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La ville doit continuer son effort de démocratisation de l’enseignement

Jean Noël Aqua pointe le contraste entre la politique gouvernement et la politique volontariste mise en place à Paris en matière d’éducation.

à l’occasion de la communication annuelle concernant la rentrée scolaire, il présente un voeu (rejeté) contre la collecte d’informations religieuses par les écoles et collèges privés sous contrat et un voeu (adopté) pour un meilleur accompagnement des élèves en situation de handicap.

Madame la maire, mes cher.es collègues,

Quel contraste.

Quel contraste entre les politiques du Gouvernement pour l’éducation d’un coté. Et de l’autre, le volontarisme de notre collectivité en la matière.

Entre d’un côté, les grands discours de Macron et Blanquer sur la jeunesse, contredits par les faits.

Et de l’autre, la politique résolue et constante de Paris qui met les moyens en face des besoins.

Quel contraste entre la casse du service public qui se dessine au fil des réformes du gouvernement, et l’engagement de notre Ville pour étendre le service public sur ses missions.

Quel contraste entre la casse du cadre national des diplômes, la casse du statut des enseignants, bref, le détricotage obstiné de tout ce qui relève du service public d’un coté.

Et de l’autre, l’engagement de la Ville pour recruter des personnels sous statut, créer une filière de l’animation, tenter des refontes de la carte scolaire pour plus de mixité.

Au fil de l’action de Blanquer et de ses discours fallacieusement scientifiques, se dessine une école vouée au tri social.

Où les enfants des premiers de cordée seront encore et toujours les grands favorisés.

Et où les autres devront se contenter d’un enseignement de deuxième zone. À l’américaine. Où les trajectoires scolaires sont déterminées par la naissance et la classe sociale.

Bref, au grand mouvement de démocratisation de l’enseignement, succède un mouvement de dé-démocratisation pour reprendre les mots de Laurence de Cock.

La grève inédite du bac et le malaise profond qu’elle a révélé, ont fait éclater au grand jour l’ampleur et la nocivité de cette politique.

Prenons une mesure d’apparence progressiste : l’instruction obligatoire à 3 ans. L’immense majorité des enfants vont déjà à l’école dès 3 ans ! Cette mesure est de facto un cadeau à l’enseignement privé. 12 millions d’euros aux écoles maternelles privées sous contrat pour Paris, qui n’en avaient pas besoin.

12 millions qui viendront renforcer la ségrégation alimentée par ces établissements, qui se permettent de refuser certains élèves, mais pas les fonds publics.

En parlant de fonds publics et d’écoles privées, je me permets une parenthèse sur un point choquant que j’ai découvert récemment.

Certaines écoles, collèges, lycées privés sous contrat pratiquent un fichage religieux.

Ces établissements demandent aux familles voulant s’inscrire des informations sur les croyances des enfants voire des parents.

Religion de l’élève
Religion du père
Religion de la mère
Date de baptême
Date de communion
Date de confirmation
Date de profession de foi
Paroisse de famille
Catéchisme suivi
Certificat de mariage hébraïque des parents ...

Les questions se suivent et se ressemblent : ces établissements réalisent un fichage religieux.
Cette pratique est en violation du code de l’éducation.

L’article L442-1 précise que « tous les enfants sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyances » ont accès à l’enseignement privé « dans le respect total de la liberté de conscience ».

La République reconnait la liberté d’enseignement. Elle finance les établissements privés sous contrat. Mais ce financement ne va pas sans contrepartie. Dont le respect du code de l’éducation. Ces écoles ne peuvent pas prendre l’argent de tous les contribuables, et mépriser en même temps la loi commune.

Pourquoi donc récolter ces informations sur la religion si ce n’est pour sélectionner ?

Nous avons mené une enquête et trouvé 14 établissements ayant de telles pratiques.

Nous demandons donc par un vœu la saisie de l’académie de Paris afin qu’une enquête soit menée et que des sanctions soient prises.

Je referme cette parenthèse et reviens à nos autres vœux.

Bien sûr, un des premiers sujets d’inquiétude est le manque de moyens humains. Nous connaissons les arbitrages budgétaires du gouvernement, et la saignée des postes enseignants.

1242 postes d’enseignants disparaissent cette année.

Sur Paris, les dédoublements de classe de CP-CE1 seront au nombre de 203 quand seulement 40 postes ont été accordés.

On pourrait penser que c’est une erreur de calcul. Non. C’est une faute politique.

Nous demandons par un vœu que la liste complémentaire soit ouverte afin de s’assurer que les besoins, notamment en remplacement, soient couverts par des enseignants sous statut.

Après les moyens humains, j’en viens aux moyens financiers.

Vous l’avez rappelé, « L’école publique est un bien commun », qui doit permettre la réussite de tous les élèves. Et pour cela, la mixité sociale et scolaire est importante.

Ainsi, la DASCO 96 introduit le principe de modulation du forfait éducatif en fonction de la mixité sociale des collèges. Je l’avais défendu ici même en juin dernier. C’est un levier d’action non négligeable. J’en profite pour remercier Patrick Bloche et ses équipes pour leur travail et engagement sur le sujet.

Ce dispositif en faveur de la mixité, s’ajoute à la création de l’Observatoire parisien de la mixité scolaire et de la réussite éducative, que nous avions proposé, mais aussi aux expériences de multi-collèges que nous avons appuyées : l’expérience du 18e sur Berlioz et Coysevox donne des premiers résultats très prometteurs.

En revanche, nous sommes un peu dubitatifs sur l’expérimentation des « cités éducatives ». Quelle articulation avec le dispositif de l’éducation prioritaire ? Avec les enseignants ? Nous nous abstiendrons sur cette délibération.

Je ne reviendrai pas sur notre désaccord au sujet des rythmes scolaires, qui devient historique, mais qui reste d’actualité au vu des remontées du terrain.

Mais sur les rythmes scolaires, nous voterons contre le vœu 100% Paris pour étendre le périscolaire jusqu’à 19h qui demande des journées de 10h30 pour des élèves de moins de 11 ans. Quel bénéfice pour les enfants ? Aucun. Tous les chrono-biologistes vous le diront. Quel bénéfice pour les patrons qui voudront des salariés qui reculent leur fonction de parent ? Maximal. Tous les syndicalistes vous le diront. Décidemment, pour quelques dollars de plus, la droite parisienne semble tout droit sortie d’un film de Sergio Leone.

Je profite aussi de cette intervention pour revenir sur le dispositif « SOS Rentrée » dont nous continuons à proposer la création pour venir en aide aux jeunes dans leur inscription administrative. Car aux difficultés de Parcoursup, s’ajoutent celles du dispositif Affelnet d’affectation à la sortie du collège, qui va se complexifier avec les nouveaux parcours de lycée. Nous plaidons pour la remise à plat de cet outil pour lutter contre la ségrégation scolaire qu’il peut introduire, et contre son opacité et son arbitraire.

J’attire maintenant votre attention sur les élèves en situation de handicap. Nombre d’entre eux ont connu une rentrée chaotique. La création par la loi Blanquer des pôles inclusifs d’accompagnement localisés, les PIAL, n’a répondu en rien aux problématiques de l’inclusion scolaire. Au contraire, ces PIAL apparaissent comme un outil de gestion de pénurie, augmentant le nombre d’enfants suivis par un accompagnant, flexibilisant la profession d’AESH ... Nous demandons la suppression des PIAL, et la revalorisation du métier d’AESH.

Enfin, je voudrais saluer les nombreux dispositifs de notre collectivité valorisant l’école publique : les opérations « tous mobilisés », les résidences d’artistes, les rénovations d’écoles, les cours oasis … tout cela contribue à un service public de qualité pour tous. Nous apprécions aussi l’accompagnement des collégiens dans le temps périscolaire. Il peut avoir une incidence réelle sur le climat scolaire, et in fine améliorer la réussite scolaire.

Après ces enjeux directement ancrés sur le quotidien des salles de classe, permettez-moi d’en venir à d’autres enjeux.

Nous avons une attention particulière pour les jeunes isolés étrangers, qui n’accèdent trop souvent pas à l’éducation à laquelle ils ont pourtant droit. C’est indigne. Nous déposons un vœu pour soutenir l’association droit à l’école, qui leur vient en aide quotidiennement.

Par ailleurs, toutes les statistiques démontrent que de bonnes conditions d’étude, ce sont aussi de bonnes conditions matérielles. À l’heure où la spéculation chasse des familles de Paris, nous agissons pour alléger leur budget.

Bien avant Macron ou d’autres, nous avons mis en place une tarification sociale dans nos cantines. Le déjeuner ne coute que 13 centimes d’euros aux familles les plus modestes. De même, la gratuité des transports pour les enfants jusqu’à 11 ans, et la prise en charge de la moitié de la carte imaginR pour les moins de 18 ans, deux propositions de notre groupe, agiront pour le pouvoir d’achat des familles.

Enfin, last but not least, la question de la santé environnementale dans les écoles. Nous savons notre collectivité engagée sur la qualité de l’air dans les écoles, mais aussi, à leur abord. C’est un sujet global bien sûr qui touche à notre plan climat. C’est un sujet si important qu’il mérite un service public (et nous l’avons sur Paris), le plus à même de travailler en toute rigueur et indépendance scientifique. Mais ce sujet suppose aussi une information aux élus et à la population en toute transparence. L’information de l’Agence régionale de santé puis de la Préfecture sur la pollution au plomb de Notre-Dame n’ont pas été à la hauteur. Nous devons repenser le processus d’analyse et de communication pour l’avenir. Et en parlant d’avenir, nous plaidons pour la mise en place d’un confinement rigoureux du chantier, qui va immanquablement générer de nouvelles poussières toxiques.

Voilà, je conclus en saluant à nouveau l’engagement plein et entier de la majorité de gauche pour l’éducation de tous les enfants.

Vous connaissez la phrase de Victor Hugo : « Chaque fois qu’on ouvre une école, on ferme une prison ». À l’heure où le gouvernement ultra-libéral ferme des postes dans l’éducation pour en ouvrir dans la police et l’armée, on pourra apprécier que Paris place l’émancipation de tous les enfants au cœur de son action. Car comme disait Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. »

Publié le

4 octobre 2019

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