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Intervention de Sergio Tinti relative au dispositif Paris escalde

Madame la Maire,

Nous voulons d’abord saluer les efforts faits par la Mairie de Paris en faveur de la pratique de l’Escalade avec la construction de nouveaux équipements, et cela depuis 2 mandatures notamment les Structures Artificielles d’Escalade (SAE).

Le lancement de ce dispositif "Paris Escalade" soulève un vrai débat dans le monde de la grimpe. Celui de la pratique de l’escalade en dehors des clubs dans les équipements sportifs de la ville.
Nous avons questionné nombreuses structures sportives à ce sujet et tout particulièrement sur la proposition du lancement du dispositif qui fait l’objet de cette délibération.
Nous voulons vous faire partager ces questionnements qui sont aussi les nôtres.

Dans l’exposé des motifs de la délibération, vous dites

• vouloir optimiser l’utilisation des installations et répondre à une demande de pratique non satisfaite par l’offre des associations. Nous ne partageons pas ce constat. En effet, après avoir sollicité des associations notamment dans le 13/14e et 19e arrondissement, c’est bien le manque de créneaux qui est considéré comme le premier obstacle à une meilleure et plus importante capacité à répondre aux besoins des pratiquants. Ainsi que, comme L’institut Régional de Développement du Sport(IRDS) que vous mentionnez l’affirme, la qualité des équipements. Ces contradictions semblent témoigner d’un manque de concertation avec les clubs et les associations parisiennes. Manque de concertation que nous regrettons.

La première question à la quelle la Ville devrait répondre en lançant un nouveau dispositif serait de répondre en priorité aux demandes des clubs, pour élargir leur offre aux pratiques autonomes accompagnées dans un cadre de développement de SAE à la hauteur du développement de cette activité.

• Vous dites vouloir répondre à une demande qui aujourd’hui trouve une réponse seulement dans le privé. En effet, avec la proposition de tarification des offres, vous nous proposez de faire nôtre une conception consumériste des pratiques sportives proposées par la Ville, propre au privé. Cette conception n’est pas la nôtre.

Nous nous battons depuis toujours pour une pratique sportive émancipatrice. Les projets associatifs dans le monde Parisien de l’escalade sont riches en la matière.

Le sport n’est pas seulement un moyen de transpirer, mais aussi une relation de vie avec les autres. La pratique associative favorise la rencontre et l’échange et sécurise les pratiques. Dans le cadre associatif, la vérification de l’autonomie est effectuée lors de l’accueil des nouveaux, tout comme l’initiation des débutants. Au-delà des fiches de suivi mises en place, la pratique partagée entre expérimentés/débutants permet une meilleure acquisition des techniques de grimpe et d’assurage. La pratique associative permet de structurer les apprentissages, un grimpeur peu autonome peut être amené́ à son rythme vers l’autonomie en pratiquant avec des personnes plus expérimentées.
La pratique de l’escalade en surface artificielle n’est pas une finalité en soi, la finalité doit être d’amener sur site naturel, vers le rocher, vers la montagne.
La pratique associative permet la découverte de l’escalade en site naturel quelque soit son niveau. L’encadrement bénévole, le fait de se connaitre au sein de l’association permet d’acquérir une autonomie rapide en site naturel. Les sorties proposées ont un coût beaucoup plus faible, environ 1/3 du prix proposé par le privé.

Enfin, les associations contribuent à l’animation sportive et culturelle de leur quartier, par des initiatives populaires de découvertes et/ou des journées « échanges sportifs », par exemple le Tour des buttes Chaumont dans le 19e et le partenariat avec le Palais de la femme dans le 12e.

• Au sujet de la grille de tarifs, vous proposez 10€ et 5€ la séance pour les deux offres encadrées, alors que la moyenne du prix de la licence annuelle des clubs d’escalade varie entre 60 à 110€, pour plus d’une centaine de séances, ce qui revient à moins de 1€ la séance.

Ainsi ce nouveau dispositif, porté par le service public et que vous proposez, est 5 à 10 fois plus cher que la pratique en club. De ce fait, ce dispositif n’encourage pas la pratique de l’escalade pour les publics défavorisés auprès desquels agissent les clubs.

D’un autre coté, vous proposez la gratuité pour les individus expérimentés qui ne paieront ni cotisation, ni location d’installations. Dans un premier temps à partir de sa réouverture, sur le mur d’escalade du C.S. Poissonnier, mur externe qui nécessitera une manutention et des contrôles beaucoup plus importants que les structures situées à l’intérieur des Centres Sportifs.

En conclusion nous considérons que dans l’état, cette délibération ne nous semble pas, comme vous la présentez, « une nouvelle offre de service public ».

Il nous parait prématuré de mettre en place le dispositif « Paris escalade » sans prendre en compte l’avis des utilisateurs actuels.

La ville, comme elle a su le faire dans d’autres domaines, doit, dans un cadre de concertation, réaffirmer ses relations avec les clubs dans la gestion et l’animation des murs, inciter les actions en direction des publics défavorisés, animer la consultation pour la création de nouveaux murs ou l’amélioration de murs actuels. Mais aussi recenser les murs sous-utilisés dans les établissements scolaires pour étudier la possibilité́ de les ouvrir dans un dispositif où les pratiques autonomes et associatives pourraient être complémentaires.

Cette démarche de concertation nous semble « le préalable » à la réussite de ce projet dans une vision moderne de la gestion et l’organisation des pratiques sportives dans les équipements sportifs parisiens.

Publié le

21 octobre 2014

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