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Intervention sur l’AP-HP

Intervention de Ian Brossat

Je me réjouis, avec l’ensemble des orateurs je suppose, d’avoir aujourd’hui ce débat, essentiel pour Paris, essentiel pour la vie des Parisiens.
Dans la situation particulière qui est celle de l’AP-HP, je crois qu’il est important de rappeler les buts que nous poursuivons. Parce qu’ils sont le cœur et la définition du droit à la santé. Du droit à être soigné quand on est malade ou accidenté.
Tout d’abord, il s’agit pour nous de maintenir une égalité économique et territoriale. En cette période de crise où l’on rogne sur tout, les familles n’hésitent pas à reporter un rendez-vous chez le médecin ou à renoncer à une dépense de santé. Notre objectif est qu’ils n’hésitent pas à se soigner, quels que soient leurs moyens ou leur lieu d’habitation. La santé doit être au plus proche et au plus accessible.
Ensuite, nous tenons à défendre coûte que coûte la formidable institution de recherche publique et d’enseignement qu’est l’AP-HP. L’idée du gouvernement est de l’aligner vers le bas, au prétexte toujours d’un service public trop peu rentable. Or l’AP-HP est probablement l’un des groupes hospitaliers les plus en pointe d’Europe, à l’origine de près de 50% des publications de recherche médicale en France. C’est pour cette raison que son statut et celui de ses personnels sont exceptionnels.
Enfin, et cela me tient très à cœur, nous nous battons aujourd’hui pour que les personnels de l’AP-HP bénéficient de conditions acceptables de travail et de vie. Pour que leur choix et leur vocation pour le bien de tous et celui des patients soient reconnus à leurs justes valeurs. Ce choix est profondément humain, il est admirable. En nivelant les conditions de travail vers le bas, en accentuant toujours plus la pression sur les personnels, on vide ce choix de tout son sens. On le déshumanise autant qu’on le méprise. Aujourd’hui, les personnels tirent la sonnette d’alarme. L’AP-HP doit l’équivalent d’un million d’heures à ses agents. La souffrance au travail atteint un niveau tel que l’on a déploré 12 suicides l’année dernière.

Le gouvernement et la ministre répètent à l’envi tout l’intérêt qu’ils portent aux personnels hospitaliers. C’est une curieuse manière de le faire quand on valide 4000 suppressions d’emploi. Ce qui revient par contrecoup à dégrader les conditions de travail des salariés qui restent. Plus nauséabond encore, le terme de cette logique comptable à courte vue est connue : c’est la baisse d’activité. Avec de telles coupes sombres, on voit difficilement comment il pourrait en être autrement. Encore une fois, les personnels sont une variable d’ajustement, et indirectement, les malades. Les patients les plus favorisés n’auront pas de problème à se tourner vers le privé, j’en suis certain. Mais les autres ? Qu’ils se débrouillent, nous dit le gouvernement, comme d’habitude, fidèle à son idéologie injuste.
Quand on examine cette situation et la réponse du gouvernement d’un peu plus près, le doute n’est pas permis. La manière est détestable mais elle est connue. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage. On publie par exemple ce qu’on appelle « un rapport accablant sur l’hôpital public » - et comme par hasard, le million d’heures que doit l’AP-HP, que j’évoquais tout à l’heure, ou les 12 suicides en 2009, on n’en parle pas. Cela nuirait à la démonstration. Et on sait bien que les mots, à la différence des actes, comptent pour ce gouvernement, à conditions qu’ils aillent tous dans le même sens.
Pour les hommes et les femmes qui font l’AP-HP tous les jours, cette démonstration est d’une cruauté qu’on voudrait inimaginable mais qui ne surprend plus personne. Le groupe de travail spécifique mis en place par la Ville a ainsi pu entendre les représentants du personnel qualifier la restructuration actuelle de « violente » et de « maltraitante ». La représentante de la CGT, Mme Rose May Rousseau, a raconté par exemple de quelle manière ubuesque les médecins découvraient après coup « les projets » les concernant, c’est-à-dire la remise en cause des services et des structures, y compris ceux et celles qui fonctionnent bien comme l’hôpital Trousseau ou le centre de greffe de Paul Brousse. L’amour est aveugle, comme on dit : surtout celui de la ministre de la Santé.
Mais il doit être sourd, aussi, parce qu’il n’entend pas les personnels de l’AP-HP qui protestent et qui manifestent, comme aujourd’hui, sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Sourd et aveugle, ou tout simplement malhonnête. Car comment croire ce gouvernement quand il prononce un moratoire, le temps de négocier et de réexaminer la situation, qu’il ne respecte même pas ? Comment croire à sa bonne foi quand il refuse le débat politique pour se retrancher derrière des arguments partiels, lacunaires et uniquement technocratiques ? Comment le croire quand il montre tous les jours que le droit à la santé n’existe pas pour lui ?
C’est la première fois dans l’histoire de l’AP-HP que toutes les catégories de personnels refusent d’une même voix ce que l’Etat veut lui imposer. Car personne ne peut rester sans réagir quand on tente de vous poignarder dans le dos. Quand 900 médecins menacent de démissionner de leurs fonctions administratives, c’est le poignard brandi par le gouvernement qu’ils nous montrent du doigt. Un poignard à deux coups – on ne sait jamais, il vaut mieux être sûr que la bête est bien morte : d’abord le regroupement de 37 hôpitaux sur 12 sites, ensuite les suppressions de postes, les fermetures de services.

Soyons clairs, soyons fermes, Monsieur le Maire, nous sommes radicalement opposés à cette réforme.
Dans la situation qui est celle de l’AP-HP, il y aurait pourtant des mesures à prendre, réclamées par les médecins et les personnels, mais qui vont dans le sens contraire de ce que le gouvernement tente de mettre en œuvre. L’AP-HP mérite des évolutions, mais pas celle-ci. Pas ce coup de poignard dans le dos. Pas cette cure d’amaigrissement forcée. Pas cette logique à courte vue qui nous conduit à la catastrophe. L’offre de soin n’est pas trop grande à Paris. En tant que Parisien, je n’ai pas l’impression que l’offre excède la demande, et de très loin. Et je ne crois pas qu’un seul élu, même de droite, puisse aller de bonne foi à la rencontre des Parisiens et croire qu’il va les en convaincre. Nous savons tous, ici, qu’il nous faut continuer à renforcer l’AP-HP, que certaines parties du territoire parisien sont en manque de santé publique.
Alors, je vous en prie, et je m’adresse à nos collègues de l’UMP, prenez donc vos responsabilités d’élus de Paris. Dîtes, vous aussi, à Madame Bachelot qu’elle se trompe, et qu’elle trahit le principe de santé publique qu’elle représente. Dans les arrondissements, il n’a échappé à personne que vous votiez vous aussi, avec nous, contre les fermetures de services et d’établissements. Il n’a échappé à personne que M. Debré dont on se demande ce qu’il fait encore au groupe UMP est devenu le pire ou le meilleur contempteur de la politique gouvernementale en matière de santé. Allez donc au bout de votre logique.
A l’occasion de ce Conseil de Paris, un vœu déposé par Monsieur Goasguen ne me laisse cependant que peu d’espoir. En plein débat sur l’AP-HP, en pleine lutte pour le droit à la santé, alors que nous devrions tous soutenir les personnels, que fait le Maire du 16e arrondissement ? Encore une fois, il prouve son mépris pour ces personnels en revenant sur Sainte Perrine pour empêcher la construction de logements pour infirmières. On connaît le refrain du « logement social, oui, mais pas chez moi ». Nous avons désormais celui des « infirmières et des infirmiers, oui, mais pas chez moi non plus ». Décidément, à part construire des logements réservés aux électeurs UMP, je ne vois plus comment vous satisfaire.
A propos de Sainte Perrine, je veux dire à mes amis du groupe Vert qui se battent ce matin à nos côtés, pour la santé publique et ses personnels, que j’attends beaucoup d’eux sur cette question de Sainte-Perrine. Je ne voudrais pas voir des larmes de crocodiles versées sur l’hôpital d’un côté, et une alliance contre-nature de l’autre pour faire échec de logements pour infirmières. Et je ne voudrais pas qu’ils participent, l’air de rien, à l’affaiblissement de l’AP-HP en refusant le logement de ses personnels.
Mon dernier mot s’adresse d’ailleurs à ces personnels de l’AP-HP qui manifestent en ce moment, sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Je veux leur dire tout le soutien des élus de notre groupe. Ce combat qu’ils mènent, nous le menons avec eux. Je les admire pour ce courage de tous les jours, ce sens de l’Intérêt Général sans faille. Et c’est en pensant à eux que je veux faire cadeau au Président du Groupe UMP de cette tasse spécialement décorée pour lui et pour ses amis du gouvernement. J’espère désormais qu’il pensera aux personnels, lui aussi, en prenant son thé ou son café, le matin. Je vous l’assure : vous ne risquez pas de tomber malade.
Je vous remercie.

Publié le

12 mai 2010