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Jean Noël Aqua sur les éco-organismes

Madame la Maire, mes cher·e·s collègues,

Vous connaissez l’attachement de notre groupe aux questions écologiques. Nous sommes intervenus régulièrement pour affirmer l’importance du développement de politiques publiques préservant l’environnement, en particulier sur la question d’une économie circulaire. La question des déchets est bien entendu au cœur de cette problématique.

Nous avons coutume de dire que le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. Nous, communistes, prolongeons cette réflexion en soulignant que c’est bien la société capitaliste qui fabrique des déchets à outrance, qui pousse à produire des déchets pour des seules fins financières.

On pense bien évidemment au marketing et à la publicité qui utilisent les emballages comme support de communication - et qui n’ont pas intérêt à ce que les emballages disparaissent. On pense bien évidemment aussi aux stratégies d’obsolescence programmée, qui délèguent le coût de la pollution à la collectivité.

Mon camarade Nicolas Bonnet a souvent évoqué ici le triptyque « produire / consommer / jeter » du mode de développement capitaliste. Il est important pour nous d’être radicaux et d’agir à la racine des choses. Comme nous l’avions souligné lors du Plan climat, nos propositions visent en premier lieu à éviter la production de déchets par les entreprises et les acteurs du secteur marchand.

Alors bien sûr, que faire des déchets qui sont effectivement produits ? Mettre en place une stratégie de recyclage et d’économie circulaire comme le met en place notre collectivité va dans le bon sens écologique. Le but est de voir les déchets comme une ressource, de limiter leur pollution, de diminuer l’empreinte écologique de notre territoire.

Alors avec cette délibération, vous nous proposez de poursuivre un partenariat avec Citeo pour optimiser le dispositif de tri sur Paris, en offrant aux Parisiens et aux Parisiennes des lieux de tris au plus proche de leur lieu de vie. Les objectifs de cette expérimentation sont louables. On observe que les Parisiennes et les Parisiens sont toujours plus nombreux et nombreuses à vouloir participer au tri et à la réduction de notre empreinte écologique. Tout ceci va dans le bon sens sur la motivation, et sur l’action concrète.

Mais nous nous interrogeons sur le partenariat avec Citeo, le nouveau nom de l’éco-organisme « Eco-emballage ». Je rappelle de les éco-organismes sont des sociétés anonymes de droit privé. Or, ils sont censés mettre en œuvre une politique publique importante, touchant à enjeux écologiques non-anecdotiques. Vous comprendrez ici la difficulté pour nous.

Il me semble que nous trouvons ici un parfait exemple du capitalisme vert. Il s’agit d’accompagner par des mécanismes de marché l’enjeu écologique, avec toutes les contradictions inhérentes au modèle économique retenu.

Je vois plusieurs critiques à opposer à ce type de structure. Leurs actionnaires sont de grands groupes industriels et distributeurs. On retrouve ainsi dans les actionnaires et administrateurs de Citeo des groupes comme Danone, Coca-Cola, L’Oréal, Nestlé, Fleury Michon, Carrefour, Système U, des groupes directement producteurs d’emballages, notamment comme supports publicitaires. Ont-ils vraiment intérêt par exemple à la suppression des emballages, qui servent largement leurs stratégies marketing ?

Ces groupes ont naturellement tendance à privilégier leurs intérêts au détriment de ceux des collectivités. Citeo se finance par une taxe sur les emballages. Autrement dit, plus il y a d’emballages, plus Citeo touche de financement. Nous ne sommes donc pas dans une logique fiscale mais dans une logique liée à la consommation.

La mise en place de ce type d’éco-organisme n’a-t-elle pas offert une caution couvrant une certaine inaction ? Comment comprendre que Carrefour attende que les « plasticks attacks », ces actions militantes qui promeuvent une réduction substantielle des emballages, débarquent en France, comme c’était le cas samedi dernier, pour annoncer une série de mesures visant à réduire son usage des emballages ?

J’ajoute que Citeo est en position de force : il n’y a pas d’acteur en capacité d’être une alternative économique. Nous avons donc tous les mauvais côtés du marché : un acteur monopolistique ou presque qui impose sa vision aux collectivités et cherche à maximiser ses profits. J’en profite pour vous poser la question : qui a proposé cette expérimentation ? L’impulsion vient-elle de notre collectivité ou de Citeo ?

Sur le plan opérationnel, nous souhaitons voir évoluer la législation en vigueur. Les éco-organismes doivent devenir des organismes de droit public. Ils doivent dépendre des collectivités qu’ils servent. Il nous semble plus approprié que ce soit le secteur public ou celui de l’économie sociale et solidaire qui soit impliqué sur ces enjeux, plutôt que des organismes de droit privé.

Nous voterons malgré tout pour cette délibération, au vu de l’absence d’alternative concrète et de l’importance de l’enjeu du tri et d’une économie circulaire. Mais ce vote est appelé à évoluer pour nous à raison des efforts qui seront faits pour sortir de ces partenariats avec les sirènes trompeuses du capitalisme vert.

Je vous remercie

Publié le

4 juin 2018

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