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La jeunesse doit être l’âge de tous les possibles

Le Conseil de Paris a adopté un plan parisien pour l’autonomie des jeunes qui acte des avancées majeures :lancement de la garantie jeune, développement des logements étudiants. Mais Paris peut aller plus loin en développant l’aide à la recherche de stage pour les élèves de 3ème ou le dispositif « SOS rentrée ». Nous sommes intervenus pour demander des engagements budgétaires forts en direction des services et équipements jeunesses des arrondissements.

Retrouvez l’intervention d’Emmanuelle Becker

Madame la Maire, mes chers collègues,

Je tenais déjà à féliciter les membres du Conseil Parisien de la Jeunesse qui nous font l’honneur d’être présent aujourd’hui et qui ont pu nous présenter leur bilan de l’année écoulée et leurs pistes de travail pour l’année à venir.

Qu’entend-t-on aujourd’hui par jeunesse ? Au-delà du marqueur de l’âge, force est de constater que c’est encore la précarité qui est le plus petit dénominateur commun de cette catégorie de la population. Les enquêtes sur les difficultés des jeunes se succèdent et mettent tour à tour en lumière le renoncement aux soins (54.1% des jeunes ont déclaré avoir « plutôt tendance à attendre que les choses passent » lorsqu’ils tombent malades, contre 53,5% en 2013), la précarité de leur emploi pour 34% d’entre eux ou encore le chômage qui concerne 24% des jeunes de moins de 25 ans. Et ce ne sont pas les appels répétés de la cour de comptes pour la suppression des aides au logement, dont les jeunes sont les principaux destinataires, qui risquent d’améliorer leur situation.

Cette réalité est bien éloignée de notre conception de la jeunesse et des aspirations des jeunes eux-mêmes. Car ce moment de la vie doit être celui de l’âge des possibles, un moment particulier où l’on doit pouvoir se saisir de toutes les opportunités pour nous permettre de réaliser nos projets et de construire nos choix de vie en toute autonomie. Bien au fait des inégalités sociales qui malheureusement structurent notre société, nous sommes convaincu qu’il faut que la puissance publique interviennent auprès des jeunes pour soutenir leur autonomie en leur facilitant l’accès au logement et en les aidant à y rester, en leur permettant de mener à bien leurs études et en les accompagnant dans leur recherche d’emploi.

Nous accueillons donc avec enthousiasme ce programme parisien pour l’autonomie des jeunes qui insuffle de la cohérence à la politique jeunesse menée par la Ville de Paris. Depuis des années, la Ville mène de nombreuses actions et a créé plusieurs dispositifs en direction des jeunes et il faut avouer que l’on avait parfois du mal à s’y retrouver. De la cohérence et de la lisibilité, voilà déjà ce que nous apporte ce programme parisien pour l’autonomie et ce n’est pas rien. Car c’est en partant de là que nous pouvons poser les bonnes questions : Qu’est-ce qu’une politique jeunesse efficace ? Quels sont les objectifs que nous voulons atteindre ? Quels sont les moyens que nous nous donnons pour les atteindre ?

Je commencerai par saluer deux mesures qui m’ont particulièrement marqué. Tout d’abord, la mesure 15 qui prévoit l’achat, par la Ville, de trousse de fournitures scolaire. Nous avions porté une proposition similaire dans un vœu débattu par le conseil de Paris en avril 2015 et nous nous félicitons qu’elle soit aujourd’hui en partie appliquée. Je voulais ensuite parler de la mesure 71 qui porte sur le développement de l’offre de logement pour les étudiants et notamment les colocations étudiantes dans le logement social. Cela permet à la fois de répondre au problème de vacances de certains grands logements peu adapté aux besoins des familles et de proposer une offre locative très intéressante pour les jeunes aux moyens modestes.

Nous faisons même d’ores et déjà des propositions d’amélioration de la politique jeunesse de la Ville et des arrondissements. J’en ai parlé hier lors du débat sur la rentrée scolaire : la mise en place du dispositif « SOS rentrée » à Paris serait salutaire pour aider les jeunes qui risquent le décrochage scolaire faute d’avoir pu s’inscrire dans l’établissement de leurs choix.

Nous proposons également de développer des offres de « stages découvertes » pour les jeunes de 3ème. Le plan le prévoit au au sein de la Ville avec l’ouverture de 1000 stages chaque année ou au sein d’entreprises de l’économie sociale et solidaire, cette mesure va dans le bon sens. Nous savons qu’en matière de recherche de stage, les réseaux des parents et des familles déterminent en grande partie le lieu de stage des enfants. Cette mesure permettra justement de pallier à cette limite et d’aider les jeunes à choisir leur orientation.

Mais il faudrait amplifier cette démarche, en la généralisant à l’ensemble des entreprises et associations parisiennes. Nous pourrions envisager de construire une sorte de label qualité qui associerait entreprises, collèges et mairies d’arrondissement autour d’une même volonté : proposer des stages en quantité suffisante et sur une démarche de découverte des métiers la mieux à même d’aider les jeunes à un moment crucial pour leur avenir. Les mairies d’arrondissement pourraient ainsi se constituer de véritables répertoires d’entreprise pour répondre à cette demande récurrente des élèves et des parents.

Au-delà de l’assemblage des mesures, c’est à nos yeux la mise en œuvre de ce plan à l’échelle des arrondissements et des quartiers qui revêt une grande importance.
Selon nous, une politique jeunesse est efficace dès lors qu’elle est élaborée dans la proximité, au plus près des jeunes, de leur réalité et de leurs besoins. C’est aussi une politique ancrée sur un territoire, dont les objectifs sont partagés par le plus grand nombre et qui est relayé par des structures et les équipes qui interviennent auprès des jeunes. C’est le sens de la démarche des mairies qui se sont engagées dans l’élaboration d’un Contrat Jeunesse d’Arrondissement depuis plus d’une année qui doivent concrétiser les orientations que nous prenons à l’échelle parisienne.
il est pour nous essentiel d’inscrire l’élaboration de ces Contrats Jeunesse d’Arrondissement, comme toute politique jeunesse au demeurant, au plus près des réalités de terrain, en associant les jeunes à la définition des objectifs et en discutant avec eux de la question des moyens et des délais de mise en œuvre. C’est par ce biais que nous nourrissons un dialogue constructif avec eux, ce qui nous permet de mieux développer nos actions. C’est aussi en associant les jeunes à ce stade que nous contribuons à les responsabiliser en les confrontant aux contraintes de l’action collective. L’enjeu de la participation doit être central, d’autant plus lorsque l’on s’adresse à une génération qui est très méfiante vis-à-vis du politique et qui hésite à s’investir dans les formes de participation plus traditionnelles. C’est aussi là que réside toute la difficulté à aller consulter les jeunes.

Il faut ensuite donner corps à cette politique jeunesse. Là encore, nous attendons beaucoup des contrats Jeunesse d’ Arrondissement. Ces derniers nous poussent à nous interroger sur la bonne échelle de mise en œuvre des actions. Elle nous permet aussi d’inscrire notre politique dans le temps en fixant des délais et bien sûr de traiter clairement des moyens financiers à même de concrétiser ses engagements.

Et justement, je ne vous cacherai pas mon inquiétude et celle des adjoints communiste à la jeunesse du 19e et 20e, par rapport aux moyens dont nous disposerons pour mettre en œuvre les actions qui relèvent de l’arrondissement. Jusqu’à présent elle repose essentiellement sur les chargés de mission des mairies et sur les référents jeunesse de territoire qui ont déjà des charges de travail importantes. Je ne suis pas sûre que nous puissions amplifier notre action et répondre à l’ensemble des objectifs que nous nous fixons en restant dans l’état actuel de tension sur le personnel de la Ville de Paris.

C’est cette même question des moyens qui nous préoccupent lorsque l’on aborde la réforme des équipements jeunesses. Nous sommes d’accord sur certains points de la réforme : renforcer la dimension jeunesse des centres d’animation par la création d’animateur jeunesse nous parait notamment très important. La refonte en un seul type d’établissement des Antennes Jeunes, Espaces Jeunes et Lieux d’Accueil Innovant peut également trouver du sens si tant est que ces nouveaux équipements permettent de mieux répondre aux enjeux des territoires. Ces nouveaux espaces jeunes devront ainsi s’adapter aux réalités et aux besoins des quartiers. Certains auront besoin d’être renforcé par des éducateurs spécialisé, d’autres encore par de psychologues. Cela il faudra nécessairement le définir avec les jeunes et les élu-es d’arrondissement. Mais quoi qu’il en soit, nous attendons des arbitrages budgétaires forts en direction des nouveaux équipements jeunesse. Cela veut dire qu’il faudra au minimum maintenir le même nombre mètre carré et d’emplois en équivalent temps plein et dans certains cas, augmenter la participation de la Ville pour coller aux enjeux émergents.

C’est à ce prix que nous pourrons transformer les engagements pris aujourd’hui en réalités concrètes.

Publié le

5 octobre 2015

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