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Intervention de Raphaëlle Primet "Qui sauve une seule vie sauve le monde entier"

Adhesion au reseau des villes et villages des justes de France
Conseil de Paris
26,27 et 28 mai 2015

Nous sommes fiers que notre ville rejoigne la liste des 191 premières collectivités qui ont décidé de s’unir pour rendre hommage à celles et ceux qui au mépris du danger, rappelons-nous que ceux qui aidaient les juifs étaient condamnés à mort, ont choisi d’accueillir, de protéger, d’aider à fuir vers des cieux plus cléments les juifs persécutés au fond de la nuit noire des quatre ans d’occupation.

La France est le troisième pays au monde, après la Pologne et les Pays Bas, en nombre de Justes parmi des nations, si l’on regarde le travail du mémorial de Yad Vashem.

J’en tire plusieurs leçons, la première est que malgré l’intense propagande du régime de Vichy et un antisémitisme d’État nombre de nos compatriotes ont fait leur devoir d’être humain : celui de protéger l’homme, la femme, l’enfant ou le vieillard qui était persécuté.
Deuxièmement que nombre d’entre elles et d’entre eux ont mis du temps à en parler et à le faire savoir tant ils considéraient qu’ils n’avaient fait que leur devoir d’humanité. Ils n’en n’ont tiré aucune gloire, certains encore ne le disent pas.

Ils étaient de tous milieux sociaux de toute confession, n’a-t-on pas appris récemment le rôle de la Grande Mosquée de Paris dans ce formidable réseau de solidarité qui a permis à nombre de juifs d’échapper aux rafles et à la mort.

Leur engagement politique, comme celui de la résistance avait la diversité de toutes les sensibilités politiques, religieuses, ou philosophiques : aristocrate venue de l’action française, ouvrier communiste, instituteur socialiste ou paysan radical, protestant, catholique, musulman « qu’ils croyaient au ciel ou qu’ils n’y croyaient pas ». Toutes et tous n’ont écouté que leur cœur et leur devoir.

Le récit de celles et ceux qui ont été cachés ou que l’on a aidé à passer en Espagne, en Suisse ou en Angleterre a permis qu’on les retrouve.
Cette semaine encore, ce sont des américains de Chicago qui ont retrouvé la famille de paysans de la Meuse qui avait protégé leur grand-mère et lui ont permis des retrouvailles émouvantes.

Chacun de ces récits est une histoire belle, tant elle est pétrie de générosité et d’humanité.

Serge Klarsfeld a souvent déclaré que sans ces réseaux ou ces initiatives individuelles, il y aurait eu beaucoup plus d’arrestations et de déportations en France.
Oui il y a eu en France des « salauds » qui ont dénoncé, anonymement ou pas, leur voisin ou leur collègue, par haine, par règlement de compte ou par jalousie.

Souvenons-nous du remarquable film documentaire d’Ophuls « le chagrin et la pitié ».
L’histoire de notre pays et de notre peuple n’est ni totalement noire ni totalement blanche et nous devons en feuilleter toutes les pages, les plus belles comme les plus sombres.

Mais en cette année du 70 ème anniversaire de la capitulation nazie, il nous faut lire cette belle page qui met en lumière ce que l’être humain a de plus noble : protéger le faible, le fugitif, l’exilé, le persécuté.

Sachons-nous en souvenir aujourd’hui, lorsque nous tendons la main à un réfugié, à un persécuté et ce, quel que soit son origine ou sa religion.

Que celles et ceux qui professent la haine ou qui, lâchement, laissent dire des propos racistes ou antisémites sans réagir sachent, que « si une voix se tait le chœur saura la reprendre » écrivait Aragon.

« Qui sauve une seule vie sauve le monde entier » est-il écrit dans le Talmud.
Cela vaut pour hier, comme pour aujourd’hui et demain.
Je vous remercie

Publié le

28 mai 2015

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