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Intervention de Sergio Tinti sur l’Euro 2016

Intervention en séance du conseil de Paris des 17, 18 et 19 novembre 2014

Madame la Maire,

L’accueil du prochain championnat d’Europe de football par la France, et la réception de plusieurs de ses matches à Paris est une très bonne nouvelle pour notre ville, comme pour notre pays.

L’accueil d’un événement aussi important, suivi dans le monde entier, participe au rayonnement de Paris, et démontre qu’elle est capable de relever ce beau défi international.

L’Euro 2016 doit entrer dans l’histoire du sport par l’audace et l’innovation, pour l’avenir du sport et les futures générations de sportives et de sportifs. En effet, dans le contexte international actuel, l’organisation de cet événement doit être l’occasion de relever plusieurs défis. Ceux de la paix et de la fraternité entre les peuples, celui de l’enjeu écologique, mais aussi les enjeux économiques et sociaux qui traversent le sport dans cette période de crise économique mondiale.

Nous souhaitons que l’Euro2016 soit porteur de solidarité et de convivialité au sein de la « Fan Zone » bien sûr, mais aussi dans les quartiers, les bars et les restaurants de notre ville. Faisons en sorte que la jeunesse parisienne, notamment celle des quartiers, puisse assister à ces matches, et favorisons les initiatives autour du sport dans nos arrondissements, dans nos équipements comme sur l’espace public. Tout le monde, du sportif passionné à l’amateur de circonstance, doit pouvoir s’approprier cet EURO.

L’organisation d’un tel événement doit être l’occasion de fédérer la grande famille des pratiquants du football, qu’ils soient professionnels, amateurs réguliers ou occasionnels ainsi que les supporters. Tous doivent être associés dans l’organisation et devront en être les bénéficiaires.

C’est d’ailleurs là-dessus que nous serons jugés. Au-delà de la qualité intrinsèque de la compétition sportive, sur laquelle nous n’avons que peu d’influence, l’empreinte parisienne se distinguera par « l’à côté », par les messages que nous ferons passer au travers de son organisation.

Le message doit être clair : promouvoir un sport pour tous, vecteur d’émancipation humaine. Nous sommes aussi convaincus que cet événement doit contribuer à convaincre de la nécessité de protéger l’intégrité des sportives et des sportifs contre le dopage, le racisme, l’homophobie et la xénophobie.

Cette fête aura bien évidemment des retombées économiques non négligeables dans tous les secteurs de la ville : culturel, hôtelier, commerçant, et — nous l’espérons aussi — au niveau de l’emploi. Mais, face à de telles attentes, comment pouvons-nous accepter la scandaleuse exonération d’impôts sur les bénéfices, générés par la compétition au profit des organisateurs ? Cette disposition, promise lors de la mandature de Nicolas Sarkozy, permettra à l’UEFA et la FFF, par le biais de la société « EURO 2016 SAS », de ne contribuer en rien à l’effort fiscal. Celui-là même qui a été demandé à maintes et maintes reprises aux ménages et aux collectivités.

Avons-nous déjà oublié que la candidature de la France à l’Euro a été un cheval de Troie pour la pensée libérale et capitaliste dans le sport ? En effet, en transformant totalement le modèle économique du sport avec le recul de l’intervention publique et des collectivités territoriales dans la construction des stades (Nice, Marseille, Lyon, Bordeaux...) au profit du privé avec l’avènement des PPP, du naming, des loges VIP, etc..., plus de 150 millions d’euros ont été prélevés sur le CNDS au détriment des installations sportives et le sport de proximité. Cette disposition de 2011, sur le financement des grands stades pour l’Euro, crée un véritable régime d’exception avec la possibilité pour un opérateur privé de bénéficier de subventions publiques des collectivités.

Déjà en 2010, sur demande de Nicolas Sarkozy, Président de la république, deux rapports avaient vu le jour : le rapport d’Éric Besson, intitulé « Accroître la compétitivité des clubs de football professionnel français » et le rapport de Philippe Seguin de la commission « grands stades ». L’objectif de ces deux rapports est le même : moderniser les stades pour en faire des lieux de rentabilité. Il faut désormais passer d’une logique d’investissement public à une logique d’investissement privé. Devons-nous entériner cette marchandisation du sport ?

Il est pour le moins amer de constater que l’UEFA, qui prône le « fair-play financier » pratique le « hold-up » fiscal quand il s’agit de ses propres revenus.
Ces grands évènements sportifs créent de la ferveur, des envies de pratiquer du sport, des vocations. Le nombre de licenciés après chaque grande manifestation sportive de ce niveau se multiplie. Quoi de plus cohérent que d’accompagner ce développement par une politique d’investissement à la hauteur des nouveaux besoins grâce à l’investissement d’une partie des gains engendrés par ces grandes organisations ? Pourquoi ne pas créer un fond spécial, comme lors des championnats du monde en 1998 (Fond Sastre) pour soutenir la vie associative et les pratiques amateurs ?
Nous sommes, certes, favorables à l’accueil de cet EURO 2016, mais néanmoins, nous appelons le gouvernement à tenter, par tous les moyens dont il dispose, de revenir sur cette décision prise par le gouvernement Sarkozy, dans une vraie logique libérale, et à ne surtout pas étendre ce dispositif à des évènements futurs, comme cela a été annoncé dans la presse. C’est le sens, d’ailleurs, du vœu rattaché que nous déposons dans ce conseil de Paris.

Je vous remercie.

Publié le

18 novembre 2014

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