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L’accès de toutes et tous à une alimentation saine et de qualité est une priorité

L’accès à une alimentation saine et durable est un marqueur de classe. Nous voulons que toutes et tous puissent avoir accès à cette qualité d’alimentation. Nous demandons aussi qu’une attention particulière soit accordée à la juste rémunération de celles et ceux qui la produisent.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Madame la Maire, mes cher·e·s collèges,

Nous ne pouvons que nous féliciter de l’adoption par notre Conseil de la Stratégie alimentation durable de Paris. Vous connaissez la position et les exigences du groupe communiste sur les questions d’alimentation. Nous les avons exposées ici avec notre délibération sur les quatre saisons de l’alimentation. Nous l’avons aussi évoqué lors de la création des halles alimentaires. Nous nous félicitions de ces expérimentations, dans les 10e et 14e arrondissements. Nous souhaitons les étendre à tous les arrondissements ayant des quartiers « politique de la ville ».

C’est nécessaire car aujourd’hui l’alimentation est un marqueur de classe. Les inégalités en matière alimentaire apparaissent dans les constats dressés dans la Stratégie pour une alimentation durable. Je citerai un chiffre à cet effet : le taux d’obésité observé parmi les bénéficiaires de l’aide alimentaire est trois fois supérieur à la moyenne des Parisien·ne·s.

Il est donc primordial que garantir à toutes et à tous un accès à une alimentation saine, de qualité, de saison et à un prix abordable. Puisque je parle du prix, j’en profite pour évoquer l’amendement que nous proposons. Il s’agit de s’assurer de la juste rémunération des producteurs. Le monde agricole rencontre des difficultés importantes, cela a notamment été souligné lors des états généraux de l’alimentation. La Stratégie pour une alimentation durable doit mentionner explicitement cet objectif. Il s’agit d’une question de solidarité entre les producteurs et les consommateurs, de solidarité entre les territoires agricoles et urbains. Les Parisien·ne·s doivent pouvoir s’orienter vers des produits qui assurent une juste rémunération aux producteurs.

Je souhaite revenir sur certains aspects de la stratégie que nous voudrions voir approfondis. Une question me semble prioritaire : celle de la nécessité de recréer autour de Paris une ceinture maraichère et fruitière capable de répondre aux besoins des Parisien·ne·s. Paris dépend encore trop de territoires éloignés pour s’approvisionner en fruits et légumes.

Il faut renforcer l’action d’"Eaux de Paris" pour, dans les zones de captage de l’eau de la capitale, inciter les agriculteurs à produire bio ou en agriculture raisonnée. L’objectif de 3 500 hectares pour 2020 est un bon début, il convient d’être encore plus ambitieux à l’avenir. Cela suppose des budgets significatifs pour inciter à la reconversion des terres agricoles et pour aider les installations de nouveaux agriculteurs. Il faut également travailler avec l’agence de bassin Seine-Normandie qui a des prérogatives en matière de protection de la ressource "eau". Bien entendu ces incitations à la reconversion pourraient se concrétiser plus facilement si les aides versées par la PAC étaient réorientées en faveur d’une agriculture durable de proximité. Nous déplorons le fait que ce sont les grands céréaliers qui en sont les premiers bénéficiaires, en captant 80% des aides européennes.

Je voudrais soulever un point de vigilance au sujet de la consommation de produits issus de l’agriculture biologique. Nous partageons l’idée qu’il est nécessaire de se tourner vers une agriculture raisonnée, qui utilise moins d’intrants, qui respecte la saisonnalité. Nous sommes cependant méfiants quant à la surenchère en matière de produits bio. Le bio est aujourd’hui trop souvent une niche pour le capitalisme et la grande distribution qui voit une nouvelle manière de trouver des débouchés, de diversifier son offre et d’engranger davantage de profits. De plus, l’agriculture biologique ne représente en France que 7 % des surfaces cultivées. C’est encore bien trop faible pour répondre à la demande. L’approvisionnement en bio se fait alors avec des produits venant de l’étranger. Or ces produits ne répondent pas à des normes bio telles que nous les connaissons en France. En effet, des investisseurs ont acheté des terres agricoles de grande dimension, en particulier dans les anciens pays de l’Est ou au Brésil, pour produire soi disant du bio. En réalité, il s’agit de modes de productions intensives. De plus ces produits ont un bilan carbone catastrophique.

Aussi, nous souhaitons davantage valoriser le circuit court et l’agriculture raisonnée. Le seul label « bio » cache des réalités diverses et est souvent détourné pour devenir un argument marketing.

Un dernier point, celui du régime alimentaire. Nous convenons qu’il est nécessaire de limiter la consommation de viande et de poisson. Leur production a une forte empreinte écologique. Leur trop large consommation implique une industrie productiviste qui épuise autant les salarié·e·s du secteur que les ressources naturelles. Nous ne sommes pas en revanche favorables à l’imposition d’un régime alimentaire vegan. Chacun doit pouvoir adapter son régime alimentaire en ayant conscience de son impact sur l’environnement tout en tenant compte de ses goûts et de sa culture. Car l’alimentation est aussi une question de culture, de partage et malheureusement de pouvoir d’achat !

Publié le

4 mai 2018

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