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L’observatoire des inégalités scolaires est créé

Notre groupe avait imaginé et demandé la création d’un observatoire de la mixité scolaire en 2016. Partant du constat de fortes disparités entre établissements scolaires, nous voulions objectiver la réalité du terrain et trouver des solutions pour favoriser la mixité sociale et la réussite de tous les enfants.
Il est aujourd’hui créé.

Retrouvez l’intervention de Jean-Noël Aqua

Monsieur le Maire, mes cher-es collègues,

L’histoire aurait-elle été différente si Gavroche avait pu aller à l’école avec les enfants d’Adolphe Thiers ? Si le Petit Poucet avait joué aux billes avec les petites filles modèles ?

Nous pourrions réécrire les récits de notre enfance à l’aune du mélange des classes sociales dans les cours d’école à l’image de ce que devrait être l’école de la République.

« L’école est considérée comme la dernière assurance contre les déconvenues de la vie professionnelle, un outil de conservation de son statut social , dans un contexte de lutte farouche pour atteindre les meilleures places ». Michel Lussault, géographe et ancien président du Conseil supérieur des programmes , peint ici une école complètement dévoyée de ses missions initiales.

Il semble malheureusement que son analyse s’applique tout particulièrement à la situation parisienne. Paris est le territoire où la ségrégation scolaire est la plus intense. De nombreux facteurs y contribuent. La densité du tissu urbain conduit bien souvent les parents à établir de véritables stratégies dans le parcours de leur enfant. Les écoles privées parisiennes y contribuent fortement. Répétons-le car le constat est important, les écoles privées sont toutes parmi les plus mauvais élèves en matière de mixité sociale. Ces établissements de l’entre-soi participent activement à la ségrégation sociale à l’école, mettant ainsi à mal le pacte républicain de l’égalité devant l’éducation.

Alors comment se fait-il que, même certains parents qui portent haut l’idée d’égalité républicaine, puissent faire des choix pour leurs enfants qui creusent les disparités sociales ? Que ce soit par un contournement de la carte scolaire ou par le choix d’une option rare, certaines familles pensent n’avoir d’autre choix que de scolariser leurs enfants dans un établissement à la meilleure réputation que celui de leur quartier. Quels sont les ressorts réels de ce phénomène ?Quel message nous adresse-t-il aussi en creux sur l’école ? Comment lutter contre les peurs irrationnelles ?

Julien Grenet, enseignant à l’école d’économie de Paris explique que « des parents qui ont toujours joué le jeu du public et de la mixité se retrouvent dans certains quartiers face à un choix cornélien – ghetto ou privé ? ». Il semble difficile de blâmer ces parents qui ne veulent pas que la mixité sociale se fasse sur le dos de leur enfant.

La responsabilité est sans doute à chercher ailleurs. Pour le philosophe Patrick Savidan c’est « parce qu’il n’a pas pris au sérieux le problème de la mixité à l’école que l’État met les parents en demeure de choisir entre leur enfant et la solidarité ». Les pouvoirs publics sont ici clairement montrés du doigt et doivent saisir à bras-le-corps cette question de lutte contre la ségrégation scolaire.
A Paris, le cercle vicieux de l’évitement scolaire tourne donc à plein régime. C’est pour l’enrayer que le groupe communiste avait déposé un vœu en 2016 pour créer un observatoire parisien de la mixité scolaire. Un observatoire qui aurait pour but (i) d’analyser la réalité de la ségrégation, (ii) d’évaluer les mesures déjà mise en place pour la résorber, et (iii) de formuler des propositions d’actions publiques.

Moins de deux ans après ce vœu adopté dans ce conseil, l’observatoire va naitre réellement avec la délibération que nous examinons aujourd’hui. C’est une étape importante et je voudrais saluer tout le travail réalisé par Patrick Bloche, nouvel adjoint à l’éducation, pour favoriser cette création. C’est toujours un plaisir de voir se réaliser concrètement une belle idée.
L’Observatoire ne fera pas tout, il ne résoudra pas du jour au lendemain de manière magique les problèmes liés à la ségrégation scolaire à Paris.

Cependant, en mettant au jour une meilleure connaissance de la ségrégation scolaire, il permettra d’envisager des dispositifs pour améliorer la situation parisienne. Objectiver la réalité du terrain, trouver des solutions opérantes où toutes et tous bénéficient du mélange des classes sociales , telles seront les missions et les objectifs de l’Observatoire. Il produira des avis et des préconisations qui permettront de lutter concrètement contre la ségrégation scolaire.

Nous proposons un amendement qui vise à renforcer le fonctionnement démocratique de l’observatoire en y associant les groupes politiques au Conseil de Paris. Nous souhaitons également que les études de l’Observatoire aient une large portée, allant des petites classes au lycée.

L’enjeu est de taille ici. Il s’agit de construire une société où les classes sociales se mélangent et s’enrichissent mutuellement. Car la société de demain est en germes dans l’école d’aujourd’hui. À nous de l’enrichir et de lui donner les moyens de construire une société tolérante et juste pour nos enfants.

L’observatoire peut être un outil pour agir pour une société où l’égalité et la fraternité sont les sœurs inséparables de la liberté.

Publié le

7 février 2018

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