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La connaissance n’a pas de prix, elle est notre avenir

Madame la maire, mes chers collègues,

L ’ambition pour l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) est un pari sur l’avenir. Un pari sur l’intelligence pour comprendre et transformer le monde. Un pari sur la raison pour faire reculer les dogmatismes et obscurantismes religieux ou idéologiques. Un pari sur le développement des connaissances et des techniques pour répondre aux défis complexes des sociétés. Un pari sur le progrès enfin, qui, s’il peut être questionné, doit rester la boussole de ceux qui luttent pour l’émancipation humaine.

L’investissement dans l’ESR est délicat à évaluer car de long terme, sur un temps qui n’est pas celui des mandats politiques. Pour autant, avons-nous le choix ? C’est l’avenir des jeunes et de la société qui se joue dans les amphis et laboratoires. La production et le partage des savoirs doivent être soutenus.

Ce que fait la Ville de Paris en la matière est remarquable. J’y reviendrai. Mais quels sont les enjeux aujourd’hui ? La liberté de création de la recherche est menacée par la baisse des crédits, le pilotage sur projets, la création de gigantesques universités. Ce qui a amené le président du CNRS à dire « la question se pose de savoir si la science française va se maintenir ou décrocher ». Pour l’enseignement supérieur, l’accès de tous à un service public de qualité est menacée par une série de mesures sur la sélection, les frais d’inscription, par les difficultés sur le logement, la santé …

Prenons garde à ne pas voir notre action locale ruinée par les politiques d’austérité menées tant par Nicolas Sarkozy que François Hollande, qui sont en contradiction avec les ambitions de façade.

Ainsi, l’action de la Ville et de Marie-Christine Lemardelay en matière d’ESR est à la hauteur des enjeux. La capitale accueille plus de 300.000 étudiants, 8 universités, de nombreuses grandes écoles, une concentration unique d’instituts et de laboratoires. La Ville va ainsi investir 75M€ pour la restructuration de l’ESPCI, 7 pour celle de l’ENS, 38 pour son patrimoine universitaire. Elle accompagne le déménagement de Paris 3 de Censier vers Nation, ainsi que le développement universitaire de Paris Nord Est. La Ville soutient la rénovation de l’Institut Henri Poincaré, la construction d’un institut en onco-hématologie. Elle participe au financement de projets comme le programme Émergence. Une action que j’apprécie particulièrement concerne la diffusion de la culture scientifique, un enjeu tant culturel que démocratique quand on pense à ces sujets où la science et la politique interfèrent, où la culture permet de se libérer des peurs irraisonnées.

Enfin, la Ville soutient fortement la vie étudiante. 6000 logements étudiants seront créés grâce à l’action de Ian Brossat. Par ailleurs, la Ville investit pour la rénovation des restaurants universitaires, la création d’espaces de travail, la mobilité et l’initiative étudiantes, l’accès à la santé. La Ville participe aussi à l’accueil des étudiants réfugiés, une action humaniste aux antipodes des relents xénophobes de LR par exemple en PACA.

Si la Ville relève le pari de long terme dont je parlais, l’enseignement supérieur et la recherche le lui rendent bien. Paris attire en effet de nombreux étudiants et chercheurs qui viennent enrichir notre capitale, et ce terreau intellectuel participe du dynamisme et des atouts de notre Ville.

J’en viens à 4 vœux que nous avons déposés.

Le premier concerne la Bibliothèque Interuniversitaire de la Sorbonne qui est victime de son succès. Suite à sa réouverture en 2013, sa fréquentation a fortement augmenté à moyens humains et budgétaires constants. Son déficit la contraint aujourd’hui à fermer les samedis. Or, beaucoup d’étudiants ont besoin de cette bibliothèque soit parce qu’ils travaillent en semaine, soit parce que leur logement est trop petit. Nous souhaitons intervenir auprès du ministère afin de trouver les moyens de l’ouverture de la BIS.

Le second vœu concerne l’ESPCI, une école de la Ville qui pourrait augmenter fortement ses frais d’inscriptions. Les communistes sont attachés à la gratuité de l’enseignement. Certes en 2012, l’adjoint de l’époque a pesé de tout son poids pour augmenter les frais de 150 à 850€ pour financer de nouvelles bourses. Ce système est excédentaire. Quel besoin de monter encore ces frais ? Alors que 1. la subvention de la Ville est stable et que le budget de l’école est équilibré ; 2. que la raison avancée est celle de l’alignement sur les « prix du marché » ; 3. que la conjonction des travaux et de cette augmentation pourrait faire chuter l’école dans le classement des écoles. Les personnels, élèves et anciens élèves, que je salue, signent une pétition contre cette augmentation. Nous nous y opposons aussi et demandons qu’un débat en 6ème commission soit organisé. Nous proposons même que Paris se déclare territoire Études 100% gratuites.

Notre troisième vœu concerne le financement de l’ESR. Le secteur souffre d’un manque cruel de financement stable. Tous les prix nobels français le disent : ils n’auraient pas pu mener leurs travaux dans le contexte actuel de financement sur projets. Les prix nobels, les démissionnaires de l’ANR, les syndicats, les mouvements tels Science en Marche disent tous : l’ESR a besoin de moyens récurrents et de postes de fonctionnaires qui facilitent la liberté de création. En cette période de débat budgétaire, nous voulons interpeler le gouvernement pour augmenter le financement de l’ESR et créer des postes. Nous proposons aussi de regarder notre propre action puisque le programme Émergence participe du financement sur projet. Afin de lutter contre la baisse du taux de financement récurrent des laboratoires, nous proposons que l’évaluation des projets prenne en compte ce taux afin d’éviter de rajouter du précaire à du précaire.

Enfin, notre dernier vœu concerne le stationnement vélo dans les universités. Beaucoup d’universités ne disposent pas d’un nombre suffisant de ces places, en dessous des objectifs du PLU pour les bureaux. C’est dommage quand nous voyons la forte pratique du vélo dans les facs. Nous demandons à ce que le futur site de Paris 3 à Nation corrige cette erreur et qu’une analyse des campus parisiens soit faite pour corriger le tir.

Vous l’aurez compris, nous saluons l’action vigoureuse de la Ville pour l’enseignement supérieur et la recherche. Mais nous restons vigilants sur certains principes comme la démocratisation des études, et sur les moyens qui sont alloués. Car la connaissance n’a pas de prix, elle est juste notre avenir.

Publié le

9 novembre 2016

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