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Intervention de jean Noël Aqua sur la régie publique de l’eau "Eau de Paris"

Intervention en séance du conseil de Paris des 17, 18 et 19 novembre 2014

Mes chers collègues,

La publication des deux rapports de la cour des comptes sur la régie eau de Paris et sur la gestion de la Ville de Paris dans le cadre de la politique de l’eau, nous confirme que la décision de la majorité de gauche de remunicipaliser la gestion de l’eau était le bon choix. Combat de longue durée des communistes parisiens, la remunicipalisation de l’eau s’est traduite par la diminution du prix au robinet, une qualité de l’eau reconnue et des investissements accrus dans l’infrastructure. Notons qu’elle a permis la première diminution des tarifs depuis près de 30 ans dans une période qui n’y était pas vraiment propice. La cour des comptes que l’on ne pourra pas taxer de parti pris communiste, le confirme sans ambiguïté dans ses deux rapports : la gestion par le service public est à la fois juste socialement et efficace économiquement. Il est à souhaiter, mais pouvons-nous nous permettre de rêver un peu ?, que les thuriféraires du marché de toutes obédiences sauront l’entendre.

Les efforts déployés par la Mairie ont donc été payants. Les indicateurs économiques, environnementaux comme ceux concernant le rendement du réseau sont bons. Les certifications de qualité sur le service public de l’eau parisien, sur la satisfaction des usagers, la prévention des risques environnementaux la prévention des risques de santé prouvent que notre gestion est exemplaire à bien des titres.

Nous sommes donc heureux de lire dans ce rapport une validation d’un des éléments marqueurs de la gauche à Paris. Revenir sur les dispositions prises par la droite dans les années 80 et se sortir des griffes des grands groupes de distribution est possible. Une gestion en régie publique est donc non seulement possible mais souhaitable, car porteuse d’un véritable progrès pour les habitants en termes de prix comme de qualité.

Le choix de retirer la gestion de l’eau aux multinationales, de considérer que l’eau doit être gérée par la collectivité est une réelle avancée politique et sociale.

Nous devons désormais faire plus dans l’intérêt des Parisiennes et des Parisiens. Je pense notamment à une tarification sociale de l’eau et à la gratuité des premiers mètres cubes avec une ambition plus large que celle des aides à la facture d’eau aux plus démunis proposées aujourd’hui par la Ville.

Cela fait partie de nos engagements de campagne, et nous serons vigilants sur sa mise en place. L’étude qui sera lancée en décembre nous permettra d’arriver à ce nouvel objectif politique. C’est pourquoi nous nous attachons, dans cette disposition ou le technique conditionne grandement le politique, à étudier et évaluer l’ensemble des solutions possibles, l’ensemble des éléments du débat.

Pour conclure, je voudrais poser quelques questions sur l’implication de l’Etat dans la politique publique de l’eau.

Si notre décision en faveur d’une gestion publique en démontre l ‘efficacité sociale et économique, force est de constater qu’elle est peu soutenue par l’Etat. C’était compréhensible au cours des deux dernières mandatures de la gauche parisienne, puisqu’à l’époque la France était sous le coup de majorités de droite qui n’ont à proposer en matière d’intérêt commun, que les intérêts privés, quand ce ne sont pas ceux du Medef ou des grandes fortunes.

Pourtant les différentes initiatives fructueuses de retour en régie publique de l’eau devraient inciter l’Etat à promouvoir une gestion commune de ce bien commun. Service public ou pôle public… il y a urgence à généraliser une gestion publique sur l’ensemble du territoire.

Il serait désormais judicieux qu’une majorité gouvernementale qui se dit de gauche construise un service public de l’eau. Un service qui serait facilement finançable, au regard des bénéfices engendrés par la gestion de l’eau en France, ne serait-ce que pour accompagner les initiatives de retour en régie similaires à la nôtre.
L’eau est l’un des enjeux majeurs du monde de demain. L’accès à l’eau est particulièrement impacté par le réchauffement climatique lié aux gaz à effet de serre. L’accès à l’eau est à l’origine de conflits armés et de tensions géopolitiques. Seules des réponses globales prenant appui sur la puissance des états permettront de répondre à ces enjeux. Il serait donc temps qu’au niveau des Etats et au niveau international, on fasse le choix entre puissance publique et marchés, le choix entre biens publics et marchandises. Seul ce genre de réponse permettra de satisfaire les besoins et les droits de chaque être humain dans le cadre d’un développement durable respectueux de l’environnement.

Publié le

18 novembre 2014

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