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L’enseigne "Au nègre joyeux" n’a rien à faire dans l’espace public !

Raphaëlle Primet a pésenté l’amendement du groupe communiste-front de gauche demandant à ce que l’enseigne "Au nègre joyeux" soit retirée de l’espace public. La présence dans l’espace public de cette enseigne est blessante et insultante.
La place de cette enseigne est dans un musée.
Raphaëlle Primet réaffirme notre demande de création d’un musée de l’esclavage de la traite et de son abolition.

Retrouvez son intervention

Installé entre deux fenêtres, le tableau dépeint un homme noir souriant, habillé tel un valet, debout et servant une femme blanche d’une classe sociale élevée et assise. Au-dessus du tableau, un panneau de bois porte le nom du magasin : "Au Nègre joyeux".

Un projet du budget participatif demande de restaurer cette enseigne : 90.000 euros.
Il va sans dire que cette somme pourrait profiter à beaucoup de causes et à beaucoup de gens dans le besoin en cette période, mais soit. Ce qui fondamentalement n’est pas acceptable, c’est qu’elle soit remise dans l’espace public. Cela fait des années que les associations se battent pour que ce type d’enseignes, et notamment celle-ci, soient retirées et placées dans un musée, par exemple dans un musée dédié à l’esclavage, dont je vous parlerai plus tard. Son utilité en est toute démontrée avec cette actualité.

Depuis des années, chaque structure et institution se renvoient la balle au sujet de cette enseigne. Chacun nie le pouvoir de la déplacer. Il est temps de cesser de se moquer des associations et descendants des crimes contre l’Humanité qui ont été commis par l’esclavage et le colonialisme. Il est temps de consacrer à cette histoire un traitement juste et réparateur.

Paris prend ses responsabilités et fait les démarches nécessaires pour que ses murs, ses rues, son espace public soient libérés de ce type d’enseignes, au même titre que nous avons engagé une lutte contre les représentations sexistes. Il ne suffit pas d’une plaque explicative. Leur présence en elle-même est insultante et blessante. Or, aurait-il fallu conserver les représentations antisémites sur nos murs et nos boutiques en ajoutant simplement des plaques explicatives ? Personne ne saurait défendre cela.
Il en va des valeurs que notre Ville, nos élus et ce Conseil de Paris défendent au quotidien : des valeurs de paix, de solidarité internationale et de fraternité. L’enseigne "Au Nègre joyeux" les piétine et nous fait honte. Consacrer 90.000 euros à sa restauration nous paraît déjà une somme énorme, la laisser demeurer dans l’espace public est pour nous inenvisageable.

Je fais donc le lien avec notre vœu sur le musée de l’Esclavage : en mars dernier, nous demandions à ce qu’un musée dédié à l’histoire de l’esclavage, de la traite et de ses abolitions voit le jour à Paris, à l’époque, au Musée national des arts et traditions populaires, comme cela avait été recommandé par le rapport de Lionel ZINSOU, mais, à la place, a été préférée la Fondation Bernard ARNAULT.
M. le premier adjoint Bruno JULLIARD suggérait l’Hôtel de la Marine. Comme cela, nous pouvons passer des mois et des mois à énumérer et à se renvoyer des lieux potentiels dans lesquels nous pourrions fonder ce musée, mais l’important est surtout de voter solennellement cette décision, selon laquelle nous nous engageons à ce que la Ville de Paris demande à l’Etat d’organiser dès demain des réunions avec les associations concernées et le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, afin de mettre au point ce projet et d’établir un calendrier.

Nous le disions déjà en mars dernier : se souvenir et réparer ses crimes est fondateur d’un avenir meilleur. Se souvenir, c’est permettre de ne pas commettre les mêmes erreurs, c’est comprendre l’histoire pour mieux se situer dans le présent.
Paris porte, comme beaucoup d’autres villes en France et dans le monde, la trace de l’histoire coloniale et esclavagiste. Ces traces dans l’espace public de cette histoire trop méconnue heurtent nos valeurs. Elles n’ont plus leur place sur nos murs. Une plaque explicative dans la rue ne suffit pas, je le répète. L’espace public n’est pas un musée et on ne saurait tolérer plus longtemps la vue quotidienne de ce genre d’enseignes.

Autour du C.R.A.N. - Conseil représentatif des associations noires de France -, plus de 150 associations demandent la création de ce musée à Paris. Paris, en tant que ville refuge, mais aussi en tant que ville hôte des futurs J.O., doit pouvoir être à la hauteur des valeurs qu’elle défend et entend prôner à travers le monde.
Avoir ce regard et cette démarche sur notre passé, être à l’écoute des demandes des associations concernées, mettre en œuvre ce projet est un acte profond de défense de la paix, de la mémoire, de la transmission de l’histoire, de la reconnaissance de ses erreurs et de la volonté de créer des ponts de fraternité entre les différents pays concernés. Voilà pourquoi nous vous demandons d’acter officiellement cette volonté de la Ville aujourd’hui.

Je vous remercie.

Publié le

9 octobre 2017

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