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Intervention sur le devenir du Palais Brongniart, « ancien bâtiment de la Bourse »

Intervention d’Alain Lhostis

Le Palais Brongniart ancienne bourse des valeurs, propriété de la Ville de Paris, déserté depuis des années en tant que lieu d’activité de la finance, accueillait un certain nombre d’activités tournées vers l’événementiel, isolé par des grilles du reste du quartier.
L’appel à projets lancé par la Ville de Paris a laissé espérer qu’en plein cœur de la capitale, dans un espace de grande dimension, et compte tenu des éléments du cahier des charges qui prévoyait une ouverture large au public tout au long de l’année et sur l’ensemble des espaces du Palais, qui plaçait également au centre, l’innovation et l’économie sociale et solidaire, avec une forte création d’emplois ; la symbolique ancienne du lieu serait remplacée par celle d’un changement radical et novateur, reposant sur des objectifs sociaux et solidaires.
La commission pluraliste, dans laquelle je représentais le groupe communiste et des élus du Parti de gauche, a pu examiner sérieusement les trois projets, y compris par une audition des candidats.
Tous les participants ont reconnu la qualité, au regard de la thématique solidaire, du projet du groupe SOS, acteur reconnu de ce secteur. Aucun des deux autres participants ne s’appuyait sur cette dimension pourtant majeure pour une municipalité comme la nôtre.
En définitive le choix qui a prévalu est celui affirmé de la sécurité, notamment dans le rendement financier.
Il est certain que la plupart des membres de la commission n’ont pas voulu examiner concrètement ce qu’était le mode de fonctionnement d’un groupe non capitalistique. Il est évident que le groupe GL Events qui pèse aujourd’hui six cents millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 35 % à l’international, et qui n’est donc pas le petit groupe provincial tel que présenté en commission par un membre de l’exécutif, présente, pour ceux qui ont une lecture libérale, beaucoup d’intérêt. D’ailleurs le même élu, a également déclaré « le pire c’est de perdre l’image de place financière pour Paris ». Pour ma part, si l’image de place financière de la Ville de Paris est celle qui a été donnée ces derniers mois par les traders, Golden Sachs, les spéculateurs contre les Etats et les peuples grecs, espagnols ou portugais, eh bien, je pense que cette image-là est détestable et que nous aurions pu au contraire, en choisissant un intervenant reconnu et qualifié du secteur de l’économie sociale et solidaire, faire en quelque sorte un pied de nez à l’histoire de ce lieu ou, autrement dit, oser le social et solidaire.
Cette image de place financière est d’ailleurs très bien symbolisée hier soir dans le billet du polémiste d’un grand quotidien du soir qui écrit : « les marchés sont volatiles et mêmes volages. Mais ils ne font pas dans le sentiment. Ils se fichent éperdument du Marché commun, qu’on appelle aujourd’hui l’Union Européenne. Leur seul souci est de s’en mettre plein les poches. Et si, par-dessus le marché, on entrave leurs spéculations, bonjour les dégâts ! Les marchés sont exigeants : ils marcheraient sur le corps de leur mère pour gagner quelques millions. Dès l’ouverture des cours, ils manifestent leur humeur et sont capables de transformer ce bazar en grand souk. » Je laisse donc à chacun ses symboles : Paris place de la finance ou Paris solidaire.
Si l’on prend le second critère le plus important à nos yeux, celui de l’emploi, je me permets de lire une phrase dans la note de la direction du développement économique et de l’emploi et de l’enseignement supérieur de la Ville de Paris : « un défaut est cependant commun à ces trois contributions, aucune n’a raisonné en créations nettes d’emplois. Les éléments fournis sont donc de ce fait, difficilement exploitables. »
Même si l’on prend le critère de la redevance versée à la Ville de Paris, le groupe SOS apportait une proposition quasi identique à celle de GL Events.
Certes, ce dernier groupe a pris des engagements au regard d’une certaine ouverture sur la vie associative et du quartier, mais que pèseront ceux-ci face aux objectifs de rendement des actionnaires de ce groupe ?
Ce lieu, restera donc en réalité fermé sur lui-même au sens qu’il sera ouvert à un public familier du CAC 40, de la restauration certes de qualité, mais de luxe. Du point de vue de l’ouverture vers l’extérieur, je note que le seul candidat à avoir proposé une ouverture des grilles dans la journée était le groupe SOS. Pourtant le cahier des charges précise que « chaque candidat est invité à présenter un projet ayant vocation à animer, sur l’ensemble de l’année, la vie du quartier et à s’ouvrir autant que possible sur son environnement, en s’intégrant dans le contexte urbain du centre de Paris ». Eh bien, si nous votons pour le projet de GL Events, c’est raté !
Nous allons donc avoir un nouveau lieu événementiel, plus prestigieux au sens clinquant du terme, au lieu d’un espace au cœur de Paris, certes accueillant des événements mais qui aurait pu être largement ouvert à la population qui en a bien besoin dans des quartiers où les mètres carrés de déambulation, de rencontres, de solidarité sont si rares.
La commission s’est prononcée majoritairement, ainsi que le conseil du 2ème arrondissement, favorablement pour ce choix. Notre groupe ne peut cependant donner quitus à une démarche inaboutie au plan de ses objectifs affirmés, sociaux et solidaires. En conséquence, nous nous abstiendrons.

Publié le

12 mai 2010