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L’aide à domicile : un métier précaire d’avenir ?

Intervention de Hervé Bégué

Madame la Maire, mes chers collègues,

J’ai souhaité intervenir sur cette délibération pour revenir sur ces évolutions qui découlent une nouvelle fois de l’adoption récente de la loi sur le vieillissement.
Surtout, il m’a semblé intéressant d’intervenir pour revenir sur un point que cette loi s’est bien gardée de traiter. Il s’agit des conditions de travail et de rémunérations des aides à domicile.

Il est d’abord important de rappeler quelques éléments nationaux.
La quasi-totalité des intervenants à domicile sont des femmes, 98% pour être précis. Plus de 60 % d’entre elles n’ont aucun diplôme dans le secteur sanitaire ou social et 70 % travaillent à temps partiel. Il est important de le savoir car la niveau de qualification à une influence directe sur le temps de travail de ces personnes : plus les intervenantes sont qualifiées, plus leur temps de travail est élevé. Je rappelle au passage que lorsque le parlement a eu l’occasion d’établir un contrat de travail d’une durée minimum de 24 heures, la droite et les socialistes se sont retrouvés pour refuser aux aides à domicile le bénéfice de cette règle commune.

Ces salariées sont dans leur ensemble faiblement rémunérées. Dans la branche de l’aide à domicile, le gel du point d’indice depuis le mois d’avril 2009 et la faiblesse du taux d’évolution de la masse salariale conduisent à un tassement des rémunérations au niveau du Smic. Les frais professionnels, pourtant nombreux, sont trop peu pris en compte.

Enfin, les facteurs de pénibilité physique et psychologique, loin d’être négligeables, peuvent rapidement conduire à des situations d’épuisement ou d’usure prématurée. La pénibilité de ces métiers tient surtout au fait que les temps de déplacement sont souvent importants et le rythme de travail très haché.

Si je reviens sur cette question cruciale des conditions de travail c’est d’abord parce que nous avons pris l’habitude de parler du secteur des services à la personne comme un secteur d’avenir, un gisement d’emploi. Pour certains la « silver économie » serait la solution pour créer des emplois non-dé-localisables. Sans améliorer les conditions de travail et de rémunération, cet avenir apparait bien sombre pour les salariés.

Voilà pourquoi il nous parait important de renforcer l’attractivité du métier d’aidant à domicile grâce à des formations qualifiantes, à une meilleure prévention de la pénibilité et à des contrôles plus systématiques du respect de l’application de la législation du travail par les structures d’aide à domicile.

Je vous remercie.

Publié le

29 mars 2016

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