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Jean Bouin doit rester Jean Bouin

Nous nous opposons à ce que la ville autorise une opération de "naming" sur la stade Jean Bouin. Les équipements publics doivent être vecteurs de valeurs et de mémoire. Jean Bouin était un athlète français, médaillé olympique sur 1.500 mètres en 1912 à Stockholm, et mort pour la France en 1914. Débaptiser ce stade est une erreur.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Merci, Monsieur le Maire.

Ce n’est pas une surprise, nous voterons contre, non pas parce que c’est une convention d’occupation du domaine public, mais parce que, comme M. HÉLARD l’a évoqué, le modèle économique qui repose sur cette convention est d’abord un modèle économique qui introduit le "naming" pour 2 millions d’euros. Vous savez que, pour nous, le "naming" est symbole de la marchandisation du sport. Vous allez dire que c’est exagéré. Sauf qu’il s’agit de quoi ? Il s’agit de donner une marque à un patrimoine public qui a été financé à 100 % par les Parisiens, et de le vendre comme un produit. Il s’agit évidemment d’une marchandisation, peut-être pas du sport en lui-même, mais du patrimoine sportif de la Ville de Paris.

Depuis 2013, la Ville s’est dotée de ce stade municipal pour le développement de notre ville. Il héberge aujourd’hui le Stade français, l’un des plus vieux clubs de sport de France, dont l’histoire est étroitement liée à celle de notre ville. Jusqu’alors, le stade propriétaire de la ville était géré par la Ville. Des C.O.D.P. étaient passées avec le Stade français les jours de match et sur les lieux de vie.

La délibération qui nous est soumise aujourd’hui propose de passer une nouvelle C.O.D.P. avec le club qui permettrait de gérer entièrement l’enceinte toute l’année. Une première question me vient à l’esprit : ne sommes-nous plus capables ou pas capables, en régie, de gérer un stade comme Jean-Bouin ? J’entends les coûts d’entretien, de gestion, d’exploitation. Mais ne devrions-nous pas être capables de diversifier les événements et activités sur le site, et faire en sorte d’amortir ces coûts ? J’enchaîne sur le fait qu’en perdant la gestion, nous perdons aussi des savoir-faire et des compétences. Dans 10 ans, je ne sais pas si la Ville aura encore les savoir-faire et les compétences.

Enfin, le modèle économique que souhaite mettre en place le stade Jean-Bouin pour se développer ne s’arrête pas à la seule exploitation. Le modèle économique ne repose pas tant sur l’exploitation du stade proprement dite que sur l’exploitation publicitaire. Il compte tellement dessus que si la Ville est propriétaire, l’architecte, en vertu du droit qu’il tire de sa propriété intellectuelle, s’oppose à cette possibilité de "naming", ils peuvent se retirer de la C.O.D.P. En effet, sur les 6 à 7 millions d’euros de budget que le Stade français Gestion envisage, 2 millions sont escomptés au titre du "naming". C’est une part importante et remarquable quand on la compare, par exemple, à AccorHotels Arena ou à d’autres stades comme le stade Vélodrome. En d’autres termes, c’est un tiers de leur modèle économique et de leur projet qui reposera sur le "naming". Laissez-moi vous dire, mes chers collègues, que l’équilibre financier est extrêmement précaire.

Nous refusons cette pratique qui consiste, pour une marque, à acheter le nom d’un patrimoine pour en retirer des bénéfices en termes d’image et de notoriété. Bien plus efficace qu’un encart publicitaire, c’est une avancée de la publicité dans la dénomination du patrimoine. Si nous ne réagissons pas, c’est l’ensemble de notre paysage urbain qui va être transformé en peu de temps. Nous nous étions fermement opposés, à l’époque, à l’opération du palais omnisports de Paris-Bercy, l’une des plus grandes salles de spectacles de notre pays. Cette privatisation de l’espace public pose une question d’ordre culturel : celle de la vente de l’espace public. Les différents équipements urbains sont des marqueurs symboliques de la ville. Leur nom et architecture sont des repères urbains, au même titre que les places, les rues ou les événements qu’ils accueillent. Ils participent à la construction culturelle de notre ville et à la transmission de la mémoire du patrimoine.

Jean Bouin était un athlète français, médaillé olympique sur 1.500 mètres en 1912 à Stockholm, et mort pour la France en 1914. L’histoire est simple. Alors que Paris est ville olympique et accueillera les J.O. en 2024, nous allons autoriser que la mémoire d’un athlète français médaillé olympique disparaisse pour être remplacée par une marque. Je vous le dis tout net : pour nous, c’est non. Nous ne voterons pas cette délibération. Nous ne laisserons pas passer le "naming". Si ce modèle économique est valable pour le patrimoine sportif, je vous pose une question : pourquoi n’est-il pas valable pour le reste du patrimoine public ? Pourquoi n’est-il pas valable pour le patrimoine cultuel, comme je l’ai évoqué au moment de la délibération des républicains ? Cela veut dire que l’on accepte la marchandisation du sport, que le capitalisme se développe dans le sport, mais pas dans d’autres endroits.

Je vous remercie.

Publié le

14 juin 2019

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