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Intervention de Raphaelle Primet en mémoire du génocide arménien

Intervention en séance du conseil de Paris des 9 et 10 février 2015

Madame la Maire,
Mes chers collègues,

Il y a 100 ans le premier génocide du 20 ème siècle se déroulait aux portes de l’orient. Un peuple multi millénaire qui avait défendu sa foi et ses traditions était voué à la mort, à la déportation et à l’esclavage.

En cette année 1915, des femmes, des hommes, des enfants, des vieillards vont mourir de faim, de soif, d’épuisement. Ceux qui parviennent au bout du voyage sont vendus comme esclaves ou comme épouses forcées à se convertir.

C’est sur une logique d’épuration ethnique que le gouvernement turc a décidé, je cite le Ministre de l’Intérieur d’alors : « de détruire tous les arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l’âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici. »

Les gouvernements européens, il est vrai confrontés au premier conflit mondial, se taisent ou ne protestent que mollement.

Combien d’années faudra-t-il, combien d’interventions d’associations arméniennes, de parlementaires, singulièrement communistes puis gaullistes et socialistes pour que soit reconnu le génocide ? Combien de fois faudra t-il rappeler la nécessité de condamner la négation de ce génocide ? avant que la France ne vote la loi de 2002.
La France a une relation particulière avec l’Arménie et les arméniens. De nombreux rescapés du génocide ont débarqué à Marseille, ils marqueront durablement l’histoire de cette ville et de notre pays. Ils s’installeront aussi à Paris dans les quartiers populaires mais aussi à Issy, Bagneux, Alfortville à Livry Gargan.

Tant d’arméniens d’origine ont contribué à enrichir notre patrimoine culturel mais aussi économique. Tant d’arméniens sont tombés pour la France, au cours de la deuxième guerre mondiale, dont l’un des plus célèbres d’entre eux Missak Manouchian, immortalisé à jamais par les vers de Louis Aragon dans l’affiche rouge.
Permettez-moi ici de vous lire une seule strophe :

« Adieu la peine et le plaisir adieu les roses
Adieu la vie la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan. »

Ce sont bien de roses dont parle Aragon et ce sont 100 rosiers que nous allons planter au jardin d’Erevan dans le 8 ème arrondissement. Bel hommage que nous décidons aujourd’hui, à un peuple à l’un de ses héros et à son poète.
Mais que serait la beauté des roses, qui comme on le sait depuis Ronsard sont éphémères, si ce travail de plantation n’était pas accompagné d’un travail pédagogique en direction de nos plus jeunes.

Je tiens ici à saluer le travail autour du livre « Marta témoin d’un génocide et héroïne de la paix », qui s’inscrit dans les efforts de notre commune pour que les petites parisiennes et parisiens assommés par des images violentes d’un jour qui effacent celles de la veille, puissent connaître et comprendre l’histoire.

Oui nous devons nous poser, pour expliquer et comprendre, l’immédiateté de l’information parfois nous en empêche. Voilà pourquoi le travail de mémoire, la transmission de cette mémoire par les témoins quand il en reste ou par les historiens est indispensable. Elle favorise l’esprit critique qui nous manque si souvent.
Je citerai pour conclure ce très joli proverbe arménien.

« Si mon cœur est étroit à quoi me sert que le monde soit si vaste ».

En cette période troublée que nous traversons sachons méditer cette phrase.

Publié le

10 février 2015

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