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L’Espace public doit être pensé pour les plus vulnérables

Nous sommes tous piétons, et en premier lieu les personnes les plus vulnérables : les enfants, les personnes en situation de handicap ou encore les personnes âgées. L’aménagement piéton doit d’abord se penser pour eux et bénéficiera à tous.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Mes chers collègues, Baudelaire écrivait dans le poème "Les foules", qu’il n’était pas donné à chacun de prendre un bain de multitude. Paris est une baisse illustration de cette foule qui se partage un espace public fait de grandes et de petites histoires.

Un des enjeux de cette mandature est bien de se réapproprier l’espace public parisien à l’échelle humaine. C’est un enjeu politique très important pour nous, communistes, dont notre mot d’ordre est l’humain d’abord. La piétonisation de Paris doit se penser d’abord pour les plus vulnérables pour profiter à toutes et à tous. Je pense aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes en situation de handicap notamment les malvoyants, et j’y reviendrai tout à l’heure.

Notre politique de piétonisation doit partir d’eux, les plus vulnérables, pour que l’espace public soit un droit absolu pour toutes et tous. La stratégie Paris Piétons, qui nous est présentée ici, met en place des chantiers qui vont dans le sens d’une démarche humaniste. Redonner de l’air et de la liberté aux Parisiennes et Parisiens est fondamental. Aménager une rue aux enfants, installer des équipements aidant les personnes en situation de handicap, multiplier les places piétonnes pour élargir l’horizon, travailler sur le développement des transports publics et leur accessibilité. Tous ces projets sont attendus par les Parisiennes et les Parisiens.

De plus, ce projet va dans le sens d’une démarche sportive avec la proposition de ratifier la Charte internationale de la marche et en développant des équipements sportifs dans la ville. Vous avez insisté, Madame la Maire, sur la sécurité des piétons. La délibération le souligne, mais il est important de le rappeler que, par exemple, en matière de sécurité routière, 56 % des tués à Paris sont des piétons et 70 % d’entre eux sont âgés de plus de 60 ans. La réalité est que circuler à pied à Paris n’est pas sans risque. Nous avons besoin de sécuriser la vie quotidienne de toutes et de tous.

Nous devons approfondir aussi la réflexion autour du genre et de l’espace public. Cette stratégie aurait gagné à prendre en considération les problèmes de harcèlement sexiste dans la rue. Si les femmes désertent la marche, les rues, notamment le soir, c’est bien parce qu’elles sont victimes de harcèlement au quotidien. Beaucoup d’entre elles ne sortiront pas ou préféreront prendre leur voiture pour avoir la paix et se sentir en sécurité. Régulièrement, nos élus font des maraudes, des marches sensibles exploratoires avec des associations dans certains quartiers afin de mesurer l’ampleur du problème et les solutions à y porter.

Piétonniser ne rendra pas l’espace public plus ou moins dangereux. Là n’est pas question. Mais lorsqu’on crée de nouveaux espaces publics piétons, il est important de prendre en compte cet enjeu.

Nous ne devons pas simplement corriger les manquements par des installations. Nous devons concevoir et construire ces espaces en pensant l’accessibilité de toutes et tous comme une condition sine qua non à l’accès au droit à l’espace public. Je pense aussi aux enfants avec l’idée de pouvoir leur laisser plus de liberté, la possibilité de leur lâcher la main. Je pense également aux personnes âgées pour qui la rue et la route sont des dangers, aux personnes en situation de handicap pour qui tout est un obstacle.

J’ai rencontré dernièrement des personnes malvoyantes qui habitent à la résidence des Quinze-Vingts, à côté de l’hôpital, dont je suis membre du conseil de surveillance qui m’ont décrit leurs problèmes quotidiens. Ils parlent notamment des vélos à contresens, des motos sur les trottoirs, des voitures électriques qu’ils n’entendent pas forcément, de la difficulté de traverser la place de la Bastille qui est leur quotidien, et une inquiétude de pouvoir rester vivre dans leur résidence aux Quinze-Vingts alors qu’actuellement, leurs loyers sont augmentés et qu’ils vivent, pour la plupart d’entre eux, avec le minimum social ou l’allocation handicap.

Lors de notre débat sur le réaménagement des sept places parisiennes, nous avions adopté un vœu à mon initiative qui demande que le quartier de la Bastille soit aménagé comme un quartier expérimental pour la vision, en incorporant des équipements novateurs, dans le prolongement de la zone Paname expérimentée depuis 2009.

Le quartier Bastille est également celui du Centre hospitalier national d’ophtalmologie et de l’Institut de la vision qui accueillent un "street lab". Ma proposition est de prolonger ce "street lab" en faisant du quartier de la Bastille un laboratoire en tant que tel pour améliorer l’accessibilité des malvoyants et en s’appuyant sur leur expérience quotidienne de l’espace public. Les habitants de la résidence des Quinze-Vingts ne manquent pas d’idée. Nous pouvons travailler avec eux sur des sujets qui sont dans cette délibération. Je pense à la différenciation des revêtements, réfléchir à une manière de prévenir l’approche des véhicules électriques et des vélos silencieux. Tout espace et aménagement doit d’abord être pensé par le prisme de leurs besoins. Cela n’enlèvera rien à personne, bien au contraire, ce sera un progrès pour toutes et tous. Chacune et chacun d’entre nous pourra en profiter au rythme de sa vie, que l’on soit enfant, en situation de handicap ou personne âgée. C’est bien une réflexion et une intelligence de l’égalité pour penser chaque nouvel espace public dont nous avons besoin aujourd’hui.

C’est pour cela, Madame la Maire, que nous soutiendrons bien volontiers cette stratégie Paris piéton, pour toutes les perspectives de réappropriation humaine de l’espace public qu’elle apporte aux Parisiennes et les Parisiens.

Je vous remercie.

Publié le

31 janvier 2017

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