Rechercher sur le site

« Le péage écotaxe poids lourds sur le périphérique parisien sera vide de sens si on ne créé pas de véritables alternatives à la route !

Déclaration de Didier Le Reste sur le péage de transit poids lourd

Madame La Maire,

En évoquant la mise en place d’un péage pour les poids lourds en transit sur le périphérique parisien, nous soulevons de nouveau nombre de questions relatives à la qualité de l’air, à l’entretien des infrastructures routières et à son financement, aux phénomènes d’accidentologie, mais aussi à l’enjeu des circuits longs avec le concept des flux tendus/zéro stocks imposant, entre autres, des changements dans la localisation des productions et l’organisation des transports.

En creux est posé un choix de société auquel selon nous doivent être consacré des investissements importants permettant de favoriser les modes alternatifs à la route dans une conception de multimodalité et sous maîtrise publique.

Rappelons, pour mesurer l’urgence d’aller vers une véritable transition écologique, que le trafic routier en Ile de France est responsable de plus de la moitié des émissions d’oxydes d’azote et de plus d’un quart des émissions de gaz à effet de serre.

Ajoutons que 88% des transports de marchandises en Ile de France se font par la route et représentent en moyenne 80 000 camions par jour. 20% des véhicules en circulation dans Paris sont dédiés au transport de marchandises.

Dans le sujet qui nous anime, nous tenons à dénoncer de nouveau le partenariat public-privé, (PPP : partenariat pour le privé) véritable scandale d’Etat, passé en 2009 par Madame Kosciusko-Morizet, sous le gouvernement Fillon, avec la société ECO MOUV pour une durée de 13 ans et 3 mois.

Sur les recettes enregistrées, ECO MOUV encaissera 23% de rémunération par an et en plus, ce sera une première, cette société privée étrangère collectera l’impôt.
C’est pour nous inacceptable.

De plus avec les reculs du gouvernement sur ce dossier, l’Etat perd 90 millions d’euros par mois et déjà 500 millions d’euros pour 2013.

Nous considérons que le contrat susvisé doit être au minimum renégocié et que l’impôt soit, comme il se doit, collecté par le fisc français.

Nous avons un problème de visibilité sur l’affectation des recettes attendues. Nous estimons que les recettes engendrées par ce péage pour les poids lourds en transit ne doivent pas servir à combler des trous de trésorerie dans les caisses de l’Etat causés par les « cadeaux » accordés sans contrepartie au grand patronat. Tout au contraire, les recettes envisagées doivent être imputées à un plan d’investissement ambitieux, mêlant grands projets nationaux et soutien aux actions locales. C’est d’autant plus vrai que l’abandon de l’ECOTAXE ancienne version a bloqué nombre de projets de développement de transports publics.

En Ile de France l’investissement dans les transports en commun, le développement de la multimodalité des transports de marchandises par la relance du frêt fluvial et ferroviaire (ferroutage) font partie des nombreux projets en étude pour améliorer la qualité de vie et l’environnement.

J’entends sur les bancs de cet hémicycle, un plaidoyer pour développer le frêt ferroviaire.

J’y souscris, mais alors pourquoi avoir laissé, voire accompagné, la direction de la SNCF dans le démantèlement progressif et méthodique de son activité FRET au point que l’entreprise publique n’est plus en capacité de faire face aux besoins du transport de marchandises par rail.

A cet égard je tiens à rappeler l’intérêt que représentent des infrastructures de transports comme certains tronçons de la petite ceinture ferroviaire qui pourraient être utilement réactivés aux fins de pénétrantes dans Paris intra–muros articulées avec des plateformes logistiques multimodales.

Sur le dossier qui nous est présenté aujourd’hui nous proposons deux points d’amélioration.

Sur le dispositif lui-même, nous pensons que l’implantation de portiques doit être étendue à l’ensemble des autoroutes en Ile de France. Cela pour éviter que des reports massifs et les nuisances qui en résulteraient se réalisent sur d’autres axes routiers comme l’A86, l’A1, l’A4 et l’A6. Lors du lancement de l’Ecotaxe ancienne version, le Ministère des transports s’attendait à un report de 15 à 20% de trafics poids lourd sur les axes routiers non concernés par cette disposition.

Cela dit, nous pensons qu’il y a lieu à terme d’élargir l’assiette du financement de la transition écologique dans le cadre d’une véritable réforme fiscale. Ce principe du pollueur-payeur a ses limites, au sens où il fait peser la responsabilité individuelle sur un sujet qui concerne l’ensemble de la société et que les fonds soulevés ne permettent en général que d’intervenir à la marge sur les conséquences des problèmes plutôt que de s’attaquer aux causes profondes.

Tout en maintenant un certain nombre de désaccords mais au regard des enjeux posés et de l’urgence à débloquer la situation, le groupe PCF/Front de gauche votera pour cette délibération.

Publié le

30 septembre 2014

Auteur-e-s