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Modernisation ne peut pas rimer avec austérité

Comment moderniser l’administration avec moins de moyens ?

C’est la question à laquelle nous avons essayé de réponse. Depuis des années, les termes « simplification » ou « mutualisation » sont trop souvent utilisés pour justifier les réductions de budgets. Nous avons donc rappelé nos principes : l’amélioration de l’administration passe par une plus grande écoute des agents et nécessite des moyens humains et financiers plus conséquent.

Retrouvez l’intervention de Raphaelle Primet

Madame la Maire, mes chers collègues,

Nous sommes toujours pour la modernisation et les progrès, améliorer les services publics, les rendre plus efficaces et plus simples pour les usagers.

Nous partageons donc les buts affichées de la communication, le développement de la participation citoyenne ou la responsabilité environnementale avec la mise en œuvre du plan climat énergie Paris mais nous avons des doutes sur la réalité de la mise en œuvre.
Nous ne considérons pas l’administration comme un fardeau, pour nous les agents de la Ville ne sont pas une succession de chiffres dans un tableau ou une charge qui ne ferait qu’alourdir le budget de la Ville. Nous pensons au contraire que les agents sont des pièces maitresse de l’action publique. Des cadres aux agents de ménages, des ingénieurs aux agents d’accueil, ce sont eux qui donnent corps à nos orientations politiques. Ils sont les mieux informés des besoins des parisiens, car ils sont en première ligne face aux usagers et aux situations qu’ils vivent. Il est important de le rappeler car depuis plusieurs années les agents voient leurs conditions de travail se dégrader.

La cause ? Le désengagement financier massif de l’État qui a entrainé la réduction des recettes de fonctionnement de 12% en 5 ans. La communication le met peu en avant mais C’est un choc énorme qui a obligé l’administration à mettre en œuvre des plans d’économies qui repose largement sur les épaules des agents.

Mais permettez-moi de vous dire que nous avons des désaccords avec cette communication qui sous-estime les dégâts de l’austérité budgétaire. Pour certains sur les bancs de cette assemblée la réduction des budgets serait une opportunité, un électrochoc qui nous obligerait à nous réinventer, à nous moderniser, à faire mieux avec moins. Pour notre part, nous ne trouvons pas que la crise soit une chance ou qu’elle soit moderne.

Quand nous lisons des termes comme « Simplification », « efficacité », « service *au* public », « réorganisation », « rationalisation », « mutualisation », « fusion », « réduction » nous avons l’impression de retrouver le lexique libéral qui a permis d’enrober les politiques d’austérité depuis le tournant de la rigueur. Rien de très moderne vous en conviendrez.

Nous ne devons pas discuter avec les mêmes agents de la Ville. Quand ils viennent nous voir, les agents nous alertent sur la dégradation des conditions de travail, la souffrance au travail. Les services sous tension doivent composer avec des postes vacants et qui le restent durant de long mois. Les agents sont nombreux à soutenir les objectifs politiques de la majorité : créer 70 000 logements ou 5000 places en crèches pour ne citer qu’eux. Mais ils s’interrogent sur les capacités réelles à atteindre ces objectifs alors que les organisations sont chamboulées et que leur charge de travail explose.

Nous avons conscience de noircir un peu le trait. Mais il nous faut bien compenser le ton employé dans la communication. Les réductions des délais et les mesures de simplifications sont vantées à chaque phrase. Mais par exemple les contractuels de la Ville mettent toujours plusieurs mois avant de toucher le moindre centime d’allocation chômage en fin de contrat.

La qualité du dialogue social mise en avant dans la communication est insuffisant et reste très largement à améliorer notamment en prenant en compte l’avis et les propositions des personnels et en prenant le temps pour la mise en place des reformes. Il en est de même sur la numérisation des services. Nous mesurons bien les progrès pour la majorité des usagers : réduction des délais et simplification des démarches. Mais beaucoup d’usagers n’ont pas encore accès à l’outil informatique ou ne le maitrise pas. En règle générale, ces personnes sont d’ailleurs celles qui vivent les situations les plus difficiles, les plus complexes. Ces situations qui, justement, ne rentrent pas dans les cases des formulaires. Or, nous craignons que la généralisation de la numérisation que nous approuvons par ailleurs n’ait comme *seul* objectif de réduire le nombre d’agents. Nous avons pourtant besoin de personnels, en nombre suffisant et suffisamment formés, pour garantir un service public de haute qualité qui répondent aux besoins de la population. Ce qui est prévu pour l’accompagnement des personnes éloignées de ces technologies ne nous semble pas suffisant ni à la hauteur des besoins. Le risque est grand d’accroître par ce biais les inégalités et d’avoir une ville taillée pour les classes dominantes, plus éduquées et mieux préparées à l’utilisation des nouvelles technologies.

L’approche des « civic tech » est intéressante. Mais attention ne pas penser que la crise du politique que nous vivons ne serait qu’un problème technique, un problème de communication qui pourrait être réglé grâce à la bonne application.

Pour conclure pour nous, modernisation ne peut rimer avec austérité et malgré l’optimisme de la communication, nous avons l’impression qu’il nous est parfois proposé de faire plus avec moins. Nous pensons nous que la modernité et l’efficacité pour répondre aux besoins ne peut pas faire l’économie de plus de moyens financiers et humains.

Je vous remercie

Publié le

28 septembre 2016

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