Rechercher sur le site

"Le premier mot qui me vient c’est la paix"

Nicolas Bonnet Oulaldj a rappelé que ce nous voulons c’est sortir de l’État d’urgence. Il a tenu à remercier l’ensemble des fonctionnaires de la police, de la santé, de la ville et plus largement de tous les services publics mobilisés. Nous devons revisiter notre contrat local de prévention et augmenter ses moyens. De plus, nous pourrions réfléchir à une nouvelle forme de service national ouvert à tous, en lien avec les services publics et associations.

Retrouvez son intervention

Madame la Maire, Mes cher-es collègues,

Le premier mot qui me vient c’est la paix.
Les parisiennes et parisiens veulent vivre en paix, vite, très vite.

Nous voulons sortir de cet État d’urgence le plus rapidement possible.
Nous aimons les fleurs, les baisers et pas les armes.

Nous voulons manifester nos joies, comme nos colères dans les rues de Paris, continuer à jouer au foot, aller à des concerts, et que nos enfants reprennent leur sorties scolaires promises.

Et même plus que cela, nous voulons changer le monde, pour plus de liberté, d’égalité, de fraternité, de démocratie, pour l’émancipation de toutes et tous. Car face à une telle barbarie c’est bien l’avenir de l’humanité toute entière dont il est question.

Le débat que nous avons ce matin doit être à la hauteur de la dignité dont les Parisiens ont fait preuve ces derniers jours.

Soyons dignes en mémoire de celles et ceux qui ne sont plus là, pensons aux blessés, aux survivants, aux témoins.Dignes comme les parisiens qui ont ouvert leur porte, qui ont apporté les premiers soins, celles et ceux qui dès le lendemain se sont présentés pour donner leur sang.

Dignes pour apporter notre soutien aux familles des victimes, aux amis, aux collègues et aux voisins, aux commerçants. C’est le sens du voeu que nous voterons pour accompagner tous les parisiens touchés par ces événements.

Nous avons tant à dire pour remercier l’ensemble des fonctionnaires de la police, de la santé, de la ville et plus largement de tous les services publics mobilisés, qui ont pris immédiatement la mesure du drame.

Mais j’aimerai aussi que ceux qui demandaient hier des suppressions de postes de fonctionnaires fassent aujourd’hui leur examen de conscience. Pour nous, il n’ y a aucun doute, nous nous battons sans cesse pour mettre la présence humaine au coeur de nos politiques. L’humain n’est pas une simple ressource, il est la source !

Quand le Président de la République dit que le pacte de sécurité doit prévaloir sur le pacte de stabilité, nous y ajoutons le pacte de solidarité.
Cela vaut pour l’État qui doit revoir sa relation budgétaire avec les collectivités locales et cela vaut aussi pour nous-même dans la préparation de notre budget 2016.

Arrêtons-nous un instant sur l’éducation. Travaillons à ce que nos enfants ne fassent pas qu’apprendre les principes et le fonctionnement de la République mais qu’ils les vivent. Qu’ils puissent faire la démonstration qu’au-delà d’apprendre notre devise ou notre hymne national, ils proposent, ils réalisent, ils soient acteurs.

Nous devons travailler à former des citoyens éclairés. Ils seront ainsi les meilleurs remparts contre la propagation de l’obscurantisme.
Je n’invente rien, cela a pour nom l’éducation populaire. Celle qui met le savoir de chacun au même niveau et où le principe de l’échange est au centre.

Les parisiens sont généreux, ils demandent à être utiles et souhaitent être formés aux premiers secours. Alors, démultiplions les formations aux premiers gestes et à l’appréhension des risques.

Nous pourrions réfléchir à une nouvelle forme de service national ouvert à toutes et tous, en lien avec les services publics, les associations, elle sera une belle réponse à cet élan de solidarité.

Nous devons aider la population à sortir de l’état de choc pour qu’elle soit en situation de réagir et d’agir.

Oui les parisiens, dans leur grande majorité, ne sont pas rassurés et demande à être protégés. C’est de notre responsabilité d’y répondre à court, moyen et long terme.

On voit bien que l’activation du degré maximum du plan vigipirate, l’opération sentinelle, l’empilement des lois sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme ne peuvent à elles seules nous prémunir contre ces attentats et leurs auteurs.

Le Ministre de l’intérieur a annoncé des mesures pour lutter contre le trafic d’armes. C’est une bonne chose, mais redonnons-nous les moyens humains d’agir sur tout le territoire et à nos frontières.

Oui nous devons revisiter notre contrat local de prévention de la délinquance à l’aune des événements qui viennent de se dérouler.
Si il y a bien une chose que nous pouvons faire, et elle est de notre responsabilité, c’est d’augmenter les moyens pour la prévention.

Nous devons savoir ce qui peut amener de jeunes français à commettre de tels actes et sacrifier leur vie. Pourquoi se sont-ils détournés de la promesse républicaine ? Nombreux sont les parents qui s’inquiètent pour leurs enfants face aux dérives sectaires et à l’endoctrinement. Nous sommes face à un phénomène d’isolement, de déshumanisation sans précédant qui touche toutes les franges de notre société. Les raisons ne sont ni la religion, ni l’origine sociale. Comme le démontre les études menées par l’anthropologue Dounia Bouzar, des familles athées ou catholiques sont concernées.

À ce problème, l’ordre public, seul, ne suffit pas. C’est la question du sens et du projet de société pour la jeunesse que nous devons interroger.

Faisons preuve de lucidité pour analyser et aider à comprendre ce phénomène complexe.

Nous devons mettre la justice et le droit international au cœur des solutions. Notre état de droit doit montrer l’exemple. Nous ne pouvons pas être dans une logique de loi du talion. Comme ont su le faire les états alliés après la guerre, à Nuremberg, exigeons les procès de ces assassins et de leurs commanditaires, mettons-les devant un tribunal international.

Ben Laden, Saddam Hussein, Muhamar Khadafi, Abou Moussad Al Zarqaoui et tant d’autres ont été éliminés sans jugement ou presque. Que reste-il de 15 ans d’intervention en Afghanistan, Irak, Lybie et maintenant Syrie ? Combien de vies détruites et de populations déplacées ?

Il est tant qu’une large coalition internationale sous mandat de l’ONU se mette en place. L’ONU est la seule habilitée à régler les conflits de manière pacifique.

Nous devons aussi interroger nos relations diplomatiques, dont le volet commercial prend souvent le pas sur les questions humanitaires et géopolitiques. Le rôle des monarchies du Golfe, de l’Arabie Saoudite, du Qatar mais également de la Turquie est loin d’être clair.
Oui il nous faut tarir les flux financiers qui partent de ces pays et atterrissent dans les poches des fanatiques qui viennent nous tirer dessus. Il nous faut interroger les banques qui aident ces pays à investir dans nos entreprises et notre patrimoine et dont l’argent n’a pas que l’odeur du pétrole mais aussi celui du souffre.

Et dans le même temps, que faisons-nous pour aider les démocrates syriens et les kurdes qui défendent leur territoire et se battent aussi pour nous ?

Nous voulons tout comprendre pour sortir vite de cette course au précipice.

Le monde entier nous regarde, il attend de la France, de Paris, une réponse singulière qui ne soit pas une copie du "Patriot Act" de Georges Bush.

Nous sommes de cette France qui n’a pas peur, qui siffle la Marseillaise aux oreilles des intégristes, comme jadis Gavroche, à celles des royalistes.

Nous sommes de cette république française qui, quand elle guide le peuple, ose le faire la poitrine découverte.

Cette France qui accepte que dans ses kiosques cohabitent l’Humanité et le Figaro, la vie catholique et Charlie hebdo. Nous ne sommes pas de cette France qui à chaque fois qu’elle a eu trop peur, a pris des chemins hasardeux et a mis à mal nos libertés.

Au-delà des mesures que chacun d’entre vous proposera, je vous propose la démesure, celle de la culture. Celle qui met de la lumière dans les esprits lorsqu’on affronte les ténèbres. Je vous propose ici une partie du texte poétique que Patrick Chamoiseau a publié le 19 novembre dans l’Humanité sous le titre "pour la juste démesure" :

"La démesure ici est d’optimisme, de hauteur et d’horizon renouvelés.
Avec elle, en face de la terreur, notre peur n’est qu’un tremblement qui ne renonce à rien. Notre compassion est une haute énergie. Notre éthique ne cède pas une maille aux "valeurs" boursouflés, verticales et tranchantes. La vengeance ne reste qu’un épisode du crime originel. La sécurité absolue n’existe que dans les fictions totalitaires, le déshumain glacial, jamais dans les démocraties, jamais dans les chaudes aventures d’amour comme principe, de l’acceptation de l’autre comme ferveur, du partage et de l’échange qui nous changent et qui nous réalisent.
Notre sécurité n’est pas une forteresse.

Elle n’a de "civilisation" que ce qu’il y a de meilleur.
Elle entend, elle secourt, elle accueille, se renouvelle ainsi.
Elle sait que la barbarie se tient aussi en nous, et peut jaillir de nous.
Elle ne stigmatise personne et ne recherche aucun bouc émissaire.
Elle ne distingue pas entre les assassins qui maltraitent la Syrie.
Elle fonde sur les musulmans comme sur toutes les ferveurs.
Elle nomme la Palestine.

Elle organise une mémoire commune qui ne hiérarchise pas les crimes contre l’Humanité.

Sa paix n’est pas faite d’injustices, d’arrogance ou de prédations autorisées.
Sa liberté respecte.
Sa justice est tout, et accessible à tous.

Elle n’est pas faite d’hymne guerrier ou "d’exception" qui autorisent à saccager ce que nous avons été, que nous sommes, et que nous nous devons encore de devenir. Elle n’est d’aucune barbarie connue, d’aucune impasse répertoriée, mais elle les fixe toutes. Elle les domine, les dépasse ainsi, maintient pour tous ainsi le vertige d’un possible.

Elle fréquente la beauté.
C’est là notre unique et très sereine réponse.
Chant partagé d’une même planète."

Je vous remercie

Publié le

26 novembre 2015

Auteur-e-s