Rechercher sur le site

Intervention de Jean Noel Aqua pour la création du fonds vert des villes et des collectivités

Intervention en séance du conseil de Paris des 13, 14 et 15 avril 2015

Jean Nöel Aqua a salué l’ambition de la proposition de délibération portée par le groupe écologiste de Paris. Il est important de se mobiliser pour aider les collectivités locales de pays moins développés à dépasser les énergies fossiles

Madame la Maire,
Mes chers collègues,

Nous voici donc à la quatrième délibération portée par un groupe de notre conseil.
Après le groupe socialiste, le nôtre et l’UMP, nos amis et collègues verts étaient attendus.

Cher-es collègues, votre proposition de création d’un « fonds vert des villes et des collectivités » est intéressante et ambitieuse.

L’exposé des motifs est édifiant quant à la motivation de la création d’un tel fonds. Le réchauffement climatique est un enjeu global et de long terme, qui appelle une réponse elle aussi globale et de long terme. En citant la délibération, je dirai qu’elle suppose aussi de « dépasser la logique de concurrence », ce qui amène naturellement à développer la coopération mais aussi le service public comme nous y reviendrons à une autre occasion dans ce conseil.

La prise de conscience bien tardive du dérèglement climatique par bon nombre de gouvernements, n’est pas pour rien dans les retards pris dans la mise en place de politiques qui s’attaquent à ce fléau. Déjà, dans de nombreux pays du sud, les conséquences humanitaires dramatiques du réchauffement se font jour : exodes de population, précarisation généralisée, et mise à mal des structures d’exploitation de la terre et de la mer…

Comme à chaque fois qu’un problème se pose au plan mondial, il convient que les États se mobilisent et prennent des engagements fermes, comme ils se doivent de le faire en décembre à Paris lors de la COP 21.

Mais il convient aussi que les collectivités locales des pays « riches » se mobilisent afin d’apporter des solutions à des pays moins développés pour les aider à se passer des énergies fossiles. En effet, les populations pauvres doivent déjà faire face à tant de défis sociaux que les défis environnementaux qui ont des conséquences sociales graves mais souvent à long terme, sont souvent passés à la trappe de l’urgence humanitaire. Mais ces populations ne doivent pas être victimes d’une double peine, en subissant la pauvreté et les conséquences de leur retard pour lutter contre le réchauffement. La coopération envers ces populations est donc de prime importance. Et puis, au-delà de la nécessaire coopération, la pollution n’ayant pas de frontière, nous avons effectivement intérêt à ce que tous les pays puissent se mobiliser. Le fonds proposé vise à accélérer cette coopération.

Comme il est proposé dans la délibération, il est sage tout d’abord de revisiter nos engagements dans le cadre de la coopération décentralisée, afin que cette thématique du dérèglement climatique soit repérée et évaluée. Bien entendu, il ne s’agit pas d’imposer à nos partenaires de quelconques solutions qui n’auraient pas leur agrément ou qui seraient en décalage avec les moyens qu’ils peuvent y consacrer. Cela vaut tant pour les moyens financiers que pour la technicité nécessaire à la mise en place de politiques alternatives.

Nous le savons, l’accès à l’eau potable est souvent une demande récurrente de ces pays engagés avec Paris dans des protocoles de coopération. Nous avons aussi à cœur de développer l’accès à l’éducation et à la formation.

Il est donc sage de commencer par cet état des lieux. Ensuite, il convient que ce fonds ne soit pas abondé uniquement par les collectivités adhérentes, et que nous espérons nombreuses, mais aussi par les dispositifs de coopération nationales et européennes. Il serait donc souhaitable que suite à cette délibération, des contacts soient pris avec le Ministère en charge de la coopération et avec la commission européenne afin que ce fonds puisse être éligible à des crédits publics tant nationaux qu’européens.

Il convient une nouvelle fois de dénoncer ici la baisse des crédits de la coopération du gouvernement français. Malheureusement la doctrine Reaganienne du « Trade not aid » a fait du mal, et a eu des répercussions y compris sur la politique française. La chute des crédits de la coopération a commencé sous l’ère Sarkozy mais se poursuit en ces temps d’austérité. La réponse au réchauffement ne pourra se faire uniquement par des initiatives locales et les états développés doivent s’engager à l’occasion de la Cop21 pour soutenir les pays pauvres à se libérer des énergies fossiles.

Les collectivités peuvent et doivent amorcer le processus. En 2001 Paris a su être la première à se mobiliser contre le SIDA sous la forme d’un fonds contre le SIDA dans le monde et en particulier en Afrique sub-saharienne, entrainant d’autres grandes villes dans ce combat. Nous devons prendre notre part dans le formidable mouvement actuel visant à promouvoir un développement soutenable en modifiant les comportements chez nous en Europe, comme dans les pays du sud afin, que la catastrophe annoncée puisse être évitée.

Voilà pourquoi nous souhaitons être associés à ce processus et que nous soutiendrons cette délibération.

Publié le

13 avril 2015

Auteur-e-s