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La Tour Eiffel ce n’est pas DisneyLand

Nicolas Bonnet Oulaldj s’oppose à l’augmentation brutale des tarifs d’accès à la Tour Eiffel. Il n’est pas concevable que les visiteurs supporte seuls les coûts des travaux de réfection et de sécurisation du parvis de la Tour Eiffel.

Retrouvez son intervention

Avant de rentrer dans la délibération, je poserai une question à l’adjoint au tourisme et aux sports. C’est pour savoir si ce soir la Tour Eiffel sera illuminée pour la victoire du PSG face au Bayern Munich. C’est tout simplement parce que comme beaucoup de membres du Conseil d’administration, nous avons appris par mail le 5 août dernier, à 16 heures 30, que la Tour Eiffel serait illuminée pour accueillir le footballeur NEYMAR, record en termes de contrat de libération pour 220 millions d’euros, mais aussi record de salaire qui est aujourd’hui annoncé à 3 millions d’euros par mois.

Je trouve que ce n’est pas mettre en valeur notre politique et je voulais resignifier notre désaccord, mais cela pose une question fondamentale qui est comment les membres du Conseil d’administration de la S.E.T.E. et les élus que nous sommes sont associés à la politique d’illumination de la Tour Eiffel.

Enfin, sur cette délibération, notre groupe s’abstiendra. Il s’abstiendra essentiellement pour une raison. Dans ce cahier des charges, nous apprenons - nous en avons débattu - une augmentation brutale des tarifs pour le sommet de la tour Eiffel qui va passer demain de 17 euros à 25 euros. On nous dit bien sûr que cela touche exclusivement des touristes qui viennent du monde entier. Je peux le comprendre mais sur les 85 % qui visitent et sont étrangers, il reste encore 15 % qui viennent de la France et aussi des Parisiens, des gens de la région parisienne. Cela veut dire que demain, une famille avec deux enfants paiera 100 euros pour accéder au sommet de la tour Eiffel.

J’entends aussi l’argument comme quoi les autres tours dans le monde, et on se compare à des tours aux Etats-Unis, en Chine ou au Qatar, pourquoi pas, son beaucoup plus cher. Sauf que la Tour Eiffel est un patrimoine important, c’est un patrimoine ancien et elle n’est pas à comparer avec des tours qui sont totalement privées.

Donc, nous nous abstiendrons parce que nous rejetons cette évolution. Nous pensons que nous aurions pu échelonner l’évolution des tarifs sur plusieurs années. En même temps, je reviens sur l’affaire de NEYMAR qui montre qu’il y a de l’argent dans ce monde. Quand des sociétés sont capables, notamment le Qatar, sont capables de mettre autant d’argent sur un footballer, cela veut dire que l’Etat pourrait très bien récupérer cet argent et contribuer aux travaux de la tour Eiffel. On a l’impression que ce sont finalement les visiteurs qui vont dans ce modèle économique accompagner les travaux. Notamment dans ces travaux, une partie devrait à mon avis incomber à l’Etat, ce sont les travaux de sécurisation du parvis.
Voilà pourquoi nous nous abstiendrons.

Je voudrais aussi m’interroger, et je l’avais déjà dit en ce Conseil, sur la solidité juridique de la société publique locale qui a été créée à l’origine par la Ville et le Département, depuis le changement de statut de notre collectivité devenue collectivité unique, et dans un débat qui revient sur le risque de disparition des départements, dans tout ce débat institutionnel. Je pense que nous aurions pu et nous pouvons encore peut-être associer l’Etat, associer d’autres collectivités. Ce qui veut dire que ceux qui viennent dans ce Conseil d’administration de la S.E.T.E. pourraient être amenés à être contributeurs et cela pèserait peut-être moins sur les tarifs.
Je voudrais dire également qu’il est normal que nous nous adressions à l’Etat. Au début de cette année, j’avais fait cette démarche. J’avais fait un courrier et même un vœu, et pour l’instant je n’ai rien vu venir sur une démarche du CA de la Tour Eiffel vis-à-vis de l’Etat. Donc j’attends toujours.

Je voudrais aussi dire ma surprise, sur le mur. Nous étions intervenus, et mon groupe avait déposé un vœu pour que la sécurisation du parvis, et nous l’avons votée, soit accompagnée d’un message fort d’un point de vue culturel, d’un point de vue de la paix et d’un message de paix.

Dans cette délibération, je ne vois rien autour ni d’un message de paix qui pourrait être inscrit sur ce mur, ni sur le parcours historique autour de la Révolution que mon collègue Eric AZIÈRE avait porté. Je repose donc ces interrogations.
Nous avons fait beaucoup de recommandations. Il semblerait que les élus soient moins tendus qu’auparavant dans ce Conseil d’administration de la S.E.T.E., c’est quand même regrettable. Nous posons l’ensemble de ces questions.
Une autre question, quand on a des personnalités, je pense par exemple à des acteurs comme Brad PITT, qui viennent à la Tour Eiffel, on a mis en place un dispositif pour sécuriser le trajet de ces personnalités, qui ont accès à des ascenseurs différents du public.

Il semblerait que la direction de la Tour Eiffel souhaiterait en faire un produit en tant que tel, et avoir un "pass" VIP qui serait un tarif en tant que tel pour les personnes qui voudraient s’acheter le sommet, en dehors des visites actuelles.
Je m’inquiète de cette dérive, et je l’ai dit et le redis, la Tour Eiffel ce n’est pas Disneyland. Il n’est pas question que ce patrimoine issu de la Révolution française et de l’Exposition universelle prenne cette logique.

Je vous remercie.

Publié le

9 octobre 2017

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