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La Tour Eiffel ce n’est pas Disney Land

la Tour Eiffel est un monument culturel et patrimonial, portant les valeurs d’universalité de notre pays dans le monde entier. C’est pour cette raison que des millions de personnes viennent la visiter.
Nous comprenons les impératifs liés à la sécurité mais la Tour Eiffel doit rester accessible à toutes et à tous.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Monsieur le Maire,

Nous avons, aujourd’hui, un débat très important sur l’avenir de la Tour Eiffel, sur des investissements nécessaires pour les travaux d’aménagement et, comme l’a dit Bernard GAUDILLÈRE : on s’engage sur les 15 ans à venir. Au cœur de ces débats, nous devons nous poser une question essentielle : celle de la conception que l’on a de la Tour Eiffel.

Je voudrais, avant tout, remercier le Président AZIÈRE pour ses propos, pour son intervention, pour ses propositions, notamment du parcours historique de la Révolution française, mais aussi pour la gratuité pour les petits Parisiens, que je partage pleinement. Vous pourrez compter sur moi au sein du conseil d’administration pour défendre ces idées, Président AZIÈRE. Je sais que Bernard GAUDILLÈRE y sera très sensible.

Pour nous, la Tour Eiffel est un monument culturel et patrimonial portant les valeurs universelles de notre pays dans le monde entier. C’est d’ailleurs pour cela que des millions de personnes viennent la visiter. En résumé, pour nous, la Tour Eiffel, ce n’est pas Disneyland. Ce sont des ingénieurs, des scientifiques qui ont fait ce pari fou : une tour de 300 mètres, tout en métal, habillée, à la fin du XIXe siècle qui était fasciné par les sciences, les découvertes et leurs applications industrielles.
Si des esprits chagrins, et non des moindres, comme Maupassant et d’autres, se sont élevés contre la Tour, ils l’ont attaqué sur son esthétique. Paris engendre des débats à chaque fois qu’il fait le pari de l’innovation et des choix architecturaux audacieux.
Ce fut le cas, plus près de nous, de Beaubourg, qui fête aujourd’hui ses 40 ans. Paris sans polémique esthétique n’est pas Paris. La Tour a mis des années à convaincre ses contemporains. Elle les a convaincus parce qu’elle a quatre pieds solides. Le premier, c’est la prouesse technique de sa construction. Le second, c’est le support scientifique, notamment radio et télévision, elle a abrité tant d’expériences qui sont depuis rentrées dans la vie quotidienne des Français.
Le troisième, c’est le symbole historique qu’elle représente, la fille des lumières et de la Révolution française. Elle s’inscrit dans la philosophie de ceux qui mettent la science et la technique au service d’un idéal.
Enfin, le quatrième pilier, elle est source d’inspiration littéraire et picturale, elle est dans le patrimoine culturel des Parisiens et national, indéboulonnable si vous me permettez l’expression.

Ce n’est pas pour rien que les publicitaires ont voulu s’en servir, comme Citroën dans les années 30, ou bien certains pour support de propagande, comme les Nazis occupant Paris.

Mais c’est elle qui le 25 août 1944 ouvre les bras au Général de Gaulle, l’appelant "mon grand" dans un dessin devenu célèbre de Jean Effel.
C’est grâce à son jeu de lumières que l’on a pu rendre hommage ces derniers mois à Bruxelles, Berlin, Orlando, et encore hier à Québec touchés en leur cœur par les attentats, comme nous l’avions été.

Si c’est sur la place de la République et de la Bastille que l’on se retrouve pour nous rassembler dans la joie et dans la peine, c’est à la Tour Eiffel que nous demandons de rendre visibles ces mêmes joies et ces mêmes peines.
Celle qui abrite le plus beau feu d’artifices le jour de la Fête nationale. Celle qui s’allume et s’éteint selon que l’on veut dire notre bonheur ou notre tristesse, c’est de ce monument que l’on parle au monde entier, c’est de cette part de nous-mêmes que bien des pays étrangers nous envient et ont tant de fois tenté de copier.
Cette vieille dame, nous devons la respecter, et si bon nombre de touristes la gravissent pour profiter de cet unique point de vue de notre Capitale, ils doivent connaître son origine, son histoire et la philosophie qui a sous-tendu à son élévation.
Voilà pourquoi notre groupe tient énormément à ce que le nouvel espace d’accueil soit aussi un lieu où l’on retrouve tous les aspects de la Tour Eiffel, tant historiques que scientifiques.

Ce sera une étape importante du parcours du Paris révolutionnaire, comme nous l’avons tous souhaité en approuvant la délibération de notre collègue de l’UDI, et c’est pour cette raison que je représente un vœu demandant que le futur centre d’accueil s’inscrive dans ce parcours historique de la Révolution française.
Je pense que la nouvelle structure juridique que nous avons choisie pour l’administrer doit garder cette boussole. La Tour ne doit en aucun cas devenir un parc d’attractions. Nous pensons d’ailleurs qu’il ne serait pas anormal que Paris et la S.E.T.E. ne soient pas les seuls à porter le coût de la rénovation nécessaire.
L’État pourrait y contribuer à sa hauteur dans la part des travaux, car au-delà de Paris, elle est le symbole de la France. Nous pensons aussi que les agents qui travaillent en sont les meilleurs défenseurs, il faut s’appuyer sur leurs compétences et leur attachement et bien entendu il faut que les choses évoluent, mais là encore ce sont les personnels qui travaillent dans un monument historique et pas dans un parc d’attractions.

La modification des réservations pour fluidifier les entrées, pourquoi pas, mais nous pensons à la formation des personnels. De plus, ne soyons pas naïfs, ce n’est pas la réservation des billets par Internet qui changera quelque chose à la capacité des ascenseurs, qui sont véritablement des métropoles pour les visiteurs.

Alors oui, je termine, oui à 300 millions d’investissement, mais faisons les choses dans l’ordre avec l’attention que mérite cette belle Tour. C’est pour cette raison que je présente un vœu qui regarde ce chantier dans la durée. Pour bien réussir cette rénovation, il faut l’assentiment des personnels mais aussi pour que les visiteurs en pâtissent le moins possible.

Publié le

31 janvier 2017

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