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Le POPB renommé Accor Hôtels Arena ? Stop au naming ! C’est une menace pour notre mémoire

Tribune dans le LE PLUS Nouvel OBS

Actuellement en travaux, le Palais omnisports de Paris Bercy rouvrira en octobre mais sous un nouveau nom. Un contrat de naming a été conclu entre la mairie de Paris et le groupe Accor Hôtels, pour que la salle de sport et de spectacle soit baptisée Accor Hôtels Arena POPB. Un accord que dénonce Nicolas Bonnet-Oulaldj*, président du groupe PCF-FdG au Conseil de Paris.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1428238-le-popb-renomme-accor-hotels-arena-stop-au-naming-c-est-une-menace-pour-notre-memoire.html

Bientôt à Paris, l’une des plus grandes salles de sports et spectacles de France ne s’appellera plus Palais Omnisports de Paris Bercy mais "AccorHôtels Arena POPB".

Une nouvelle conquête pour le "naming" à laquelle nous opposons la mémoire vivante.

C’est quoi le "naming" ?

Le "naming" est une pratique qui consiste pour une marque à acheter le nom d’un équipement pour en retirer des bénéfices en termes d’image et de notoriété. Le naming s’inscrit dans une stratégie globale de marketing et de sponsoring.

Bien plus efficace qu’un encart publicitaire, c’est une avancée de la publicité dans la dénomination du patrimoine sportif et culturel, relooké sous le concept d’Arena. Si nous ne réagissons pas, c’est l’ensemble de notre patrimoine culturel et notre paysage urbain qui vont être transformés en peu de temps.

Le premier contrat en France a été conclu pour la construction de la MMArena au Mans en 2011, mais depuis, les cas se multiplient sur tous les terrains : grands stades et salles tels que Allianz Riviera à Nice, Kindarena à Rouen, Matmut Stadium à Lyon, Matmut Atlantique à Bordeaux. Mais aussi les centres d’entraînements comme Ooredoo pour le PSG, ou Groupama OL Academy à Lyon.

Cela concerne également les équipements de proximité comme un terrain de basket Nike Air Jordan à Paris ou encore des compétitions comme la Nike Women’s Race, le BNPParibas Masters de tennis, le Schneider Electric marathon de Paris.

Prochaine étape : les squares, les musées et les écoles ?

Plus aucun bout de terrain ne doit échapper au sceau d’une marque. Prochain étape, les stations de métro et de bus – comme c’est déjà le cas dans d’autres pays – les squares, les bibliothèques, les musées ou les écoles ? Et après, le "naming humain", des corps marqués ou avec des puces insérées ?

Où se trouve la limite de cette marchandisation ? Le responsable d’une grande agence de marketing disait à propos du naming des stades :

"S’il n’y a plus de place dans les stades ou sur les maillots, il faut aller là ou il y en a : dans la tête des fans !"

Mais pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

Le naming traduit un processus de désengagement du financement public au profit du privé. Les collectivités locales, principales propriétaires des équipements sportifs et culturels, ont de moins en moins de ressources financières pour financer seules des enceintes dont les contraintes imposées par les instances sportives internationales ne cessent de croître.

Une privatisation de l’espace public

Dès le début, l’équipe de Nicolas Sarkozy a inscrit le naming dans comme une "possibilité d’aider les clubs à assumer leur mutation vers l’entreprise de spectacle sportif, que la compétition économique et sportive exige" et "d’en finir avec la gestion publique des grands stades qui est un frein à cette mutation".

Au fond, il s’agit de concevoir les stades comme une usine à fric.

Depuis plus de dix ans, ces mêmes politiques libérales visent à réduire les budgets des collectivités et de l’État et ont permis l’appropriation de l’identité des stades par des entreprises privés pour les sortir progressivement du patrimoine public au détriment des populations, alors que les financements restent majoritairement publics.

Au-delà de cette privatisation, le naming pose une question d’ordre culturel, celle de la vente de l’espace public. Les stades, les salles de sports et de spectacles sont des marqueurs symboliques de la ville, leurs noms et architectures sont des repères urbains de notre civilisation au même titre que les places ou rues, et les événements qu’ils accueillent participent à la construction culturelle de la ville.

Notre patrimoine commun en danger

L’histoire de ces équipements est jalonnée par les performances sportives et les engagements humains des champions ou des artistes qui y sont passés.

En nommant ce patrimoine vivant par le nom d’une personnalité ayant marquée l’histoire du pays, d’une ville ou du sport et de la culture, nous faisons un travail de transmission culturel des luttes, des progrès, des conquêtes, des moments de joie qui ont jalonné l’histoire du peuple. Ce travail dans une dimension éducative et culturelle participe à l’élaboration de notre patrimoine commun et donne du sens aux valeurs du pacte républicain.

Aujourd’hui, dans plusieurs endroits en France, la contestation et la résistance montent. Des militant-e-s et élu-e-s multiplient les pétitions et interventions publiques pour que leurs équipements s’appellent Nelson Mandela, Alain Mimoun ou encore Jacques Anquetil plutôt que la marque d’un chocolat ou d’une assurance.

Certains supporters se battent pour l’abandon du naming des nouveaux stades de leur club et lancent une consultation pour trouver un nom officieux, rejetant l’appellation de la marque.

Préservons notre mémoire collective

Face à la baisse des dotations publiques, et aux pressions des opérateurs privés pour que les collectivités territoriales s’engagent inexorablement dans ces partenariats nocifs, ne serait-il pas plus sein d’augmenter les budgets des ministères des Sports et de la Culture, afin qu’ils puissent faire respecter l’exception culturelle du sport face à la marchandisation ?

Pourquoi ne pas créer un fonds spécial alimenté par les bénéfices tirés des grandes manifestations sportives qui sont organisées chaque année dans notre pays, comme l’Euro 2016 ? Un financement qui serait destiné à développer les équipements sportifs comme ce fut le cas du fonds Fernand Sastre après la Coupe du monde de football en 1998.

Autant d’idées pour mener la bataille. Que ce soit pour la culture ou le sport, battons-nous ensemble pour l’intégrité de notre patrimoine public, stoppons la pratique du naming et préservons notre mémoire collective. C’est le sens de cet appel et de la création de l’association : "Vive la mémoire, stop au naming".

* Signataires :

Nicolas Bonnet Oulaldj, président du groupe PCF/FdG au conseil de Paris
Serge Wolikow, historien et directeur de la Maison des sciences de l’Homme de Dijon
Gilles Leproust, maire d’Allonnes, vice-président du Mans métropole
Vincent Maurin, enseignant, ancien conseiller municipal de Bordeaux
Jean-François Téaldi, journaliste, conseiller municipal de Cagnes-sur-Mer
Louis Aminot, ancien vice-président de la communauté urbaine de Brest
Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris à la mémoire et au monde combattant
Julien Giraudo, éducateur sportif, Lyon
Jean-François Davoust, dirigeant sportif et syndicaliste, Tours
Armel Gontier, prof d’EPS, Paris
Sergio Tinti, conseiller de Paris, prof d’EPS
Philippe Nawrocki, conseiller d’arrondissement de Paris, prof d’EPS
Raphael Verrechia, Paris