Il ne nous est Paris que d’Elsa » pourrait-on dire en paraphrasant Aragon. Si cet immense poète a donné ce titre à l’un de ses livres, c’est bien que dans son imaginaire Elsa et Paris ne faisaient qu’un. Tout comme Elsa a hanté aussi Grenade et Moscou.

C’est à Paris qu’ils se sont rencontrés dans la salle enfumée de la Coupole à Montparnasse. Il écrira plusieurs années après leur rencontre « Que serai-je sans toi qui vint à ma rencontre, que serai-je sans toi qu’un cœur au bois dormant ». C’est à Paris qu’il vendait les bijoux qu’elle créait la nuit. C’est à Paris qu’elle a écrit son premier roman en français « Bonsoir Thérèse ». C’est à Paris qu’elle a reçu le prix Goncourt, première femme à être ainsi honorée.

De la rue du château, à l’atelier de la rue campagne première, de la rue de la sourdière, à la rue de Varenne, du marbre de l’Humanité rue du faubourg poissonnière, au 120 rue Lafayette comme devant le carrefour Chateaudun, ses pas résonnent encore sur le bitume parisien.

Si russe et pourtant si parisienne, si « sorcière » et si midinette parfois, elle est de ces femmes qui ont marqué la littérature du 20 ème siècle.

N’oublions pas non plus, qu’elle a aussi usé les fauteuils de l’opéra et de la comédie française. Elle a chroniqué entre autres, les spectacles de Renaud Barrault et les concerts de Johnny Halliday. Elsa a été de tous les rendez-vous parisiens, ses chroniques théâtrales faisaient date. Elle a été de tous les combats pour la culture, pour le livre avec le Comité National des Ecrivains, pour la Paix et pour les Rosenberg. Elle a été de toutes les batailles aux côtés du peuple vietnamien et dans toutes les luttes anti coloniales, comme elle s’était engagée dans la résistance, seule décoration qu’elle a accepté. A la fin de sa vie, elle n’hésita pas à intervenir en faveur des dissidents soviétiques.

Alors « Ecoutez-voir », avant que « le rossignol ne se taise à l’aube », jamais au « grand jamais » quand vous passerez devant « le monument » en allant au « rendez-vous des étrangers », vous ne vous comporterez en « inspecteur des ruines » dans une tenue de « camouflage ». Dégustez plutôt « des fraises des bois » ou achetez des « roses à crédit » en vous dirigeant vers feu « luna park », n’ayez pas « mille regrets » ne soyez pas dans « les manigances » ne pensez, sur cette belle allée surplombant les halles, qu’à Paris, au Paris de Louis et Elsa.

Et permettez-moi ce dernier clin d’œil, cette dernière citation que je fais mienne : « Le ménage du monde est comme celui d’un logement. Il faut recommencer tous les jours. » N’est-ce pas ce que nous tentons de faire chaque jour ?

Publié le

19 juin 2014

Auteur-e-s