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Les 7 morts du 14 juillet 1953 auront la reconnaissance de la Ville de Paris

Le 14 juillet 1953, 7 personnes tombaient sous les balles de la police en marge d’une manifestation, non loin de la place de la Nation, organisée par le PCG, la CGT et des organisations pacifiques.
Aujourd’hui nous rendons hommage à ces 7 personnes en apposant un eplaque commémorative place de la Nation.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Madame la Maire, mes chers collègues,

Je commencerai par une citation : "Ce soir, je voulais aller au bal du 14 juillet, mais jamais je n’aurais cru qu’en allant à cette manifestation je risquais de perdre la vie." Voilà comment s’exprimait un manifestant du 14 juillet 1953.

Je voudrais saluer ici présents dans les tribunes M. Pierre PUCHOT(?), qui avait 16 ans au moment des faits, Mme Nadia BOUZERGRAM(?), journaliste à El Watan en Algérie et M. Yves BERNARD, qui ont fait le déplacement pour cette belle délibération.

C’est avec une grande émotion que nous pensons à toutes les familles, qu’elles soient en France ou en Algérie, pour évoquer ce drame méconnu qui a endeuillé notre pays, notre ville, notre quartier. Le 14 juillet 1953, sept hommes tombaient sous les balles de la police à deux pas de la place de la Nation. Je voudrais remercier Daniel KUPFERSTEIN, qui a mis en lumière ce drame à travers le film "Les Balles du 14 juillet", projeté dès sa sortie à l’Hôtel de Ville à l’initiative de Catherine VIEU-CHARIER.

Nous cherchions ensemble le meilleur moyen de rendre hommage à ces hommes qui étaient venus à une manifestation pacifique et autorisée. J’ai donc porté un vœu au Conseil de Paris en mars 2016 afin que cet oubli soit réparé et nous l’avons adopté. Aujourd’hui, nous adoptons la délibération pour que la plaque soit apposée.
Comme c’était le cas depuis 1935, le P.C.F., la C.G.T., des organisations de gauche, des organisations pacifiques et démocratiques manifestaient pour défendre les valeurs de la République. Depuis 1950, la fin du cortège est composée d’Algériens membres du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques en Algérie, de Messali Hadj, favorable à l’indépendance de l’Algérie.

Présent aux élections, le M.T.L.D. remporte 9 sièges sur 60 au deuxième collège de l’Assemblée en 1948. En mai 1952, après les manifestations d’Orléansville et leur répression qui firent deux morts chez les partisans du M.T.L.D., Messali Hadj est kidnappé et interné en France métropolitaine. La surveillance du mouvement s’intensifie, les manifestations d’Algériens sont réprimées à Montbéliard, au Havre, à Charleville-Mézières. Il y aura trois morts et des centaines de blessés.
C’est dans ce contexte que se déroule la traditionnelle manifestation du 14 juillet 1953. Le P.C.F. est aussi vigilant. La répression violente de la manifestation contre la venue de Ridgway en 1952, la mort d’un communiste algérien et l’arrestation de dirigeants communistes dont le plus célèbre, Jacques Duclos, rend l’atmosphère électrique.

A la fin de la manifestation, les premières échauffourées voient s’affronter des Algériens et des parachutistes de retour d’Indochine. La police est sur les dents. C’est au moment où les militants du M.T.L.D. rangent leurs drapeaux et les portraits de Hadj que la police intervient. Il est 17 heures 20 quand les premiers coups de feu claquent. Sept hommes tombent, six Algériens membres du mouvement indépendantiste : Amar Tabjadi, 26 ans, Abdallah Bacha, 25 ans, Larbi Daoui, 27 ans, Adbelkader Dranis, 31 ans, Mohammed Illoul, 20 ans, Medjen Tahar et un syndicalisme de la C.G.T. membre du Parti communiste, militant du18e arrondissement de Paris, Maurice Lurot, 40 ans, qui s’était interposé entre les manifestants et les forces de l’ordre.

Dès le lendemain, une polémique s’engage, une bataille de chiffres entre les blessés issus des forces de l’ordre et les manifestants, plus d’une centaine qui s’ajoute aux victimes. Le chiffre est certainement sous-évalué du fait que de nombreux blessés n’iront pas à l’hôpital et ne porteront pas plainte.

Cette manifestation est malheureusement tombée dans l’oubli. Elle sera effacée de notre mémoire collective par les événements malheureux de février 1962 à Charonne, que nous célébrons et pour lesquels nous rendrons un hommage le 8 février prochain et ceux d’octobre 1961.

Je terminerai en citant le fils de Maurice Lurot, qui a écrit cette lettre en 1995 au journal de "l’Humanité Dimanche" : "Chaque année, alors que chacun danse, c’est les larmes aux yeux que je cherche un mot qui réchauffe dans l’H.D. Chaque année, mon père est de nouveau assassiné par les camarades, par leur oubli."

Le Conseil de Paris aujourd’hui répare cet oubli terrible parce que notre mémoire doit rester intacte, parce que nous avons le devoir de rappeler aux passants que les lieux de Paris sont marqués par l’histoire, fut-elle tragique.

Nous nous félicitons donc de la décision favorable du Conseil du 12e arrondissement et du Conseil de Paris et nous souhaitons qu’elle soit approuvée à l’unanimité.

Je vous remercie.

Publié le

31 janvier 2017

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