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La future Métropole doit s’appuyer sur les départements

A l’occasion d’une délibération portant sur une collaboration entre Paris et la Seine-Saint-Denis, Nicolas Bonnet Oulaldj demande que la Maire de Paris défende les échelons territoriaux existants..

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Monsieur le Maire,

Au premier abord, le groupe Communiste - Front de Gauche partage le principe et l’esprit du renouvellement de cette coopération. Les cinq grands axes qui la composent sont la solidarité, le cadre de vie, la transition écologique, l’éducation, la culture et le sport. Mais je suis très préoccupé quand je vois la durée de l’engagement 2018-2020. Est-ce que c’est le signe que certains ont déjà fait une croix sur l’avenir des départements ?

A travers cette délibération, une question est posée à la Maire de Paris : quelle est la position de Paris sur l’avenir des départements ? 400 maires ont signé une tribune en proposant que la future métropole s’appuie sur les départements. On n’a pas entendu la voix de Paris.

Nos deux collectivités, la Seine-Saint-Denis et Paris, ont de nombreux points communs. Elles sont aussi fort différentes. Une population plus jeune et plus modeste en Seine-Saint-Denis, avec des conséquences évidentes : plus de boursiers, plus d’allocataires du RSA, plus de personnes dépendantes aux allocations C.A.F. Cela vaut aussi pour ce qui nous rapproche. Ce sont des dizaines de milliers d’habitants du 93 qui viennent chaque matin et repartent le soir, qui font vivre nos entreprises, nos commerces, le service public communal. Ce sont des milliers de jeunes qui considèrent les Halles comme une porte d’entrée dans la capitale. Cela vaut aussi pour les compétences, la question des transports, des circulations douces, comme celles liées à la protection de l’enfance, en particulier des mineur-es non accompagné-es.

Alors, que nous réserve l’avenir ? Avec qui ? Après 2020, Madame la Maire signera-t-elle encore des accords de coopération pour mener à bien des politiques communes ? Après les années de dialogue voulu par notre prédécesseur et ami, Pierre MANSAT, Paris a su parler à ses voisins. Cette politique d’ouverture a été une rupture avec les pratiques précédentes de la droite qui ignorait la banlieue. La métropole est née de cette volonté de dialogue entre Paris et sa périphérie. Elle aurait pu, elle aurait dû rester cet instrument souple et intelligent de coopération entre toutes les collectivités, sans hiérarchie, chacun acceptant de travailler à un échelon plus large, plus efficace, en particulier en matière de transport et de logement.

Dans quelques jours, le président de la République va faire des annonces sur l’avenir de la métropole. Nous savons que, s’il a reculé déjà quatre fois la date de ces annonces, c’est que, quel que soit son choix, il sait qu’il n’y aura pas d’unanimité ni de consensus, mais il a une idée claire. Je pense que ce qu’il veut, c’est une métropole attractive et dynamique, une métropole tournée vers la finance et le tourisme de luxe. Ses décisions en témoignent. Le débauchage des institutions financières londoniennes et les avantages fiscaux qui en découlent en sont la démonstration la plus évidente.

La politique que nous menons à Paris, comme dans d’autres collectivités de l’aire métropolitaine, contrarient ses projets. Oui, nous continuons de défendre ici le service public et celles et ceux qui le font vivre. Oui, nous continuons de penser qu’une ville, même comme Paris, doit continuer à être ouverte à toutes, à tous, et cela passe par la diversification du logement et la création de logements sociaux. Oui, nous croyons qu’une métropole comme celle du Grand Paris doit d’abord s’attaquer aux inégalités territoriales et sociales.

Pour ce faire, nous avons des outils : la coopération de gré à gré avec nos voisins, comme cette délibération. Nous n’avons pas besoin de l’Etat. Nous n’avons pas besoin que l’Etat vienne se mêler à cela. Qu’il fasse ce que l’on attend de lui : qu’il répartisse les richesses en menant une vraie réforme fiscale, qu’il abandonne les coupes dans les budgets des collectivités locales, qu’il respecte le fond et la forme des lois de décentralisation, qu’il construise une relation de confiance avec les collectivités, qu’il respecte la constitution à sa lettre et à son esprit qui dit libre administration et autonomie fiscale.

Alors, oui, nous vous demandons de voter notre vœu parce que Paris ne peut être indifférent à la disparition des départements de la petite couronne. Nous continuons de penser qu’une réforme ne peut se faire sans la consultation des populations. C’est le sens du vœu que nous vous proposons.

Je vous remercie.

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Publié le

7 février 2018

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